La « Presqu’île de Lyon » : un nom hérité d’une île disparue

Presqu'île de Lyon vue du haut

La Presqu’île de Lyon, ce cœur battant de la ville entre Rhône et Saône, doit son nom à une histoire de terre, progressivement gagnée sur l’eau. Aujourd’hui, difficile d’imaginer que la place Bellecour ou la rue de la République furent isolées par ces deux fleuves. Pourtant, ce nom de « Presqu’île de Lyon », que l’on a l’habitude d’utiliser quotidiennement, est bel et bien hérité de son passé d’île, aujourd’hui disparue.

Une île à l’époque romaine

À l’époque romaine, la zone qui deviendra la Presqu’île de Lyon portait le nom d’« île des Canabae » et était entourée de plusieurs petites îles. Elle servait principalement d’espace de stockage pour les marchandises et accueillait des villae, ces grands domaines ruraux associant des exploitations agricoles à des résidences richement ornées.

Ile de Canabae époque romaine
© Jean-Claude Golvin

Il s’agissait alors d’une île à part entière, séparée du reste de la cité par les bras du Rhône et de la Saône et le confluent des deux fleuves ne se situait pas à l’endroit où on le connaît aujourd’hui : il se trouvait plus au nord, au pied de la colline de la Croix-Rousse, à proximité de l’ancienne agglomération gauloise de Condate. Difficile à imaginer !

Des siècles de travaux

C’est un long processus de comblement qui a progressivement relié cette île aux terres environnantes et repoussé le confluent du Rhône et de la Saône vers le sud. Si les premiers phénomènes de comblement et d’assainissement remontent à l’Antiquité et se poursuivent au Moyen Âge, la Presqu’île telle qu’on la connaît aujourd’hui doit beaucoup aux grands travaux d’aménagement menés à partir du XVIIIe siècle.

Confluent du Rhône et de la Saône

Le 23 janvier 1770, le Consulat adopte donc le plan d’Antoine-Michel Perrache, pour combler les multiples bras de l’ancien lit du fleuve et rattacher les différentes îles à la Presqu’île, pour l’étendre tout en déplaçant son confluent. Ces travaux ont transformé un espace insulaire en une bande de terre continue, sans pour autant en faire une terre « pleine » : l’appellation « Presqu’île » (littéralement, « presque une île ») s’est imposée pour désigner ce statut hybride.

Le nouveau visage de la Presqu’Île 

Le visage actuel de la Presqu’île, avec ses grandes artères et ses immeubles haussmanniens, date pour sa part du Second Empire, sous l’impulsion du préfet Claude-Marius Vaïsse, surnommé le « Haussmann lyonnais », à la fois pour des raisons de prestige et de sécurité.

Rue de la République
© La rue de la République, à ses débuts « rue Impériale », Wikipédia

Ainsi sont nées la grande rue de la République, anciennement « rue Impériale », reliant Bellecour aux Terreaux, ainsi que la rue Édouard-Herriot, qui ont redessiné le tissu urbain de la ville de Lyon.

Vous l’aurez compris, le nom de « Presqu’île » raconte en fait des siècles d’évolution entre Lyon et ses fleuves. Une histoire qui change le regard porté sur certains quartiers,  quand on les imagine autrefois sous les eaux.

Photo en Une : Adobe Stock, Allan