
Dans la nuit du 3 janvier 2026, le monde a été témoin d’une opération d’une ampleur inédite : le président vénézuélien Nicolás Maduro a été capturé et exfiltré par les forces des États-Unis, dans une intervention militaire qui a secoué la scène internationale. Cette capture surprise, sans précédent depuis des décennies, s’inscrit dans une longue lignée d’enlèvements et d’arrestations de dirigeants ou de figures influentes, qu’ils soient orchestrés par des États, des forces clandestines ou des organisations criminelles. Tour d’horizon des kidnappings les plus marquants de l’histoire.
1) Quand un État enlève un chef d’État
Manuel Noriega : du protégé de la CIA au prisonnier américain
Imaginez un petit pays d’Amérique centrale, le Panama, dirigé depuis 1983 par un général au regard froid : Manuel Noriega. Pendant des années, il a été l’homme à tout faire de la CIA, un agent double discret mais redoutable, capable de naviguer entre guérillas marxistes et cartels de drogue colombiens. Washington ferme les yeux, et Noriega transforme son pays en plaque tournante du narcotrafic, tout en gardant la confiance de ses alliés américains. Mais comme souvent dans les histoires de pouvoir, l’équilibre fragile finit par craquer. À la fin des années 1980, Noriega devient trop audacieux, trop dangereux : il menace de dévoiler les secrets bien gardés de la CIA… et même les liens avec George Bush père. Les États-Unis ne peuvent plus tolérer ce bras de fer. En décembre 1989, la mort d’un marine sert de déclencheur. L’opération « Just Cause » est lancée : 25 000 soldats américains débarquent au Panama. Noriega fuit, se cache dans l’ambassade du Vatican, mais la fin est inévitable. Le 3 janvier 1990, il se rend, est transféré aux États-Unis, jugé et condamné pour trafic de drogue et blanchiment d’argent. De protégé à prisonnier, l’histoire de Noriega est un avertissement historique : quand le pouvoir se joue des alliances, la chute peut être brutale et spectaculaire.

2) Les années 1970 : l’âge d’or du kidnapping financier en Europe
Luchino Revelli-Beaumont, PDG de Fiat France (1977)
Enlevé devant son domicile parisien, le dirigeant est séquestré 89 jours. Un groupuscule révolutionnaire argentin réclame 300 millions de francs. Après une médiatisation intense, une rançon de 2 millions de dollars est versée à Genève. Des décennies plus tard, l’affaire reste trouble : des soupçons émergent sur une manipulation politique impliquant un proche du régime péroniste argentin.

L’affaire Empain (1978)
Le rapt du baron Empain marque durablement l’opinion. Enlevé en plein Paris, détenu dans une galerie souterraine, enchaîné, privé d’eau et de chauffage, il subit une violence extrême. Les ravisseurs vont jusqu’à sectionner une phalange envoyée à la police. Après 63 jours, il est libéré grâce à une fausse remise de rançon. L’affaire symbolise la brutalité et la sophistication des kidnappings de l’époque.

Louis Hazan, enlevé en plein conseil d’administration (1975)
Le 31 décembre 1975, Louis Hazan, PDG de Phonogram, est enlevé par six hommes armés en pleine réunion. Une rançon de 15 millions de francs est exigée. L’affaire est confuse : faux ordres de virement, bombes, revendications floues mêlant extrême droite, mafia italienne et anciens de l’OAS. Face à la crise, l’État français adopte une doctrine ferme : plus aucune rançon ne sera payée. Hazan est finalement retrouvé ligoté dans un placard en Eure-et-Loir. Une affaire tentaculaire, jamais totalement élucidée.

3) Kidnappings modernes : la peur invisible
Le faux vacancier de Toulouse (2005)
En juillet 2005 à Toulouse, un riche homme d’affaires rentre de sept semaines de vacances en Espagne. Tout du moins c’est ce qu’il raconte à son entourage. Mais son banquier lui est inquiet, des flux d’argents inhabituels ont lieu sur son compte, il demande l’ouverture d’une enquête. Face aux gendarmes, l’homme d’affaires reste d’abord mutique, mais les enquêteurs flairent quelque chose, ils insistent et poussent l’homme à se confier. Quand l’homme se met à parler, son histoire est stupéfiante. En lieu de vacances il s’agit en fait d’un kidnapping de 7 semaines, de la France au sud de l’Espagne. L’homme est enlevé à Toulouse par plusieurs hommes, qui dérobent aussi dans sa maison sa carte bancaire, son téléphone portable et d’autres objets du quotidien. Le but est simple: faire croire à un départ en vacances. Puis le calvaire commence. Ses ravisseurs lui extorquent de l’argent, avec lequel ils achètent un camping car pour rouler dans le sud de l’Espagne. Il doit jouer les vacanciers, on le force à envoyer des messages et à téléphoner à sa femme. L’homme de 56 ans multiplie les virements sous la contrainte hommes armés, tantôt séquestré dans le véhicule, tantôt dans des caves, n’ayant aucune idée d’où il se trouve. L’eau et la nourriture manquent. Lorsqu’il réalise où il est, l’homme, dont l’identité n’a pas été révélée à la presse, se trouve dans un petit village espagnol du nom de San Pedro d’Alcantara. Il a déjà déboursé plus d’un millions d’euro. Les malfaiteurs le relâchent enfin avec un mot d’ordre: un mot, et c’est la mort. « Si tu veux rester en vie, c’est 100.000 € par semaine, jusqu’à deux millions ». Lorsqu’elle s’est enfin décidé à parler aux gendarmes, la victime a été expédiée loin de chez elle, pour sa sécurité, le temps de traquer les malfaiteurs. Le 7 septembre suivant, des malfrats au lourd passé judiciaire ont été arrêtés en Espagne et à Toulouse, offrant enfin la liberté à l’homme d’affaire terrorisé.

