
Disparu en décembre 2025, Martin Parr n’aura eu de cesse de documenter le rythme frénétique de notre société contemporaine, dopée à la surconsommation d’artefacts et aux divertissements les plus superficiels. Jusqu’au 24 mai 2026, le Jeu de Paume pointe les différents enjeux soulevés par le photographe, soucieux de dénoncer, au moyen d’une ironie mordante et d’une esthétique exubérante, notre absurdité et ses désastres sur l’environnement.
Chronique d’une absurdité humaine
Si vous avez foi en l’humanité, vous risquez de sortir de cette exposition avec un tout autre regard. En présentant des images prises par Martin Parr depuis les années 1970 jusqu’à sa mort en décembre dernier, le Jeu de Paume lance une alerte, avec pour choix de titre : « Global Warning ». Et pour cause, les différentes salles mettent en relief plusieurs sujets ciblés par le photographe pour dénoncer des problématiques généralisées à l’échelle planétaire.

Seagaia Ocean Dome, Miyazaki, Japon, 1996 – © Martin Parr / Magnum Photos
Saisi dans les supermarchés, sur les plages, dans des galas ou des foires, l’humain est montré dans son absurdité la plus crue : dopé aux marchandises, amassé dans des espaces de loisir, entouré d’artifices jusqu’à devenir lui-même artificiel, il devient l’objet d’étude du photographe et ne semble plus avoir de réflexion sur lui-même. Tout en dénonçant avec ironie, Martin Parr évite de se faire militant : « Je crée un divertissement, qui contient un message sérieux si l’on veut bien lire, mais je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit – je montre simplement ce que les gens pensent déjà savoir. »
La photographie au bord de l’écœurement
Dans une scénographie aux nuances rose et vert conçue par Kevin Lebouvier, on pénètre dans un monde de couleurs saturées, de foules oppressantes et de gros plans caricaturaux. Bien heureusement, le scénographe nous laisse des espaces de respiration, ponctuations de blanc et ouvertures dans les murs. Mais il retranscrit bien, en ce sens, l’idée d’un univers artificiel dans lequel le visiteur pénètre, persiste au fil des photographies de Martin Parr… parfois au bord de l’écœurement.

Pointer du doigt les enjeux contemporains
Au-delà de faire une satire de notre société de consommation et de ses industries du loisir, Martin Parr use d’ironie et joue de détours pour pointer une réalité bien plus sinistre : la catastrophe écologique causée par une humanité en perte de sens. Si le photographe prend souvent les classes moyennes pour sujet, il documente aussi les plus aisées qu’il relie directement au « changement climatique » : « Quelle est la principale cause indirecte de l’augmentation de nos émissions de carbone, si ce n’est l’accroissement de la richesse de notre planète ? »

Venice Beach, Californie, États-Unis, 1998 – © Martin Parr / Magnum Photos
Aussi, l’exposition dédie intelligemment une salle à ses photographies concernant les animaux. Bien qu’elles ne soient pas une série en soi, ces images illustrent des animaux domestiques et sauvages pris au piège de l’absurdité humaine. Chien toiletté pour un concours de beauté, dromadaire attaché en attente de promenades touristiques, lion empaillé dans la vitrine d’un musée… En pleine désolation, le visiteur fait face à une idée forte : l’humain, animal parmi les animaux, est en perdition dès lors qu’il oublie sa propre nature.
Romane Fraysse
Martin Parr. Global Warning
Jeu de Paume
1 place de la Concorde, 75001 Paris
Jusqu’au 24 mai 2026
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Image à la une : Martin Parr Kleine Scheidegg, Suisse, 1994 – © Martin Parr / Magnum Photos