« Couper, coller, imprimer » : le photomontage bouscule tout dans cette exposition gratuite

Deux affiches : Self Titled, John J. Heartfield, 1928 ; Journal hebdomadaire, Emory Douglas, 4e de couverture pour Black Panther : black community news service, vol. VI, n°30, 21 août 1971 ©2025 Emory Douglas/Licensed by AFNYLAW.com © coll. la Contemporaine, GFP5592

Après des expositions dédiées à l’affiche engagée ou la manipulation par l’image, La Contemporaine poursuit ses réflexions autour du graphisme en s’intéressant cette fois à l’histoire du photomontage politique au XXe siècle. À la fois bibliothèque, centre d’archives et musée, cette institution rattachée à l’Université Paris-Nanterre présente plus de 250 pièces de ses collections dans un parcours gratuit jusqu’au 14 mars 2026. L’occasion de s’intéresser aux pratiques de retouche, de montage et de détournement des images qui font bien souvent écho avec notre époque.

Le photomontage au service de la propagande

L’exposition de La Contemporaine fait état de l’histoire politique du photomontage, de la Première Guerre mondiale à la veille de Photoshop. Pourquoi commencer à l’année 1914 ? Car c’est précisément lors de ce conflit que s’est développée cette technique consistant à découper, assembler, coller et imprimer différentes images au service d’une propagande d’État. Un premier espace expose ainsi plusieurs cartes postales mettant en scène de vaillants combattants guidés par Marianne, ou encore des monuments français dérobés par les Allemands.

Affiche de Gustav Klucis ,[De la Russie NEP naîtra la Russie socialiste (Lénine)], Moscou,1930 - © Collection, International Institute of Social History, Amsterdam
Affiche de Gustav Klucis,[De la Russie NEP naîtra la Russie socialiste (Lénine)], Moscou,1930 – © Collection, International Institute of Social History, Amsterdam
Toutefois, c’est en URSS que le terme « photomontage » apparaît pour la première fois, en 1923. Ces supports imprimés sont alors privilégiés par le régime soviétique, à une époque où Boris Arvatov théorise le productivisme, un art utile et intégré à la production industrielle. On découvre un graphisme constructiviste aux couleurs vives qui influencera définitivement les successeurs de cet art d’assemblage. L’exposition cite notamment un nom essentiel, John Heartfield, dadaïste et militant communiste qui demeure l’un des pionniers fréquemment cités.

Carte postale, « Enlèvement de l’Arc-de-triomphe de l’Etoile par le Zeppelin K.K.100 », 1914-1918 - ©coll. la Contemporaine, CP/03651
Carte postale, « Enlèvement de l’Arc-de-triomphe de l’Etoile par le Zeppelin K.K.100 », 1914-1918 – ©coll. la Contemporaine, CP/03651

Des échos avec notre époque

À travers ce parcours, on découvre différentes revues qui se lancent pour s’adapter au « siècle de l’image » et à la vogue du photomontage en Europe. Parmi elles, AIZ en Allemagne, Regards et Vu en France, ou Estudios en Espagne. Plusieurs affiches dévoilent aussi des préoccupations liées aux conflits mondiaux, ou encore la propagande du régime de Vichy. En sélectionnant des pièces dénonçant la montée du fascisme ou appelant aux efforts de guerre, les commissaires de l’exposition présentent des thématiques malheureusement très actuelles, qui font écho aux craintes de notre époque.

Affiche. Edward McKnight Kauffer, [Le peuple yougoslave dirigé par Tito : l’avant-garde combattante de l’Europe démocratique], [Etats-Unis], 1944 © coll. la Contemporaine, AFF00083
Affiche. Edward McKnight Kauffer, [Le peuple yougoslave dirigé par Tito : l’avant-garde combattante de l’Europe démocratique], [États-Unis], 1944 © coll. la Contemporaine, AFF00083

Un art des contre-cultures

Au-delà de la propagande d’État, le photomontage est aussi un médium couramment utilisé par les mouvements de contre-culture qui ont traversé le XXe siècle. La presse alternative s’en sert pour revendiquer des causes sociales, à la manière des journaux Action, The Black Panthers, Parapluie, Ink ou Ubu. Cette culture underground se réapproprie alors le graphisme de John Heartfield tout en le réinventant par un mélange de textes, manuscrits, tapuscrits, illustrations et collages. Une vidéo plus récente donne alors la parole à l’artiste Klaus Staeck qui reconnaît la fin de l’affiche politique et la nécessité de s’engager dans l’image virtuelle.

Revue, photomontage de Ralph Steadman pour le bimestriel italien Ubu, 2e année, n°5-6, avril-mai 1971 © coll. la Contemporaine, FP5670
Revue, photomontage de Ralph Steadman pour le bimestriel italien Ubu, 2e année, n°5-6, avril-mai 1971 © coll. la Contemporaine, FP5670

Romane Fraysse

Couper, Coller, Imprimer
La Contemporaine
184 cours Nicole Dreyfus, 92000 Nanterre
Jusqu’au 14 mars 2026

À lire également : Petite sélection des expositions de photos gratuites à découvrir en cette fin d’année à Paris

Image à la une : Deux affiches : Self Titled, John J. Heartfield, 1928 ; Journal hebdomadaire, Emory Douglas, 4e de couverture pour Black Panther : black community news service, vol. VI, n°30, 21 août 1971 ©2025 Emory Douglas/Licensed by AFNYLAW.com © coll. la Contemporaine, GFP5592