Mirapolis : ce parc d’attractions abandonné depuis plus de 30 ans près de Paris

Le Gargantua de Mirapolis flambant neuf en 1987

Nous sommes à Courdimanche, dans le Val-d’Oise, dans la ville nouvelle de Cergy-Pointoise. C’est peut-être ici qu’un parc Dragon Ball verra le jour, si la France et l’Arabie saoudite parviennent à acquérir les droits japonais. Cette histoire, vous la connaissez. Mais alors, qu’en est-il de Mirapolis ? Ce parc d’attractions aux portes de Paris abandonné depuis plus de 30 ans garde une histoire démesurée. Prêts à remonter le temps ? Direction les années 80.

Mirapolis : le Disneyland à la française

Le premier personnage de cette histoire se nomme Anne Fourcade. En 1982, cette architecte à l’imagination sans limite était à Disneyland, en Californie. Elle a alors une idée originale et patriote : plutôt que Mickey, Mirapolis doit faire vivre Gargantua, la forêt de Brocéliande, ou encore les Impressionnistes. Son idée de parc revendiquait une « culture française vulgarisée » et symbolisée par des attractions qui racontent le folklore du pays ! Le financement de ce projet fait curieusement écho à l’actualité. Les investisseurs français sont d’abord sceptiques, le projet rame. Puis, en 1984, Anne Fourcade rencontre un homme d’affaires saoudien, Gaith Pharaon. Le projet de « Mirapolis » prend forme et d’autres groupes entrent dans la danse des signatures, comme le Club Méditerranée, pour ne citer que lui. Le budget initial de 500 millions de francs grossit.

Mirapolis vu du ciel dans le Val-d'Oise
Mirapolis vu du ciel dans le Val-d’Oise © Jean Charles Getty Images

Mirapolis est inauguré le 20 mai 1987. Le parc s’étend alors sur environ 50 à 55 hectares. Son emblème est impossible à rater : un Gargantua de 35 mètres de haut, inspiré de l’oeuvre de Rabelais. Clairement, les attractions sont dignes de l’époque à laquelle le parc a été créé : psychédéliques. On y retrouve un Palais des Merveilles, un Château des Sortilèges, des automates, des spectacles… À l’époque, faire appel à la « robotique d’animation » était extrêmement moderne. Nous sommes quelques années avant la popularisation des animatroniques que l’on retrouvera au cinéma dans Jurassic Park de Steven Spielberg.

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Près de Paris, mais peu de visiteurs

Problème pour Mirapolis : bien que l’idée aie fait de l’œil à de très nombreux investisseurs, ce parc aux portes de Paris n’attire pas foule ! Avant l’ouverture, les promoteurs tablaient sur 2,5 millions de visiteurs par an et estimaient le seuil de rentabilité à environ 1,5 million. Mais la première saison n’attire qu’environ 600 000 personnes ! Quel était le problème de Mirapolis ? D’abord, les tarifs jugés trop élevés pour un parc qui, selon les dires de l’époque, avait ouvert trop tôt et n’était pas terminé. Ajoutez à cela des conflits avec les forains des environs qui voyaient les parcs permanents comme une menace, et une mauvaise étude du public cible. Au final, personne ne semblait y trouver son compte.

Le Miralooping, encore en activité dans un autre parc
Le Miralooping, encore en activité dans un autre parc © Wikicommons

Pourtant, Mirapolis n’avait pas dit son dernier mot. En 1988, le Club Med prend la direction du parc et lance une grosse opération de relance. De nouvelles attractions apparaissent, dont le Mira-Looping. Cette énorme montagne russe a fait parler à l’époque, car Johnny Hallyday et Carlos ont été ses premiers testeurs. De cette époque révolue, on garde une anecdote : Johnny y a perdu ses lunettes. Magie, le feu s’allume : la fréquentation grimpe jusqu’à environ un million de visiteurs, mais le spectacle ne dure pas. Ce n’est pas assez : des forains finissent par reprendre le parc, sans que les difficultés financières cessent. Mirapolis ferme définitivement le 20 octobre 1991.

Abandonné depuis plus de 30 ans

À l’époque, un journaliste de FR3 annonçait « Gargantua a vu plus gros que son ventre ». Surtout, on s’est demandé si l’existence de Disneyland Paris n’avait pas mis un frein à ce rêve patrimonial français. Figurez-vous que non ! La chronologie raconte surtout deux destins croisés, et une seule réussite. C’est le 18 décembre 1985 que la première lettre d’intention entre les pouvoirs publics français et Disney a été écrite. Le 24 mars 1987, vient alors la signature officielle de la convention entre l’État, les collectivités et The Walt Disney Company. Deux mois plus tard, l’inauguration de Mirapolis a lieu. En août 1988 commencent les travaux pour Euro Disney. Deux ans après, Mirapolis fermera définitivement ses portes, et le 12 avril 1992, Euro Disney, que l’on nomme aujourd’hui Disneyland Paris, ouvrira à Marne-la-Vallée.

Mirapolis : le parc abandonné depuis plus de 30 ans
Mirapolis : le parc abandonné depuis plus de 30 ans © Wikicommons

Après la fermeture de Mirapolis, les attractions sont progressivement démontées ou vendues. La végétation y a peu à peu repris ses droits. Mirapolis est davantage devenu un lieu de mémoire, et d’urbex pour les plus aventureux. Qui sait, sans doute aura-t-il un avenir exubérant, nous n’avons pas encore la réponse. En tout cas, si les parcs à thème « version française » vous plaisent, vous connaissez assurément le parc Astérix et le Puy du Fou. Si vous préférez les thèmes plus « niche » on vous recommande Legendia Parc, près de Nantes. On y découvre les contes et légendes de l’hexagone, à travers des spectacles vivants. D’ailleurs, France Miniature fait aussi partie de la liste. Alors avant d’attendre que le projet « d’après Mirapolis » voit le jour, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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Photo à la une : Le Gargantua de Mirapolis flambant neuf en 1987 © Patrick Hertzog AFP

Rédactrice
Mes écrits révèlent mes passions, aussi brûlantes que mon imagination. Je rêve d'architecture, d'art naïf, de nature, d'histoires oubliées, de l'Île-de-France et ses secrets.