
Dans le cadre de son programme « Un artiste, un monument », le Centre des monuments nationaux invite Nicolas Daubanes à s’emparer jusqu’au 8 mars 2026 d’un lieu mémoriel : le Panthéon. À travers plusieurs dessins monumentaux réalisés avec de la poudre d’acier, l’artiste plasticien rend hommage aux insurgés de la Commune, aux déportés et aux résistants de la guerre en créant un dialogue avec l’architecture et les sépultures du temple républicain. Au-delà d’évoquer des lieux de mémoire, cette exposition intitulée Ombre est lumière soulève aussi la coupole pour placer la République en face de ses injustices.
La question de l’enfermement
Né en 1983, Nicolas Daubanes travaille depuis plus d’une quinzaine d’années autour des thématiques de l’enfermement, notamment dans le monde carcéral. Tout en réalisant des ateliers pratiques avec les détenus, il conçoit des oeuvres rendant hommage aux « empêchés », qu’ils soient déportés de camps de concentration ou résistants fusillés, insurgés de la Commune ou prisonniers des centres de détention. Issu d’un milieu ouvrier, l’artiste est très tôt sensibilisé à l’injustice et à l’invisibilité sociale, mais ne traite jamais frontalement de la lutte des classes.

Dialogue avec le temple de la République
Sans verser dans le militantisme, Nicolas Daubanes maintient un message politique par le choix de ses thématiques : « J’aime faire entrer l’espace carcéral sous la coupole du Panthéon, parce qu’on est dans un lieu républicain, et sous la République, lorsqu’on soulève la coupole, on trouve aussi ce genre d’endroit. » Parmi les oeuvres réalisées pour l’exposition, on trouve le dessin d’une forêt à l’emplacement de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof, l’évocation du mont Valérien, de la mutinerie de Fontevraud ou l’immersion dans la prison de Montluc.

Dans cette dernière oeuvre, le dessin dialogue avec les pensionnaires du Panthéon : c’est en effet dans cette prison que les résistants Marc Bloch et Jean Moulin ont été enfermés, tandis que Robert Badinter y a demandé la détention de Klaus Barbie. Le mont Valérien fait quant à lui référence à Missak Manouchian, entré avec sa compagne Mélinée dans le temple en février 2024. Mais au-delà de ces noms, Daubanes rend hommage à tous les anonymes disparus dans des luttes – un éclairage que suggère le titre de l’exposition Ombre est lumière, emprunté à IAM.

Témoigner par le dessin au Panthéon
A priori, on pourrait être tenté de définir les oeuvres monumentales de Nicolas Daubanes par le terme très contemporain d' »installations ». Pourtant, l’artiste plasticien insiste sur sa démarche au sein du Panthéon : les compositions présentées ici sont du « dessin« . Difficile à première vue de les nommer ainsi, puisque Daubanes délaisse le graphite pour expérimenter avec de la poudre d’acier aimantée sur de grands panneaux (poudre posée à plat, avant de basculer et taper le support pour former le dessin) ou par l’incrustation d’acier incandescent sur du verre.

L’artiste, qui fera régulièrement des visites guidées de ses oeuvres, défend ses pratiques singulières : « Je pense que le dessin, c’est aussi cela : taper au marteau, laisser couler de la poudre, brûler le verre. J’ai voulu relever le défi au sein du Panthéon, en conservant ce rapport brut à la matière, aux improvisations, aux jeux en équipe. Les installations possibles ne servent qu’au dessin. » Daubanes cherche toujours à avoir un rapport physique à la création. C’est le corps qui donne forme par sa force, tout en faisant constamment face aux résistances de la matière.
Romane Fraysse
Ombre est lumière. Mémoires des lieux
Panthéon
Place du Panthéon, 75005 Paris
Jusqu’au 8 mars 2026
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Image à la une : Exposition Ombre est lumière de Nicolas Daubanes au Panthéon © Daubanes – Adagp, Paris. Crédit photo Didier Plowy – CMN