
Paris n’est pas uniquement la Ville Lumière. Celle qui a été métamorphosée par le Baron Haussmann dissimule des secrets anciens. Au fil des années, des vestiges ont été retrouvés, et ont modifié l’histoire de la capitale. Commençons par le numéro 1, qui date de l’été 2026, et qui répond peut-être à la plus vieille énigme de Paris !
1-Le rempart de la Lutèce gauloise
On sait grâce à Jules César qu’il existait une Lutèce des Parisii avant la ville gallo-romaine. Il la décrit comme un oppidum situé sur une île de la Seine. Donc, traditionnellement, on a placé cette Lutèce gauloise sur l’île de la Cité. Mais il y a un hic archéologique, et non des moindres : pendant des siècles, on y a trouvé aucune preuve concluante d’un véritable oppidum gaulois. Vous vous en doutez, le débat n’a fait que croître. Des découvertes importantes réalisées à Nanterre, dans une boucle de la Seine, avaient fait de ce secteur un autre candidat sérieux.
Coup de théâtre lors de l’été 2026 : sous l’Hôtel-Dieu, donc sur l’île de la Cité, apparaît un mur de 20 mètres, construit selon une technique gauloise de la fin de l’âge du Fer. Derrière, se trouve une plateforme artificielle de près de 2 mètres d’épaisseur. Au pied du mur, un fer de lance gaulois était encore là. Les éléments en bois sont datés par carbone 14 entre environ 200 et 10 av. J.C. Il faut savoir que cette découverte porte les traces d’un violent incendie. Ce détail n’en est absolument pas un hasard, car César raconte qu’en 52 av. J.C., au moment de l’affrontement avec les Romains, les Gaulois ont incendié leur oppidum ! Logique que cette hypothèse soit sérieusement étudiée. D’autant plus qu’il n’y avait jusque là aucune preuve matérielle de cette cité, citée par César. Soyons patients, il y a des indices qui pourraient répondre à la plus vieille énigme parisienne, mais il faudra surtout attendre les études complémentaires.

2-Sous le Palais de Justice : des sépultures antiques
Lors d’une première phase de fouilles dans la cour du Mai du Palais de Justice, entre août et novembre 2025, les archéologues ont découvert des sépultures antiques et carolingiennes. Celles-ci ont révélé l’existence d’une aire funéraire jusque-là inconnue. Et les recherches doivent justement reprendre en 2026 dans le cadre de la réhabilitation du bâtiment. Les sépultures antiques peuvent être datées du Ier siècle av. J.C. jusqu’au Ve siècle apr. J.C. La période carolingienne, quant à elle, se situe plutôt du VIIIe au Xe siècle. Donc, certaines de ces sépultures pourraient avoir plus de 1500 ans, et les carolingiennes autour de 1000 à 1200 ans. Là aussi, nous sommes en plein cœur de l’île de la Cité. C’est à croire que les découvertes ne cesseront pas ! D’ailleurs : on a également retrouvé des centaines de carreaux de pavement du XIVe siècle. Ces trésors racontent le faste de la résidence des rois capétiens installée dans ce secteur du Xe au XIVe siècle.

3-Les murs de la Bastille dans le métro
En février 1899, alors que les ouvriers creusent le tunnel de la future ligne 1 du métro, les fondations de la tour de la Liberté, l’une des huit tours de la Bastille, refont surface sous la rue Saint-Antoine. Ces vestiges précieux ont été démontés et reconstitués dans le square Henri-Galli, où ils sont encore visibles. D’ailleurs, dans la station Bastille (métro 5), subsistent également des morceaux authentiques des murs de la forteresse. Un fragment du mur de contrescarpe du fossé est visible sur le quai, tandis qu’un autre vestige apparaît dans un couloir. Cette anecdote nous permet de corriger un raccourci chronologique qui a façonné l’histoire de Paris ! La Bastille n’a pas été totalement détruite pendant la Révolution.

Le 14 juillet 1789, la Bastille est prise, mais pas instantanément rasée. Sa démolition commence dès les lendemains de la prise, sous l’impulsion de l’entrepreneur Pierre-François Palloy. Environ un an et demi plus tard, il n’en reste presque plus rien en élévation. À l’époque, démolir un bâtiment ne voulait pas forcément dire qu’on annihilait totalement son existence. C’est bel et bien pour cela que 110 ans après la Révolution, on ait retrouvé un peu de Bastille ! Aujourd’hui, quand on parle de démolition complète, impossible de laisser des vestiges pour les générations futures. À méditer.
4-L’enceinte de Philippe Auguste dans un parking
Nous sommes sous le passage Dauphine, dans le 6e. Ici, un parking souterrain privé abrite une longue portion de l’enceinte construite sous Philippe Auguste entre 1190 et 1215. Soyons précis : le mur est visible aux niveaux -1 et -2, ce qui permet de mesurer l’ampleur de la fortification médiévale. Clairement, le sol parisien actuel n’est pas partout celui sur lequel marchaient les Parisiens du Moyen Âge ou les habitants de Lutèce. Vous l’avez forcément constaté, Paris est une ville faite de strates. Remblais, nivellements, voiries successives, modifications des berges… Toutes ces joyeusetés ont épaissi ou remodelé le terrain au cours des siècles. Une recherche publiée par la Ville de Paris en parle même comme d’une « ville épaisse ». En preuve, des vestiges antiques découverts en 2025 dans l’enceinte de l’Institut Curie sont aujourd’hui enfouis à environ 5 mètres sous le niveau contemporain.

5- Sous Notre-Dame : deux cercueils en plomb
Cette fois, remontons le temps jusqu’en 2022 : sous Notre-Dame, deux sarcophages en plomb ont été découverts, en plus d’éléments du jubé médiéval et d’autres sépultures. L’inhumation dans un cercueil de plomb était réservée à une élite. Les cercueils ont été envoyés au CHU de Toulouse, et le verdict est tombé. Le premier cadavre a pu être identifié grâce à son épitaphe : Antoine de la Porte (1627-1710), chanoine de Notre-Dame. Il était aussi un riche mécène ayant financé une partie du réaménagement du chœur. Son squelette correspond bien à un homme mort à un âge très avancé. Quant au deuxième cadavre, les scientifiques l’avaient surnommé « le Cavalier » parce que son squelette portait les marques d’une pratique intense et ancienne de l’équitation. Celui-ci est décédé entre 30 et 40 ans. Il souffrait d’une tuberculose osseuse et d’une méningite chronique. En septembre 2024, une équipe dirigée par l’anthropologue Éric Crubézy, a proposé une identification absolument folle : il pourrait s’agir de Joachim du Bellay, le poète de la Pléiade.
Pourquoi est-ce que ce deuxième cercueil en plomb trouvé sous Notre-Dame pourrait-être Joachim du Bellay ? Eh bien, ce dernier meurt en 1560, à environ 35 ans. Il pratiquait l’équitation intensément, et ses problèmes de santé connus sont compatibles avec plusieurs lésions observées sur le squelette. En plus, les sources indiquent qu’il avait été inhumé à Notre-Dame, dans la chapelle Saint-Crépin ! Quand cette chapelle a été ouverte au XVIIIe siècle, son cercueil n’y était plus. Donc, la sépulture du « Cavalier » aurait été déplacée, reste à savoir « pourquoi ». Nous, on vous laisse sur ce mystère, en espérant trouver des réponses, et de nouvelles surprises enfouies dans Paris !

Photo à la une : Notre-Dame de Paris au crépuscule © Adobestock andersphoto