Un Hamlet revisité dans une version rock n’roll se joue en ce moment au théâtre de l’Odéon

hamlet à l'odeon

Il y a des soirs où l’Odéon ne ressemble plus vraiment à un théâtre à l’italienne, mais plutôt à une salle de concert sous haute tension. En ce moment, Hamlet s’y joue en version rock’n’roll. Shakespeare, oui, mais branché sur courant alternatif, en pleine tempête mentale.

Dans la tête d’un Hamlet à vif

Dès les premières minutes, le ton est donné. Le plateau est nu, sombre, traversé d’images vidéo, de grondements sourds, de lumières qui claquent. Hamlet n’entre pas en scène, il surgit. On ne regarde pas le prince du Danemark, on est aspiré dans sa tête. Une tête en vrac, en surrégime, saturée de colère, de deuil et de questions sans réponse. Hamlet va mal. Très mal. Père assassiné, mère remariée à la vitesse de l’éclair, oncle lisse et suspect : la tragédie est connue, mais ici elle se vit comme un effondrement intérieur. Le théâtre devient un champ de bataille psychologique, où chaque scène ressemble à une décharge émotionnelle.

La troupe de la Comédie Française joue actuellement hamlet au théâtre de l'odeon
La troupe de la Comédie Française joue actuellement hamlet au théâtre de l’odeon ©jan versweyveld

La tragédie au son de notre époque

Et puis il y a la musique. Pas une illustration sage, non : des tubes contemporains surgissent là où on ne les attend pas. Stromae, Queen, Zaho de Sagazan, Bob Dylan… Des chansons que tout le monde connaît, mais qui, replacées dans la tragédie, prennent une dimension glaçante. Ophélie ne chante plus comme au XVIIᵉ siècle : elle fredonne notre époque, notre mélancolie, nos angoisses modernes. Le résultat divise, dérange, interroge mais ne laisse pas indifférent. Sur scène, les comédiens sont à fleur de peau. Le Hamlet que l’on découvre est tour à tour inquiétant, fragile, violent, presque animal. Un prince qui ne théorise plus son mal-être : il le projette, le crache, le fait exploser. Autour de lui, les figures du pouvoir : roi, reine, courtisans… semblent tantôt protectrices, tantôt déjà compromises.

hamlet à l'odeon avec Denis Podalydes & Guillaume Gallienne
Hamlet à l’odeon avec Denis Podalydes & Guillaume Gallienne ©Jan Versweyveld

Un hamlet rock n’roll au théâtre de l’Odéon

Après Les Damnés, Électre / Oreste et Tartuffe ou l’Hypocrite, Ivo Van Hove retrouve la troupe de la Comédie-Française pour se confronter à Hamlet, l’une des tragédies les plus vertigineuses de Shakespeare. À travers une distribution resserrée, le metteur en scène belge plonge dans la subjectivité tourmentée du prince danois, pour saisir le moment de bascule où une jeunesse humiliée et impuissante glisse vers la violence et la destruction.

Alors oui, les puristes crieront à la trahison. Mais ce Hamlet version rock est résolument contemporain. Inscrit dans son époque, il cherche à frapper juste, à parler d’une jeunesse qui suffoque, d’un monde où les mots ne suffisent plus et où la violence devient parfois le dernier langage disponible.

Hamlet par la Troupe de la Comédie-Française
Théâtre de l’Odéon
, Place de l’Odéon 75006 Paris
Du 21 janvier au 14 mars 2026

Rédacteur
Touche-à-tout passionné, on peut aussi bien le croiser dans la fosse d’un concert qu’au détour d’une exposition ou au balcon d’un théâtre.