
Né en Algérie et formé à Paris, Bilal Hamdad peint le Paris des années 2020 avec une précision telle qu’on croit parfois voir des photographies. Du métro aux terrasses, il saisit la ville comme Manet ou Degas l’ont fait en leur temps, attentivement et sans artifices. Avec « Paname », sa carte blanche au Petit Palais (jusqu’au 8 février 2026), il met en lumière des œuvres qui explorent la solitude urbaine à travers des scènes parisiennes. En réintroduisant du sacré dans l’ordinaire, Bilal Hamdad s’impose comme l’un des nouveaux peintres de la vie moderne.
La naissance d’un regard
Bilal Hamdad, c’est un peintre du réel, avec une maîtrise technique qui saisit au premier regard. Son outil premier ? La lumière, qu’il cisèle comme un sculpteur, et ce rapport au vrai, à l’instant brut, venu tout droit de son premier langage : non pas les arts, mais… le football. Né en 1987 à Sidi Bel Abbès, il grandit balle au pied, au poste de libéro : celui qui voit tout, qui anticipe. À 17 ans, l’horizon semble bouché. Son père, homme aux mille vies (ingénieur, enseignant, agriculteur, écrivain, peintre), lui ouvre une autre voie. Direction les Beaux-Arts de Sidi Bel Abbès, puis les Beaux-Arts de Paris : révélation immédiate. Hamdad ne dessine pas : il photographie. Son appareil est son carnet de croquis. Il saisit Paris à la volée : un livreur sous la pluie, une vendeuse concentrée, un garçon sur une trottinette et, dans son atelier de Pantin, il transforme ces instants en grands formats à l’huile, d’un naturalisme presque hypnotique.

Le Paris de la solitude
On traverse Paris avec Bilal Hamdad comme on marcherait dans un rêve éveillé. On croise un livreur qui glisse sur le pavé mouillé, une vendeuse accoudée à son comptoir, un garçon sur sa trottinette qui disparaît au détour d’une rue. Chaque scène est capturée avec une précision qui trompe l’œil. On jurerait que l’on regarde une photo. Mais il y a quelque chose de plus : dans le regard perdu d’un passant, dans la lumière qui frappe un miroir de café, surgit une émotion subtile, presque imperceptible. Ce Paris-là n’est ni carte postale ni cliché touristique : c’est un Paris sensible, vivant, où les anonymes deviennent des héros de l’instant. La solitude y est omniprésente : comme le confie Hamdad, « le thème de la solitude est venu depuis que je suis à Paris, je n’ai pas décidé dès le départ de travailler sur ce sujet-là, mais c’est venu à fur et à mesure. Cette question-là, elle se retrouve dans les grandes villes, et à Paris ». Avec ses toiles, Hamdad nous fait sentir la ville, ses silences et ses mouvements, et révèle ces instants où chacun se tient seul au milieu de la foule.

Un dialogue vertigineux avec les maîtres
L’exposition au Petit Palais rassemble une vingtaine de ses œuvres, dont deux inédites créées pour l’occasion, et établit un dialogue avec les collections permanentes du musée. Bilal Hamdad s’inspire de grands maîtres comme Rubens, Manet et Courbet, intégrant des références subtiles à leurs œuvres dans ses propres créations. Sa peinture Miroir des Astres (2024) emprunte à l’esthétique baroque, tandis que Sérénité d’une ombre (2024) fait écho à la nature morte de Manet. Sur une toile, un vendeur de maïs chaud trône devant Barbès, image inédite dans ces salles d’ordinaire peuplées de héros mythologiques. Plus loin, les coursiers Deliveroo deviennent des figures quasi baroques dans les miroirs d’un café. Hamdad ne se contente pas de peindre la ville : il dialogue avec l’histoire de l’art, empruntant, détournant, infusant.

Son objectif est clair : mettre tout le monde au même niveau, du livreur au modèle classique, du passant distrait au personnage sacré. Le sacré dans le profane. Le mythe dans le quotidien.
Paname par Bilal Hamdad
Du 17 octobre 2025 au 8 février 2026
Petit Palais, Avenue Winston Churchill 75008 Paris
Visite exceptionnelle de l’exposition en compagnie de l’artiste les 28 novembre et 19 décembre 2025 à 18h30
Assistez à un moment privilégié au cours duquel Bilal Hamdad, accompagné de la commissaire Sixtine de Saint-Léger, présente ses œuvres et les coulisses de l’exposition.
Une troisième et dernière date est prévue en janvier 2026.
Plus d’informations sur le site du Petit Palais