Châtelet : « y entrer, c’est déjà être condamné », l’histoire glaçante d’un Paris oublié

Le Grand Châtelet et Place du Châtelet © Wikicommons et @ludovicstrl

Les faits divers concernant Châtelet et ses environs ne se comptent plus. De l’ancien cimetière des Innocents, à la station labyrinthique de Châtelet-les-Halles, les anecdotes et les mystères croissent d’année en année. Cependant, il est trop simple de se limiter au présent. Paris a connu une période médiévale vaste, parfois prospère, parfois austère. À l’époque, « Châtelet » n’était pas uniquement un lieu, ou une place, mais une vaste construction, où, au fil du temps, « y entrer, c’était déjà être condamné ». Pour découvrir la sombre déchéance du Châtelet médiéval, remontons le temps, au cœur d’un Paris oublié.

Un Paris oublié

Lorsque le Paris médiéval est cité, la fameuse maison de Nicolas Flamel au 51 rue de Montmorency, fait déjà partie de la mémoire collective. Après tout, il s’agit de la plus vieille maison de Paris qui a été miraculeusement conservée malgré les vastes travaux d’Haussmann. Nous pouvons également citer le n°11 et 13 de la rue François Miron, où deux magnifiques maisons à pan de bois datant du XVIe siècle se dressent entre les constructions plus récentes.  Nous pensons aussi à la fameuse Rue des Barres : vaste, pavée, témoin d’un autre temps, ou même aux  vestiges de l’enceinte de Philippe Auguste, en passant par la tour Jean Sans Peur. Mais à travers ce qu’il reste, il y a aussi ce qui a disparu, dont l’Histoire a laissé des traces parfois glaçantes. Laissez-vous guider Place du Châtelet, face à la Conciergerie, au-delà du Pont au Change, et à deux pas des Halles.

La Conciergerie et Rue Barres © @franck_lammens et @herve_in_paris
La Conciergerie et Rue Barres © @franck_lammens et @herve_in_paris

Châtelet : histoire glaçante

Au Moyen Âge, Paris est une ville qui attire les convoitises et qui se voit toujours menacée. La présence de la Seine apporte certains avantages, mais surtout de nombreux inconvénients en ce qui concerne la sécurité des rives environnantes. L’Île de la Cité était le cœur politique et religieux du royaume. Alors, deux forteresses sont érigées : le Grand Châtelet au nord, le Petit Châtelet au sud. Mentionnés dès le IXe siècle, le Grand et le Petit Châtelet sont reconstruits en pierre sous Louis VI le Gros, au début du XIIe siècle. Ces deux forteresses protègent alors les accès nord et sud de l’île de la Cité. Le rôle des Châtelets était militaire : ils devaient filtrer les entrées dans Paris. Mais peu à peu, ce lieu est devenu sinistre et dangereux. Pourtant, la justice y régnait…

Être condamné

Peu à peu, le Grand Châtelet perd son rôle purement militaire. Il devient le siège de la prévôté de Paris, où l’on rend la justice, tandis que des cachots et des salles de torture sont aménagés dans l’édifice. À l’ombre des constructions et au bord de la Seine, la justice se montre particulièrement sévère, tandis que les conditions de détention deviennent de plus en plus difficiles. Le lieu devient mal famé. Notez que jusqu’à la fin de son existence, le Grand Châtelet gardera sa terrible réputation.

Le Grand Châtelet © Wikicommons
Le Grand Châtelet © Wikicommons

Au lieu de rester un lieu qui protège, les prisonniers sont entassés, tout est insalubre et les abus de pouvoir sont quasi automatiques. C’est ainsi qu’au Grand Châtelet, ont été jugés et suppliciés ceux que l’on nomme « les faux-monnayeurs ». Les détenus pouvaient être soumis à la “question”, autrement dit à la torture, tandis que les conditions de détention dans certains cachots étaient particulièrement éprouvantes. Certains d’entre eux portaient même des noms sinistres. “La Fosse”, en forme de cône renversé, empêchait les détenus de se tenir correctement debout ou couchés, tandis que “Fin d’aise” était réputée pour ses conditions particulièrement sordides. Les condamnations les plus affreuses au Grand Châtelet incluaient la pendaison, le bûcher, l’ébouillantement. Bien sûr : ces exécutions étaient publiques. Châtelet devenait alors un point de ralliement de spectacle macabre.

Le Grand Châtelet a aussi vu passer quelques détenus célèbres, parmi lesquels François Villon, Clément Marot ou encore Molière, emprisonné pour dettes. Mais le lieu a également joué un rôle plus inattendu dans l’histoire parisienne : au XVIIIe siècle, sa basse geôle sert à exposer les corps retrouvés dans les rues ou repêchés dans la Seine, afin que les habitants puissent venir tenter de les identifier. Une fonction macabre qui préfigure la future morgue de Paris.

Le Petit Châtelet disparaît le premier : il est démoli en 1782. Le Grand Châtelet lui survit encore quelques années, avant que sa démolition ne commence en 1802 et ne s’achève en 1810, permettant de dégager l’espace qui deviendra l’actuelle place du Châtelet. La Bastille, construite à partir de 1370, était quant à elle bien plus récente que le Grand Châtelet, reconstruit en pierre dès 1130. Pourtant, c’est surtout elle que l’histoire retiendra comme le grand symbole parisien de l’enfermement sous l’Ancien Régime.

Place du Châtelet © AdobeStockPhoto à la une : Le Grand Châtelet et Place du Châtelet © Wikicommons et @ludovicstrl

Rédactrice
Mes écrits révèlent mes passions, aussi brûlantes que mon imagination. Je rêve d'architecture, d'art naïf, de nature, d'histoires oubliées, de l'Île-de-France et ses secrets.