
Disparu en 2022, Pierre Soulages est majoritairement connu pour ses Outrenoirs, toiles entièrement recouvertes de noir. Aux oeuvres dites « monochromes », il préfère parler de « mono-pigmentaires », sa recherche portant en premier lieu sur les textures et les effets de lumière. Mais durant plus de cinquante ans, le peintre a aussi exploré l’expression des traces sur le papier. Jusqu’au 11 janvier 2026, le musée du Luxembourg présente 130 oeuvres en partie inédites de ce pan oublié de son oeuvre.
Une oeuvre méconnue
Souvent surnommé le « maître de l’outrenoir », Pierre Soulages n’en est pas moins un maître de la trace, de la lumière ou de la transparence à travers ses peintures sur papier. Si l’on a coutume de l’associer à une oeuvre de jeunesse, cette technique a en réalité été explorée par l’artiste sur une longue période allant de 1946 au début des années 2000, avec quelques interruptions. Loin des oeuvres mono-pigmentaires, il privilégie ici de larges traces plus ou moins opaques dans des compositions abstraites. Rarement rassemblé et en partie inédit, ce pan de sa création révèle ses recherches menées sur le langage pictural et permet de nous ouvrir à la complexité de son oeuvre.

Papier blanc et brou de noix
Le « brou de noix » n’est pas un colorant couramment utilisé par les artistes. Et pour cause : il est en premier lieu employé par les ébénistes pour teindre le bois. Pierre Soulages aime toutefois s’en emparer pour essayer une multitude de traces plus ou moins affirmées, opaques, continues, en jouant sur les contrastes avec le papier blanc. « C’est avec les brous de noix de 1947 que j’ai pu me rassembler et obéir à une sorte d’impératif intérieur », reconnaît-il plus tard. Au fil du parcours et des décennies de création, on découvre sa prédilection pour cette matière brune aux tonalités chaudes, parfois travaillée à la brosse et au couteau.

Une recherche par la trace
On peut reprocher à ce parcours chronologique d’avoir un aspect quelque peu monotone, avec des cartels parfois peu explicites. Néanmoins, l’exposition a le mérite de nous faire entrer plus en profondeur dans les recherches plastiques de Pierre Soulages. L’expérimentation formelle s’observe à travers les variations de tracés, de textures, de teintes et de rythmes occupant l’espace, le peintre reconnaissant que « la ligne est toujours une épaisseur, et a toujours une surface ».

De temps à autre, des documents d’archives et des interviews de l’artiste permettent de mieux saisir sa démarche et ses réflexions au fil de la création. Dans une lettre adressée à Hans Hartung, ce dernier définit l’art abstrait comme un mouvement continu et insaisissable : « Cet art-là étant une chose vivante, on ne peut prévoir ses développements », tout en affirmant que sa peinture est bel et bien « présente dans le monde », tout comme nous en train de la regarder.
Romane Fraysse
Pierre Soulages, une autre lumière
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard, 75006 Paris
Jusqu’au 11 janvier 2026
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Image à la une : Guy Bourdin Pierre Soulages dans son atelier, 11bis rue Schoelcher Paris, 1953 Photographie 21 x 14,8 cm Collection particulière © The Guy Bourdin Estate © Adagp, Paris, 2025