Décrottoirs, affiches bizarres à Paris : ces choses que personne ne remarque

Les mascarons du Pont Neuf dans le premier arrondissement de Paris

En tant que ville historique et millénaire, Paris est pleine de détails insoupçonnés. Nombreux sont ceux que vous connaissez déjà: comme les mascarons, les châteaux disparus ou encore les rues surprenantes; comme la rue des degrés ! Cette fois, exit la « rue la plus petite » ou les visages qui ornent les immeubles et les ponts. Il est temps de s’intéresser à ce qui passe désormais inaperçu lorsqu’on se balade dans les rues de Paris, et qui, pourtant, incarne l’histoire de la Ville Lumière !

Des repères historiques en plein Paris

Commençons par un événement mythique : la crue de 1910. Ce cataclysme a totalement transformé le paysage de Paris, à tel point que l’on nomme cet événement « la crue centennale ». Imaginez le parvis de la gare Saint-Lazare sous les eaux, et plus de 20 000 immeubles totalement inondés ! Même le métropolitain, tout neuf, a été affecté. La ligne 4, qui devait ouvrir ses portes, a dû être fermée. Cet événement a marqué les consciences, mais également les façades ! En gardant l’œil ouvert, vous pourrez découvrir que de nombreux murs d’époque indiquent jusqu’où l’eau est montée pendant cette grande crue.

© Par Heliotypie Ernest Louis Désiré Le Deley - photographe non identifié, Paris inondé crue de la Seine Janvier 1910 n°1
© Par Heliotypie Ernest Louis Désiré Le Deley – photographe non identifié, Paris inondé crue de la Seine Janvier 1910 n°1

En parlant de niveau, avez-vous déjà vu les « repères de nivellement » à Paris ? Les ingénieurs s’en servaient massivement au XIXe siècle. Ces petites plaques métalliques ont été installées par le Service du Nivellement général en France. Leur rôle était d’aider les ingénieurs qui modelaient les routes, les ponts, les réseaux d’eau. Lors des grands travaux d’Haussmann, ces repères sont devenus essentiels pour les travaux publics de grande envergure, les cartographes et les futurs réseaux souterrains. Aujourd’hui, avec l’usage des GPS, les relevés numériques et les lasers modernes, ces repères de nivellement ne sont qu’un souvenir du passé !

Une ancienne plaque de nivellement parisienne
Une ancienne plaque de nivellement parisienne © Wikicommons

De même, les façades de la capitale indiquaient d’autres détails qui sont inusités aujourd’hui. Nous pensons notamment aux inscriptions gravées « eau et gaz à tous les étages ». Cela rappelle une époque où ces luxes n’étaient pas automatiques, jusqu’à ce que l’architecture hygiéniste entre en scène, et tente de donner accès à ces commodités à toute la population. Nous pensons particulièrement à l’immeuble de la rue Vavin, dans le quartier de Montparnasse. Cette création d’Henri Sauvage a révolutionné l’habitat ouvrier : avec l’eau, le gaz, et la luminosité à tous les étages.

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Des détails dans tous les arrondissements

Dans tous les arrondissements de Paris, des détails d’un autre temps vous font défaut ! Ce n’est pas uniquement car votre téléphone accapare votre attention, mais parce que sans explications, ces objets n’ont plus de sens aujourd’hui. Il est temps d’évoquer les chasses-roues, qui ont la forme de pierres lisses, ou qui sont en fer forgé, aux abords des portes. Ces protections permettaient de préserver les belles portes parisiennes lors du passage des chevaux, entre le XVIIe et le XIXe siècle ! Bien sûr, ces « outils » n’ont plus servi à grand-chose, lorsque Paris est devenue la capitale des tramways, et encore plus quand le réseau de voies ferrées a évolué.

Deux types de chasses-roues, en pierre ou en fer forgé
Deux types de chasses-roues, en pierre ou en fer forgé © Wikicommons

Concernant « l’évolution », Paris était encore plus sale à l’époque ! Certes, la propreté parisienne peut parfois laisser à désirer, mais moins qu’aux siècles derniers où l’on utilisait des « décrottoirs ». Ces petites pièces métalliques au pied des immeubles sont encore très nombreuses, et servaient à nettoyer les chaussures pleines de boue ou de bouse ! Eh oui, il n’y avait pas que les chiens qui faisaient leurs affaires dans les rues de Paris. Vis-à-vis de cette« semi-propreté », la Seine cache également des détails qui passent inaperçus.

