Nous avions découvert il y a quelque temps l’application Paris Avant très intéressante pour comprendre et voir l’évolution des bâtiments, des rues, des commerçants, des vieilles enseignes à Paris. On a voulu en savoir un peu plus sur leur façon de collecter les infos et profiter de leur œil d’expert du avant/après à Paris. Nous les avons donc rencontrés pour une interview et voici leur Paris d’avant !
1. Qui êtes-vous ? Quel est le principe de votre application et comment l’idée vous est venu ?
Nous sommes 3 dans l’équipe de Ma Ville Avant : Gwendal, Jean et Sylvain. Nous avons tous habité à Paris à un moment ou un autre et aimons beaucoup cette ville. Lorsque nous avons découvert le site ParisAvant.com de Fréderic Botton nous avons adoré : le concept est excellent et nous avons été impressionnés par la richesse du contenu.
Nous développons des applications mobiles, et l’idée d’une application « Paris Avant » pour faire voyager les gens dans le temps nous est donc venue très rapidement. Depuis sa sortie nous continuons de travailler pour proposer plus de villes, toujours en partenariat avec des passionnés, que ce soit en France ou à l’étranger.
2. Quelle période couvrez-vous? Quelle est la photo la plus ancienne?
La période est volontairement restreinte aux années 1890-1920, à quelques rares exceptions près. La raison est toute simple : c’est à ce moment que la production de cartes postales parisiennes – dans le reste de la France et ses colonies également – a été la plus faste.
La photo la plus ancienne de Paris qui soit connue est celle prise par Daguerre en 1837 ou 1838. Elle représente le boulevard du Temple pris depuis le diorama de Daguerre. Refaire le cliché exact est impossible, là se trouve maintenant la caserne Jean Védrines construite en 1854. Il est toutefois possible de prendre des clichés dans un angle proche. En revanche, la photo originale – un daguerréotype pour être plus précis – n’est pas libre pour reproduction, le Stadtmuseum de Munich est son ayant-droit. Il existe quelques clichés de Daguerre qui semblent antérieurs à celui-ci, dont un « pont Neuf » qui se trouve au musée des Arts et Métiers, mais il s’agit d’essais.
3. Pour vous qu’est ce qui à le plus changé entre le Paris époque 1900 et aujourd’hui ? Avez-vous des exemples et anecdotes intéressantes à ce sujet?
Les changements les plus radicaux ont eu lieu dans les arrondissements les plus éloignés. L’explication est simple : en 1900, les 12e, 13e, 14e, 15e, 16e, 17e, 19e et 20e arrondissements n’étaient parisiens que depuis 40 ans. Les travaux d’urbanisation ont changé le paysage jusqu’à la première guerre mondiale, qui donne un coup de frein à de nombreux projets immobiliers. Il existe de nombreux clichés de la rivière de la Bièvre, qui traversait le 13e arrondissement pour aller se jeter dans la Seine. On y voit des tanneurs au travail, dans un environnement qui ressemble à un cloaque ou un bidonville. Tout a disparu !
4. Quel est le quartier qui a subit le plus de changement? Pourquoi ? Que pensez-vous des travaux de Haussmann?
Ce sont surtout les années 1960 qui ont changé radicalement le paysage, surtout dans les 13e et 19e arrondissements. Place des Fêtes (19e), ou près des tours du 13e, il est presque impossible de retrouver les angles exacts des clichés de l’époque. Sur certains clichés, par chance, on aperçoit un immeuble qui a traversé les époques. Il sert dans ce cas de point de repère pour positionner le cliché récent.
Les travaux de Haussmann ont fait passer Paris d’une cité à architecture médiévale à une ville moderne. Ils ont bien évidemment défiguré le Paris des ruelles étroites, creusé les saignées larges que sont les grandes avenues et les boulevards. Mais ces travaux étaient, à l’évidence, nécessaires, notamment pour des raisons d’hygiène. A cette époque ont été créés la plupart des parcs, comme celui des Buttes-Chaumont ou de Montsouris. Les gares, qui existaient déjà, ont été agrandies et modernisées. Haussmann n’a pas eu le temps de remodeler tout Paris, et c’est sans doute une bonne chose. Ainsi en plus des constructions haussmanniennes, il subsiste des quartiers très anciens dans le centre de Paris, des quartiers-villages dans les arrondissements en périphérie. Dommage aussi que le canal Saint Martin ait été couvert depuis la place de la Bastille jusqu’à ce qu’il arrive près de la place de la République, cela principalement pour éviter les déplacements rapides d’opposants au régime de Napoléon III… Mais on a évité que le même canal ne se transforme en autoroute à 4 voies pendant les années 1970 de Pompidou et son « tout pour l’automobile ».
