
Construite sous l’Occupation pour abriter les sous-marins allemands et italiens, nous connaissons aujourd’hui la base sous-marine de Bacalan surtout pour Les Bassins des Lumières. Son histoire a cependant connu des heures sombres, puisqu’il s’agissait d’une forteresse nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Cette ancienne base sous-marine n’est pas seulement une adresse magique et culturelle. Elle tend à se métamorphoser en acteur majeur de l’écologie bordelaise. Près de de 6500 panneaux photovoltaïques doivent y être installés !
Une forteresse construite sous l’Occupation
Pour comprendre à quel point la base sous-marine de Bacalan a connu une évolution grandiose, revenons à 1940. Après l’occupation de la façade atlantique française, Bordeaux présente un intérêt stratégique. Dès septembre, des sous-marins italiens s’installent dans le port. Leur base prend le nom de Betasom. Il s’agit d’une contraction de « Bordeaux » et de la lettre grecque bêta utilisée pour désigner le « B » italien. Un an plus tard, en septembre 1941, la construction d’un gigantesque bunker débute à Bacalan. C’est le lieu que nous connaissons ! Le chantier est dirigé par l’Organisation Todt, organisme chargé de nombreux grands travaux militaires du régime nazi et du Mur de l’Atlantique. Environ 6500 travailleurs français et étrangers sont mobilisés jour et nuit. Vous vous en doutez, le travail forcé était de mise.

On compte environ 600 000 m³ de béton et une superficie dépassant 41 000 m². Le toit de ce monstre dépasse les 7 mètres d’épaisseur pour résister aux bombardements. Logique : à l’intérieur, on retrouve une véritable infrastructure militaire. Pour que vous vous rendiez compte de l’ampleur du chantier : jusqu’à 15 sous-marins pouvaient y être accueillis.
C’est le 13 mai 1943 que la base est inaugurée. Elle devient le port d’attache de la 12e flottille allemande, dont les missions pouvaient s’étendre jusqu’en Asie ! Selon le Musée d’Aquitaine, 43 sous-marins allemands sont affectés à Bordeaux. Le bunker remplit terriblement bien sa fonction : les bombardements alliés endommagent les quartiers environnants, mais pas le bunker.
D’un bunker militaire à un lieu culturel
Enfin, en août 1944, les forces allemandes quittent bordeaux et abandonnent la base. Beaucoup de ces installations et machines sont dynamitées ou sabotées. Si ce monstre reste en place, c’est parce que ça coûte de démolir de telles constructions ! Donc, le bâtiment survivant revient à la Marine nationale puis au Port autonome de Bordeaux. Ensuite, on doit faire un saut dans le temps, direction les années 90. C’est là que la reconversion du mastodonte en béton commence. En 1993, un conservatoire consacré à la plaisance y ouvre, avant que le site n’y accueille progressivement des activités culturelles. Nous nous souvenons tous de l’ouverture des Bassins des Lumières en 2020, qui transforme ce lieu de mémoire historique. Or, le toit du bunker est encore totalement inutilisé, et avec 7 mètres d’épaisseur, autant dire qu’on peut y aire beaucoup de choses sans affecter tout ce qu’il se passe à l’intérieur !

6500 panneaux solaires
C’est là qu’une idée spectaculaire devient prometteuse : on cherche à transformer une partie de cette masse de béton en centrale photovoltaïque urbaine. Le projet actuellement relancé prévoit environ 6500 panneaux solaires sur 13 000 m². À terme, leur production devrait correspondre à la consommation électrique d’environ 770 foyers ! C’est démentiel. On estime aussi la centrale permettra d’éviter l’émission de 806 tonnes de CO₂ chaque année, de quoi faire du bien à notre planète.
Or, transformer une ancienne forteresse nazie n’est pas de tout repos. Une partie de la couverture du toit est constituée de gigantesques dispositifs de protection en béton destinés à faire exploser les bombes avant qu’elles n’atteignent directement le toit. Donc difficile de bidouiller cette surface. Le chantier a aussi longtemps été mis sur « pause » pour cause de liquidation judiciaire des entreprises en charge. Aujourd’hui, Nexhos Énergies en est le gérant, depuis novembre 2025.

L’idée est que cette centrale fonctionne selon le principe de l’autoconsommation collective. L’électricité sera injectée dans le réseau public, puis attribuée aux entreprises, associations et institutions participantes situées dans un rayon de 2 kilomètres autour de la base. Une quinzaine d’organisations doivent participer à l’opération ! Parmi les premières annoncées figurent les Bassins des Lumières et la Banque Alimentaire. Les acteurs économiques de Bacalan peuvent encore réserver leurs volumes d’électricité jusqu’à la fin de l’année 2026. Un projet en communion, pour un même objectif. Nous, on trouve ça beau ! Selon Enedis, les premiers kilowattheures doivent être distribués début 2028.
Plus de 80 ans après sa construction durant la Seconde Guerre mondiale, la reconversion de cette forteresse nazie est clairement symbolique. L’énergie solaire va y faire briller Bordeaux, et ce, pour le meilleur !

Photo à la une : Base sous-marine de Bordeaux de nos jours © Hernan Daniel Trivi