Boucles à amarrage des quais de Seine
Boucles à amarrage des quais de Seine © Wikicommons

Déjà, dans la rue, vous pouvez apercevoir d’anciens anneaux à attaches qui servaient aux chevaux. Ces gros anneaux se retrouvent sur les quais de Seine, mais ne servaient évidemment pas à la même chose ! Il s’agissait bel et bien d’amarrage fluvial, car entre le XIXe et le XXe siècle, les quais de Paris n’étaient pas utilisés pour se promener ou se dépenser. La Seine était beaucoup plus importante pour l’organisation de Paris, il s’agissait même d’une zone de travail ! En clair : le fleuve et ses quais incarnaient une autoroute, et une usine. Le bois de chauffage, le vin, le charbon, la nourriture : tout arrivait massivement par bateau. À cette époque, le niveau des sols n’était d’ailleurs pas le même.

Un décrottoir typique utilisé lorsque Paris était très sale
Un décrottoir typique utilisé lorsque Paris était très sale © Wikicommons

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Paris et ses bizarreries d’un autre temps

Si vous baissez les yeux, vous pourrez aussi découvrir les soupiraux et les grilles de cave. Ces espaces-là se nomment « cours anglaises ». Ils ont été pensés lors des grands travaux d’Haussmann et servaient d’aération, ou de chambres de bonnes. Ils servaient aussi à éviter l’humidité aux étages supérieurs. En outre, les édifices haussmaniens ont aussi leur petit secret que l’on ne remarque pas immédiatement. Sachez que les deuxièmes étages avec balcons étaient réservés aux habitants les plus aisés, on le nommait même « l’étage noble ».

Les 2e étages des façades haussmanniennes étaient nommés "les étages nobles"
Les 2e étages des façades haussmanniennes étaient nommés « les étages nobles » © Pascal Gueret

Et pour que Paris garde sa noblesse, on imposait des règles strictes sur l’affichage ! C’est pour cette raison que vous pouvez encore remarquer des plaques indiquant « Défense d’afficher ». Ce dernier point remonte au XIXe siècle, une période où Paris était littéralement recouverte d’affiches ! Dans un monde sans réseaux sociaux, les affiches de spectacles, de cabarets, de réunions politiques, et de publicités en tout genre, devaient bien se trouver une place dans l’espace public ! Alors, on collait sauvagement sur des façades habitées, et cela ne faisait pas plaisir aux propriétaires ou aux locataires.

Imaginez des publicités intempestives placardées sur la façade de votre immeuble ou de votre maison. On parle même d’un « âge d’or de l’affiche », avec de grands noms comme Jules Chéret ou Henri de Toulouse-Lautrec. Et même si quelques affiches parisiennes étaient très populaires, on voulait protéger son mur ! Par ailleurs, ces anciens avertissements encore visibles à Paris ne sont pas tous semblables. On peut retrouver un simple « Défense d’afficher », ou encore « Défense d’afficher sous peine de poursuite », et mieux : « Défense d’uriner et d’afficher »… Mais peut-être que ce dernier message est encore dans l’ère du temps, à vous d’en juger ! On espère surtout que tous ces petits détails cachés à Paris vous feront voir la capitale et ses arrondissements autrement.

Après-midi, les afficheurs du Comité républicain socialiste anticollectiviste bataillent, Agence Rol, 1910
Après-midi, les afficheurs du Comité républicain socialiste anticollectiviste bataillent, Agence Rol, 1910 © Gallica

Photo à la une : Les mascarons du Pont Neuf dans le premier arrondissement de Paris © Didier Doceux

Rédactrice
Mes écrits révèlent mes passions, aussi brûlantes que mon imagination. Je rêve d'architecture, d'art naïf, de nature, d'histoires oubliées, de l'Île-de-France et ses secrets.