Plus qu’une semaine pour profiter de cette expo gratuite dans un ancien bureau de poste

exposition ancienne Poste Rodier paris 9

Poussez la porte de l’ancienne Poste Rodier, dans le 9ème arrondissement de Paris, et découvrez une exposition où le street art respire enfin. Ici, il prend même un grand bol d’air frais grâce à Alëxone Dizac, figure mythique du graffiti parisien depuis trois décennies, qui endosse pour la première fois le rôle de commissaire pour la Fondation Desperados. « On dit toujours que l’art urbain est brut, urbain, dur… Mais nous aussi, on rêve de clairières ! », glisse l’artiste au sourire malicieux. Son pari ? Inviter douze créateurs qui peuplent son imaginaire, de Miss Van à Madame, en passant par Charles Fréger, pour révéler un street art naturel, intime et sensible. Une expo qui casse les clichés et réinvente le genre, le tout en entrée libre.

Dans les coulisses oubliées de la Poste Rodier

On ne s’attend pas à ça en arrivant devant l’ancienne Poste Rodier, massive et silencieuse au coin de la rue Louise-Émilie de la Tour d’Auvergne. Fermée au public depuis des années, la bâtisse a conservé quelque chose des lieux de passage : une odeur de papier jauni, des couloirs faits pour avaler des milliers de lettres, et ce grand hall où l’on imagine encore le bruit des casiers métalliques. Mais pour quelques semaines, tout a changé. Le tri postal a laissé place à un autre genre de circulation : celle des idées, des couleurs, des rêves. Alëxone Dizac en a fait un terrain d’exploration, un labyrinthe onirique où chaque pièce ouvre une nouvelle porte parfois vers une clairière imaginaire, parfois vers un monde intérieur. Ici, l’art respire autrement, comme si l’ancien bureau de poste envoyait désormais des messages d’un autre type : des échappées.

Oeuvre de Steph Cop, expo échappées
Madame & Steph Cop, Promenons-nous dans les bois & Wooden Aro, 2025 & 2013 ©Salim Santa Lucia

Douze artistes pour une odyssée urbaine

Dès que l’on quitte le hall et que l’on s’aventure dans le dédale de couloirs, on découvre que la Poste Rodier n’a pas été investie à moitié. Douze artistes contemporains s’y sont glissés comme on occupe un territoire en friche, déployant leurs univers sur les 1 200 m² du bâtiment. Leur mission : faire dialoguer le réel et l’imaginaire, transformer chaque salle en étape d’un voyage où l’on avance non plus de pièce en pièce, mais d’escale en escale. Ici, une installation murmure. Là, une fresque déborde. Plus loin, une sculpture semble chercher la lumière. On y croise des figures incontournables de la scène française : Miss Van, Madame, Steph Cop, 100TAUR mais aussi des horizons plus lointains, comme Hitnes, venu d’Italie avec ses visions naturalistes, ou Andrew Schoultz, Américain jonglant avec perspectives et illusions. Réunis par Alëxone Dizac, tous réinventent le street art au fil d’une narration collective, poétique, mystérieuse où chaque œuvre devient un fragment d’histoire.

exposition échappées, Poste Rodier
Exposition échappées, Poste Rodier © Salim Santa Lucia

Plongée dans le labyrinthe des imaginaires

Très vite, on comprend qu’« Échappées » n’est pas une exposition que l’on regarde, mais une aventure immersive. On avance comme dans un conte en mouvement, carnet à la main, guidé par un petit livret pensé par Julia Montauk. À chaque étape, un tampon attend d’être apposé, comme si l’on validait des fragments d’un récit que l’on assemble au fil de la marche. La Poste Rodier devient un labyrinthe onirique, un terrain d’exploration où fresques, installations, sculptures, films, dessins et photos se répondent en écho. Certaines haltes s’imposent d’elles-mêmes. L’installation « Promenons-nous dans les bois », de Madame, entraîne le visiteur dans une forêt miniature. Plus loin, les figures hybrides de Miss Van, sensuelles, animales, mystérieuses, peuplent « Creaturas », une série de toiles qui semblent respirer à même les murs. Dans une autre pièce, 100TAUR fait surgir un trio de créatures grotesques et touchantes, oscillant entre mythologie et surréalisme. Puis la nature reprend doucement ses droits. Duy Anh Nhan Duc propose une pause suspendue avec « Le Parloir des souhaits », où des aigrettes de pissenlits s’élèvent au gré d’un souffle, légères comme des murmures. À la fin du parcours, on ne sait plus très bien si l’on a traversé une exposition, un rêve ou une histoire que l’on écrivait en marchant, une véritable odyssée urbaine vécue de l’intérieur, à découvrir jusqu’au 30 novembre 2025.

Échappées, exposition collective, Fondation Desperados pour l’art urbain
La Poste Rodier, 30-32 rue Louise-Émilie de la Tour d’Auvergne 75009 Paris
Jusqu’au 30 novembre 2025
Mercredi et dimanche de 11h à 19h / Jeudi, vendredi et samedi de 11h à 20h
Gratuit

Photo de couverture : Andrew Schoultz, A Moment in Time, 2025 ©Salim Santa Lucia

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