
Nourrie par ses nombreux voyages de l’Angleterre au Mexique, l’artiste surréaliste Leonora Carrington (1917-2011) a composé un univers singulier, alliant ses expériences intimes à des références mythologiques, folkloriques et ésotériques. Pour la première fois en France, le musée du Luxembourg présente jusqu’au 19 juillet 2026 une grande rétrospective réunissant 126 oeuvres. Une itinérance spirituelle de ses premiers bestiaires fantastiques jusqu’aux dernières toiles alchimiques, qui résonne avec nos actuelles préoccupations féministes et écologiques.
Un univers à soi
Dès ses premières années en Angleterre, Leonora Carrington laisse percevoir une étonnante capacité d’imagination, nourrie par les contes de fées et la littérature fantastique que lui lisait sa mère. Ainsi, les premières salles de l’exposition dévoilent un cahier griffonné de dessins dès l’âge de 10 ans, dans lesquels s’illustre un étrange bestiaire. Dans les années 1930, lors d’un séjour initiatique à Florence, l’adolescente invente aussi la série d’aquarelles Sisters of the Moon, des portraits de femmes inspirés par le folklore irlandais. Ces thématiques du féminin, du monde animal et de l’ésotérisme constituent un langage plastique, qui posent les bases d’un univers propre à l’artiste.

L’art dans une quête mystique
Au fil des salles, plusieurs témoignages et citations nous font rencontrer une Carrington déterminée à persister dans son art : « Je n’avais pas le temps d’être la muse de qui que ce soit, j’étais trop occupée […] à apprendre à devenir une artiste. » Proche du groupe des surréalistes, la peintre se lie durant un temps à Max Ernst jusqu’à ce que la Deuxième Guerre mondiale les sépare. Exilée en Espagne en 1940, elle subit un viol commis par plusieurs soldats franquistes, et est internée dans une clinique psychiatrique durant l’année. Cette période va durant un temps marquer ses toiles, peuplées de créatures cauchemardesques, ainsi que plusieurs de ses écrits, comme le texte En Bas.

Mais dès son installation définitive au Mexique, en 1942, son oeuvre semble prendre un tournant. L’exposition montre bien de quelle manière l’univers sombre des premières années de guerre laisse place des peintures plus apaisées et spirituelles. Inspirée par les écrits de Jung et Campbell, Carrington matérialise progressivement sa quête mystique dans ses créations. Paysages oniriques, objets magiques, symboles alchimiques… L’art devient alors un médiateur donnant accès au monde invisible : « J’ai compris qu’il était indispensable que j’extirpe de moi tous les personnages qui m’habitaient. […] c’est ainsi qu’a commencé ma libération. »
Itinérance d’une chercheuse
À travers de nombreuses références ésotériques, mythologiques et psychanalytiques, l’oeuvre de Leonora Carrington dévoile une quête d’harmonie et d’équilibre. Rejetant toute hiérarchisation entre la femme et l’homme, entre l’humain et les autres animaux, l’artiste semble vouloir réconcilier le vivant par le pinceau. Sur la toile, sa touche légère rend les contours vaporeux, sa palette réunit par des teintes minérales, tandis qu’une multitude de personnages chimériques illustre son imaginaire. En cela, que l’on soit sensible ou non à l’univers singulier de Carrington, on peut lui reconnaître d’avoir pleinement dévoué son art à ses recherches.

Romane Fraysse
Leonora Carrington
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard, 75006 Paris
Jusqu’au 19 juillet 2026
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Image à la une : Portrait de Leonora Carrington © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn, image Archiv Landshoff