La nouvelle architecture de cette gare parisienne rend hommage à une invention de 1870

La nouvelle architecture de la gare d’Austerlitz rend hommage aux ballons montés de 1870 © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

Sous cette immense verrière parisienne, des géants de toile prenaient autrefois leur envol. Bien avant les trains et les quais bondés, cette gare fut le théâtre d’une aventure aussi inattendue qu’essentielle, née en pleine guerre. Une histoire presque oubliée que sa transformation actuelle choisit de faire renaître.

Une gare historique en pleine transformation

Située dans le 13e arrondissement, entre la Seine et le Jardin des Plantes, cette gare mise en service en 1840 n’a cessé d’évoluer au rythme du développement ferroviaire. Reconstruite dans les années 1860 par l’architecte Pierre-Louis Renaud, puis classée Monument historique en 1997 pour ses façades et sa remarquable toiture, elle connaît aujourd’hui l’un des chantiers les plus ambitieux de son existence.

La nouvelle architecture de la gare Austerlitz © Wilmotte & Associés
La nouvelle architecture de la gare Austerlitz © Wilmotte & Associés

Les travaux engagés depuis plusieurs années dépassent largement une simple rénovation. Présenté comme le plus vaste chantier patrimonial mené par SNCF Gares & Connexions, le projet vise à moderniser durablement cette gare terminus longtemps restée en retrait du réseau à grande vitesse. L’arrivée envisagée de la future LGV Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon pourrait d’ailleurs redonner à la gare un rôle stratégique majeur.

Lettre envoyée par ballon montée datée du 9 novembre 1870 © Wikimedia Arn.jpg
Lettre envoyée par ballon montée datée du 9 novembre 1870 © Wikimedia Arn.jpg

Au cœur de cette métamorphose qui entame sa dernière ligne droite, on peut déjà admirer la grande et impressionnante halle métallique conçue par Ferdinand Mathieu. Longue de 280 mètres et coiffée d’une verrière de 15 000 m², la deuxième plus vaste de France après celle de Bordeaux, la halle a nécessité l’installation du plus grand échafaudage d’Europe pour sa restauration. Mais cette renaissance architecturale prépare aussi un hommage à son propre passé.

Lorsque Paris envoyait son courrier dans les airs

La dernière étape de ce gigantesque chantier se concentre désormais sur la future structure installée sous la halle, dont on peut déjà observer la silhouette ovale, évoquant un dirigeable. Un choix surprenant au premier regard, qui trouve pourtant son origine dans un épisode aussi méconnu que décisif : le Siège de Paris en 1870.

La nouvelle structure en forme de dirigeable dans la gare d'Austerlitz © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag
La nouvelle structure en forme de dirigeable dans la gare d’Austerlitz © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

À cette époque, la capitale encerclée par les troupes prussiennes se retrouve totalement isolée. Les trains sont arrêtés, les routes coupées et toute communication avec l’extérieur devient impossible. Pour maintenir le lien avec le reste du pays, ingénieurs et aéronautes imaginent alors une solution audacieuse : faire quitter Paris par les airs. Inspiré par les expériences du photographe et inventeur Félix Tournachon, dit Nadar, le directeur général des Postes Germain Rampont met alors en place un système inédit de transport du courrier par ballon avec l’aérostier Claude-Jules Duruof.


Le 23 septembre 1870, le ballon Le Neptune s’envole avec plus de cent kilos de dépêches officielles, inaugurant une organisation qui permettra bientôt l’acheminement massif du courrier hors de la capitale assiégée. C’est cette étonnante épopée aérienne que la nouvelle architecture de la gare évoque aujourd’hui sous sa grande halle rénovée.

Une fabrique de ballons montés à la gare d’Austerlitz

Durant le Siège de Paris, les gares cessent toute activité ferroviaire. Celle que l’on appelait encore la Gare d’Orléans, actuelle gare d’Austerlitz, trouve alors une vocation totalement inattendue : elle devient un immense atelier de fabrication de ballons montés destinés à relier Paris au reste du territoire. Sous la direction de l’aéronaute Eugène Godard, plus d’une centaine de femmes cousent à la main d’immenses enveloppes de soie vernie capables de transporter passagers, courrier et matériel. Chaque ballon nécessite près de douze jours de travail avant d’être suspendu sous la haute charpente métallique pour être gonflé au gaz d’éclairage, à l’abri du vent grâce aux dimensions exceptionnelles de la halle.

Atelier de fabrication des ballons montés à la gare d'Orléans © Wikimedia Jules Clarétie
Atelier de fabrication des ballons montés à la gare d’Orléans © Wikimedia Jules Clarétie
Tableau de Jules Didier et Jacques Guiaud représentant le départ de l'Armand Barbès, emmenant Gambetta, et du George Sand le 7 octobre 1870
Tableau de Jules Didier et Jacques Guiaud représentant le départ de l’Armand Barbès, emmenant Gambetta, et du George Sand le 7 octobre 1870

Entre septembre 1870 et janvier 1871, soixante-sept ballons quittent ainsi Paris, emportant 164 passagers, plus de deux millions de lettres, des pigeons voyageurs et du matériel militaire. Malgré les intempéries, les tirs ennemis ou les dérives incontrôlées qui entraînent certains ballons en pleine mer ou en territoires ennemis, ces envolées constituent alors l’unique moyen de communication avec l’extérieur. C’est donc un hommage discret à cette incroyable parenthèse historique que les voyageurs pourront bientôt observer sous la verrière rénovée de la gare d’Austerlitz.

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Image en Une : La nouvelle architecture de la gare d’Austerlitz rend hommage aux ballons montés de 1870 © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

Mélina Hoffmann

Rédactrice et vidéaste
Curieuse, passionnée et enthousiaste, je promène ma joie de vivre pour rencontrer, découvrir, ressentir et partager. La vie : intensément sinon rien !