5. Quelle est l’époque qui a apporté le plus à Paris ?
Les changements ont été incessants, mais les années Haussmann (1850 à 1870) sont celles qui ont le plus modifié Paris. Les historiens estiment que le coût de la modernisation de Paris par Haussmann a été l’équivalent de 50 milliards d’euros actuels (en se basant sur les emprunts contractés par Napoléon III et les investissements des frères Pereire). Dans les années 1850 à 1900, les usines ont colonisé les faubourgs parisiens. Lesquels deviennent, depuis la disparition de l’industrie, des quartiers pour une population aisée. Les années 1960 et 1970 ont connu le règne de l’automobile, avec le périphérique qui est né à l’ancien emplacement des fortifications de Thiers, avec les voies sur quais. La culture a profité d’œuvres plus récentes comme le centre Pompidou, l’opéra Bastille ou la bibliothèque François Mitterrand. Mais il s’agit de travaux isolés, sans ligne directrice.
6. La photo avant – après la plus impressionnante/intéressante pour vous?
J’aurais adoré voir le puits artésien de Grenelle. C’était une immense tour de métal de 43 mètres de haut. Rien à voir avec la statue de Pasteur qui se trouve maintenant à cet endroit. Mais pour cela, il aurait fallu venir place de Breteuil avant 1903…
7. Où trouvez-vous toutes ces photos?
J’utilise le site delcampe.fr, qui fédère les vendeurs d’objets de collection de toute l’Europe. J’arpente la ville virtuellement avec Google maps pour préparer mes parcours, avec de vieilles cartes (chinées avec beaucoup de patience) pour comprendre l’évolution des rues et de leurs noms. Lorsque je réussis une photo, je l’achète pour la scanner dans de bonnes conditions. Je passe aussi du temps à rechercher si le cliché appartient aux agences photographiques disposant de fonds et de leurs droits de reproduction. Celles que j’utilise sont libres de droits !
8. Le monument disparu ou endommagé le plus emblématique ?
L’un des plus connus, ce sont les halles centrales. Les pavillons imaginés par Baltard ont été détruits (à l’exception de deux d’entre eux, l’un parti à Nogent, l’autre au Japon), remplacés par le forum des Halles. Ils ont servi 117 ans, de 1852 à 1969. L’endroit va être modifié une fois de plus, après un peu moins de 45 ans…
Certains monuments sont moins connus. Avant que la pyramide du Louvre n’occupe la cour du Carrousel, il y avait une énorme statue à la gloire de Gambetta (photo ci dessous). Juste à côté du champ de Mars se trouvait une immense roue de 106 mètres de hauteur (photo ci dessous). Elle a disparu en 1937. Juste à côté, sur le champ de Mars et en face de l’école militaire se trouvait la galerie des machines. C’était en 1889 le plus grand bâtiment du monde ! Elle a été détruite en 1911.
Champ de Mars avec son immense roue de 106 mètres de hauteur
Avant que la pyramide du Louvre n’occupe la cour du Carrousel, il y avait une énorme statue à la gloire de Gambetta
9. y a t il des monuments – lieu ou vous ne retrouvez aucune photo?
Il y a des lieux qui ont peu été pris en photo. C’est le cas de la butte Bergeyre, dans le 19e arrondissement, qui hébergeait pourtant un grand stade de football. Mais il existe surtout des photos pour lesquelles il est impossible de refaire un cliché selon le même angle. Ce sont par exemples des photos prises depuis la grande roue ! Du maquis de Montmartre, c’est-à-dire le bidonville que l’on trouvait sur les flancs de la colline. De la rivière de la Bièvre. De la salle de spectacle le théâtre nouveau de Belleville. De la gare de Ménilmontant. Tous ces endroits ont été détruits et reconstruits, sans rien conserver de l’époque. Il y a aussi des photos étonnantes, comme celles de militaires qui défilent place de la Nation en 1917 pour regonfler le moral des troupes.
10. Vos coups de cœur à Paris?
L’un des endroits les plus étonnants de Paris est le cimetière du Père Lachaise. Là s’y trouve un concentré d’histoire. Il faut passer rapidement la tombe de Jim Morrison et aller voir tous ceux qui ont fait Paris, la France et même le monde ! Pour ne pas s’y perdre, il faut profiter des balades de Bertrand Beyern. C’est un incroyable historien des cimetières doublé d’un comédien qui vous embarque pour 3 bonnes heures de marche, avec des balades à thème. Pour profiter d’un superbe panorama de Paris qui change un peu de celui de Montmartre, il faut essayer la butte Bergeyre (celle où il y avait un stade de foot). On y monte par la rue Georges Lardennois, par des escaliers depuis la rue Manin ou l’avenue Simon Bolivar.
Pour télécharger l’application Paris Avant c’est ici !
En complément voici notre dossier sur les endroits disparu de Paris
















