Quand Paris était la capitale du tramway avec 108 lignes en activité

Tramway de Paris © Coll. P. Mérard

Si on vous dit « transports en commun » parisiens, vous penserez forcément au train et au métro. Ces remplaçants de la voiture ont toujours la cote à Paris. Bien sûr, cela n’a pas empêché des accidents mémorables, comme avec cette locomotive folle qui a fait exploser une façade de Montparnasse, ou bien avec ce funiculaire rebelle qui « tuait les belles-mères ». Mais vous ne vous doutiez peut-être pas que le tramway a été le roi de Paris durant des années. On vous raconte.

Comme à Broadway

Le premier personnage de cette histoire se nomme Alphonse Loubat. Il était un ingénieur français qui vivait aux États-Unis. À New York, lors de la première moitié du XIXème siècle, le tramway est une véritable révolution. On ne parle évidemment pas du même moyen de transport que nous connaissons aujourd’hui. Ce tramway, né pour relier le quartier de Broadway à la grande pomme, était tiré par des chevaux. C’est un détail à ne pas omettre : les chevaux sont des êtres vivants, qui demandent de l’énergie et de l’attention, même lorsqu’ils ne tirent pas le tramway.

Tramway de Paris © Coll. P. Mérard
Tramway de Paris © Coll. P. Mérard

Inspiré, Alphonse Loubat entre en France, et construit la première ligne de tramway de Paris qui est mise en service en 1853. Deux ans plus tard, la ligne officielle est lancée. D’ailleurs, le tramway est surnommé « chemin de fer américain ». Ce premier tramway va de l’Alma à Boulogne, et se verra prolongé jusqu’à la Concorde. Il faudra attendre 1880 pour constater que la « traction animale » n’est pas idéale. Imaginez Paris avec des crottins partout sur les chaussées, cela ne mettait pas du tout en valeur les récents travaux du baron Haussmann !

La capitale du Tramway

Réseau qui se densifie et besoin de solution est égal à : compagnies. Les tramways de Paris comptaient alors trois grands constructeurs. D’abord, la « Compagnie Générale des Omnibus » (CGO). Celle-ci gardait encore ses chevaux, avec un cocher surélevé. Ce type de tramway était unidirectionnel. Ensuite, il y avait « La conception des tramways du Nord », une compagnie belge, avec un tramway qui était bidirectionnel : donc avec davantage de capacités. Enfin, on retrouvait la compagnie anglaise « La conception des tramways du Sud » qui offrait la possibilité d’un tramway qui pouvait faire demi-tour.

Tramway de Paris © Wikicommons
Tramway de Paris © Wikicommons

Vers 1876, le constructeur anglais tentera même le tramway à vapeur ! Cette ligne s’étendait de la gare Montparnasse à la gare d’Austerlitz. Or, ces moyens de transport fumants ne feront pas l’unanimité. Ils commençaient même à obscurcir les belles façades haussmanniennes. Ces tramways disparaîtront de Paris, mais la ville de Rouen en voudra bien ! Quant à la compagnie belge, elle s’accommodera avec un système de traction par air comprimé : incolore, et inodore.

À l’orée du XXe siècle, le tramway est autant un produit marketing qu’une technologie novatrice. Les concurrences s’agrandissent et parfois, à défaut de la qualité. Une chose est sûre : Paris est littéralement la capitale du tramway.

Tramway de Paris © Wikicommons
Tramway de Paris © Wikicommons

De 108 lignes… À 0

Adieu les chevaux : nous sommes en 1881 lorsque l’exposition internationale de l’électricité a lieu à Paris. À cette occasion, la première ligne de tramway électrique est présentée. Elle reliera ensuite la Concorde jusqu’au Grand Palais. Ce tramway électrique fonctionnait par fils aériens, une technologique que l’on retrouve encore à Lyon. De même, les Parisiens n’en seront pas très friands, pointant du doigt l’absence d’esthétique. En tout cas : il y en avait pour les goûts, avec 108 lignes.

Tramway de Paris © Coll. P. Mérard
Tramway de Paris © Coll. P. Mérard

En 1892, la Compagnie des tramways de Paris et du département de la Seine (TPDS), ouvre une ligne qui n’a pas besoin de câble. Enfin, le XXe siècle débute, et le tramway reste une machine d’innovations qui transforme Paris. Il faudra attendre 20 ans pour que le tramway perde de sa valeur, avec le développement de l’automobile. À cela, s’ajoutait l’expansion du métropolitain. En 1930, une décision radicale sera prise : les lignes de tramways seront TOUTES supprimées, sans exception. Les bus prendront la relève. Le dernier tramway parisien (à l’ancienne) circulera jusqu’en 1938, dans la proche banlieue.

Ce qui avait été l’un des plus grands réseaux de tramways au monde a disparu à la vitesse de l’éclair. Il faudra attendre 68 ans pour que le T3 soit mis en service le 16 décembre 2006 ! Désormais, Paris a fait la paix avec les tramways, et même les câbles : bien que le tout nouveau C1 vole en banlieue.

Voies de tramway conservées, Avenue de Tourville © Wikicommons
Voies de tramway conservées, Avenue de Tourville © Wikicommons

Photo à la une : Tramway de Paris © Coll. P. Mérard

Rédactrice
Mes écrits révèlent mes passions, aussi brûlantes que mon imagination. Je rêve d'architecture, d'art naïf, de nature, d'histoires oubliées, de l'Île-de-France et ses secrets.