Le couturier qui a révolutionné la mode parisienne enfin célébré dans une exposition colorée

Paul Poiret exposition Mad - Claire Paris Zigzag

Il a envoyé valser les corsets serrés et les tailles étouffées, et a inventé un style qui a révolutionné la silhouette féminine dans la fête incessante des Années folles. En ce moment, le musée des Arts décoratifs de Paris rend hommage à l’œuvre de Paul Poiret, couturier visionnaire et figure clef de la haute couture du début du XXe siècle, pourtant encore méconnu du grand public. Une exposition haute en couleurs, riche de 550 vêtements, tableaux, croquis, photographies, objets d’art et accessoires : « La mode est une fête ».

Un couturier novateur et audacieux

Paul Poiret exposition Mad - Claire Paris Zigzag
Paul Poiret exposition Mad – Claire Paris Zigzag

Tout commence en 1903, lorsque Paul Poiret fonde sa propre maison de couture vers Opéra. De ses ateliers sortent des robes aux lignes fluides, aux couleurs éclatantes et aux tissus légers, alliant raffinement et simplicité. Ses créations libèrent enfin le corps des femmes et deviennent à elles même de véritables manifestes d’émancipation et d’audace. Paul Poiret habille la modernité, et dans leurs mouvements désormais libérés, les tissus épousent avec élégance l’effervescence de la Belle Epoque et des Années folles. Une énergie que la scénographie festive de l’exposition restitue parfaitement : kimonos, boléros de danse, robes de nuit, robes de soirée à facettes se déploient sur des murs aux teintes vives -orange, rose, violet- pour mettre à l’honneur l’univers flamboyant du couturier. Dans un ballet de couleurs et de matières, le visiteur découvre non seulement ses robes iconiques, mais aussi des archives précieuses : dessins préparatoires, portraits de Poiret, photographies des robes portées… Un bel ensemble qui témoigne de l’inventivité d’un artiste touche-à-tout. 

La mode au fil des fêtes et des voyages

Paul Poiret exposition Mad - Claire Paris Zigzag
Paul Poiret exposition Mad – Claire Paris Zigzag

Le travail méconnu de Poiret se découvre au fil d’un parcours à la fois chronologique et thématique idéal pour comprendre la pluralité de son œuvre et de ses inspirations. Avec ce couturier, on parcourt le globe : tour des capitales européennes avec ses mannequins de 1911 à 1912, ou encore voyage au Maghreb et en Espagne… Il en rapporte broderies, étoffes et idées nouvelles. Pour lui, le voyage est une source inépuisable de création : ses robes en portent la trace (et même parfois le nom des villes) passant des coupes kimonos à des coupes style choga indien, ou encore aux fourrures slaves. D’ailleurs, premier couturier à s’exporter aux Etats-Unis en 1913, il connaît là-bas un succès fulgurant, qui lui vaut le surnom de “King of Fashion”

Paul Poiret exposition Mad - Claire Paris Zigzag
Paul Poiret exposition Mad – Claire Paris Zigzag

Le titre de l’exposition le dit, pour Poiret, “la mode est une fête” : et la fête, c’est aussi celle des corps en mouvements. Alors Poiret habille ceux-là : fasciné par les ballets russes et les danses de Vaslav Nijinski et Tamara Karsavina qu’il découvre à Paris en 1909, il crée des costumes de scène pour des danseuses comme Isadora Duncan ou Nyota Inyoka.

Un artiste complet qui inspire encore un siècle plus tard

Paul Poiret exposition Mad - Claire Paris Zigzag
Paul Poiret exposition Mad – Claire Paris Zigzag

En réinventant la mode, Poiret réinvente aussi le processus créatif. Tout au long de sa carrière, il s’entoure d’artistes et multiplie les collaborations fructueuses : il déniche le talent de Raoul Dufy qui donne à ses robes des motifs de tableaux fauves, fait confiance à Georges Lepape pour l’illustration, ou encore à Maurice Vlaminck. On découvre par exemple de magnifiques boutons en faïence aux couleurs vives peints par ce dernier. En réalité, Paul Poiret voit la mode comme un art total. Son art s’échappe des défilés et des placards pour investir d’autres univers : la décoration intérieure et la parfumerie. Premier couturier à se lancer dans la parfumerie, il fonde en 1911 “Les Parfums de Rosine” en hommage à une de ses filles, convaincu qu’un parfum doit s’adapter à une tenue. Il créé également l’école “Martine”, dédiée à l’art décoratif. Enfin, le parcours se conlut sur une belle note, montrant l‘influence considérable qu’il a exercé sur les créateurs du XXe et du XXIe siècle, de Christian Dior à Christian Lacroix en passant par Yves-Saint-Laurent. 

Informations pratiques
Jusqu’au 11 janvier 2026
Musée des arts décoratifs, 107 rue de Rivoli, 75001 Paris.