4) Les enlèvements d’enfants qui ont changé la loi
Le bébé Lindbergh (1932)
Le 1er mars 1932, le fils de l’aviateur américain Charles Lindbergh, le petit Charles-Augustus Lindbergh, âgé de 20 mois, est kidnappé dans la villa familiale à Hopewell (New Jersey). Les parents découvrent dans le berceau une lettre de rançon exigeant 50 000 dollars, avec l’ordre de ne pas prévenir la police. Les seuls indices retrouvés sont une échelle, des empreintes de pas et les notes laissées par les ravisseurs. Dès le lendemain, Lindbergh accepte de payer la rançon et confie les contacts avec les ravisseurs à des intermédiaires issus du milieu criminel new-yorkais, malgré l’activité de la police, qu’il supplie de rester en retrait. L’affaire devient nationale, mobilisant aussi bien les forces de l’ordre que le monde interlope : même Al Capone propose son aide, ce qui alimente rumeurs et soupçons. Malgré le paiement de la rançon et de multiples pistes explorées pendant plusieurs semaines, l’enfant n’est jamais rendu vivant. Le 12 mai 1932, soit 73 jours après l’enlèvement, son cadavre est découvert à une vingtaine de kilomètres de la maison familiale. Après une enquête longue, coûteuse et semée de fausses pistes, évaluée à plus de 7,5 millions de francs, Bruno Hauptmann est arrêté, jugé et reconnu coupable de l’enlèvement et du meurtre. Il est exécuté sur la chaise électrique en 1936. Cette affaire, l’une des plus médiatisées du XXᵉ siècle, a profondément marqué l’opinion publique américaine et entraîné un renforcement des lois fédérales contre les enlèvements.

Éric Peugeot (1960)
En avril 1960, la France est bouleversée par le premier enlèvement d’enfant contre rançon de son histoire. Éric Peugeot, petit-fils du grand industriel automobile et âgé de 4 ans et demi, est kidnappé le 12 avril dans le parc pour enfants du golf de Saint-Cloud, en banlieue parisienne, alors qu’il joue sous la surveillance de sa nurse. Les ravisseurs laissent une lettre de menace très violente, inspirée d’un roman policier américain, exigeant une rançon de 50 millions de francs. L’affaire fait immédiatement la une des médias et ravive le traumatisme international du kidnapping Lindbergh. Malgré l’intervention de la police, Roland Peugeot, le père de l’enfant, accepte de payer la rançon contre l’avis des enquêteurs. Après 48 heures de séquestration, Éric est libéré sain et sauf dans la nuit du 15 avril 1960, retrouvé seul devant une brasserie parisienne. Inconscient du drame, il raconte avoir mangé du chocolat, regardé la télévision et joué aux cartes avec ses ravisseurs. L’enfant avait été détenu dans un pavillon du Val-d’Oise. L’enquête s’avère longue et complexe : il faudra onze mois et plus de 1 500 auditions pour identifier les coupables. Une information venue du milieu permet finalement d’arrêter Raymond Rolland et Pierre-Marie Larcher, deux escrocs qui ont dilapidé presque toute la rançon dans le luxe, notamment à Megève. Arrêtés en mars 1961, ils sont condamnés à vingt ans de réclusion criminelle. Une affaire qui finit bien. « Elle est surtout prémonitoire, explique Charles Diaz, commissaire général honoraire de la police nationale et historien de la police. On va arriver dans les années 1970 avec une vague d’enlèvements et demandes de rançon énorme. Parce qu’on aura tiré les leçons de l’affaire Peugeot, on va voir le commissaire Pierre Ottavioli qui va mettre en place un protocole différent. Plus de remise de rançons sans la présence des policiers. Et ça va tout changer. »

5) Aux origines du kidnapping : le mythe
L’enlèvement des Sabines
L’enlèvement des Sabines est un épisode fondateur de la mythologie romaine, rapporté notamment par Tite-Live et Plutarque. Selon la légende, peu après la fondation de Rome, Romulus doit faire face à un grave problème : la nouvelle cité manque de femmes pour assurer sa survie. Il invite alors les peuples voisins, dont les Sabins, à une grande fête. Au signal convenu, les Romains enlèvent les jeunes femmes sabines afin d’en faire leurs épouses. Cet acte provoque une guerre entre Romains et Sabins, mais le conflit prend fin lorsque les femmes enlevées s’interposent entre les combattants, refusant de voir s’entretuer leurs pères et leurs maris. L’épisode symbolise à la fois la violence des origines de Rome et l’idée d’une réconciliation fondatrice, les Sabins étant finalement intégrés à la cité romaine. Cet épisode rappelle que le rapt, loin d’être une dérive moderne, accompagne l’histoire humaine depuis ses origines.

Du mythe antique aux opérations militaires contemporaines, le kidnapping révèle toujours les mêmes lignes de fracture : le rapport à la force, au pouvoir et à l’argent. Derrière chaque rapt se joue un affrontement entre États, idéologies ou individus, où la loi s’efface souvent devant la raison du plus fort.