3 incendies mortels : quand Paris a brûlé

L’incendie de l’hôtel Paris Opéra a fait 24 morts, dont 11 enfants

Paris, printemps et été 2005 : trois incendies dévastateurs embrasent la capitale. Après le choc, les procès et les questions restées sans réponses, des mesures gouvernementales ont été prises. On vous raconte des drames souvent laissés dans l’ombre, mais pourtant historiques et politiques.

3 incendies, 3 arrondissements

La nuit du 14 au 15 avril 2005, un incendie se déclare dans l’hôtel Paris-Opéra. Le 76 rue de Provence, dans le 9e arrondissement, ne sera alors plus jamais le même. Il s’agit d’un des incendies les plus meurtriers que Paris ait connu depuis la Libération, et donc, le premier des 3 incendies qui marquera à jamais le XXIe siècle.

Le drame a débuté vers 2h10. L’incendie a pris à cause d’une dispute conjugale, associée à de l’alcool et de la drogue. Les secours ont été prévenus trop tard, alors que les pompiers auraient dû agir rapidement. Le « plan rouge » a été annoncé, et environ 300 pompiers et secouristes ont lutté contre les flammes du 76 rue de Provence. Cet incendie était d’une violence inouïe car il se propageait très vite. De nombreuses personnes, dont des enfants, se sont défenestrés pour survivre : et sont devenus des victimes polytraumatisées. Lorsque la cage d’escalier à pris feu, les ascenseurs ont agi comme des « cheminées d’appel d’air ». En plus, il n’y avait aucune issue de secours adéquate. Surtout : les chambres donnant sur cour de l’hôtel Paris-Opéra n’étaient pas accessibles aux secours, qui parviendront à maîtriser le feu plus d’1h plus tard.

Le bâtiment n’était pas aux normes et accueillait des personnes en situation précaire placées ici par les services sociaux. Malheureusement, ce bâtiment du 76 rue de Provence accueillait bien plus de personnes que sa capacité maximum. Lors des contrôles de la préfecture, un bon nombre de détails vitaux sont passés à la trappe : dont l’état du bâtiment, qui encourageait la propagation mortelle des feux.

Ce qui a mené aux polémiques et aux débats publics est le fait que le second incendie présente des points communs flagrants avec le premier. La nuit du 25 au 26 août 2005, au 20 boulevard Vincent-Auriol, c’est un immeuble géré par un bailleur associatif qui s’enflamme. Plus de cent trente personnes y résidaient et le bilan s’élève à dix-sept morts, dont quatorze enfants. De même, dans cet immeuble du 13e arrondissement, des familles précaires tentaient de vivre décemment, mais le bâtiment ne le leur permettait pas.

Comme pour le premier drame, le bâtiment était suroccupé. Il n’y avait pas d’extincteurs, pas de plan d’évacuation. Le plus troublant étant qu’après l’incendie d’avril 2005, cette adresse a été montrée en exemple lors d’un reportage de France 2 pour mettre en lumière le danger constant dans lequel les personnes précaires survivaient. En plus du risque d’incendie qui était connu, l’immeuble était induit de peinture de plomb, ce qui a déclenché de grave problèmes de saturnisme aux habitants. Deux ans avant, la préfecture de Paris avait proposé une évacuation de cet immeuble, mais une expertise avait conclu que ce n’était pas encore nécessaire…

Le soir du drame, le feu prend au rez-de-chaussée, et malgré l’arrivée rapide des secours, on compte déjà des victimes. Le feu gagne rapidement de l’espace : en plus, le contreplaqué qui a été posé sur la peinture au plomb pour limiter ses effets est hautement inflammable, alors c’est la double peine. Cette fois, on pense qu’il s’agit d’un départ de feu criminel.

Nous en venons à la nuit du 29 au 30 août 2005, au 4 rue du Roi-Doré, dans le 3e arrondissement. Nous ne sommes que 4 jours après l’incendie du 20 boulevard Vincent-Auriol. Les mêmes circonstances sont à constater : des familles en situation précaire et en détresse squattaient cet immeuble vétuste sans électricité et sans eau. D’ailleurs, en 2002, l’immeuble avait fait l’objet d’un « arrêté d’insalubrité irrémédiable ». On y trouvait également du plomb. L’objectif était de reloger tous ses habitants, mais ce n’est pas advenu. Alors que les pompiers ont été appelés vers 22h, ils ne parviendront à maîtriser le feu à 1h30 du matin. Les rescapés sont relogés d’urgence, mais le mal est fait.

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Paris sous les flammes et les procès

Incendie dramatique de 2005, intervention des pompiers de Paris
Incendie dramatique de 2005, intervention des pompiers de Paris © Musée des Pompiers de Paris, Facebook

Lors du premier incendie, les débats étaient déjà intenses concernant les lieux dans lesquels étaient logées les personnes en situation précaire. Pour l’hôtel-Opéra, il faudra attendre un procès en novembre 2013. La jeune femme responsable de l’incendie a été condamnée. Après appel en 2015, elle écopera finalement de trois ans de prison ferme, dont un an avec sursis. La majorité des victimes ne sont toujours pas indemnisées. Pour le deuxième incendie, même s’il est de nature criminelle, aucun suspect n’a jamais été identifié. Les seuls accusés sont la société qui gérait l’immeuble et celle qui a posé le contreplaqué pour protéger du plomb. L’État, qui n’avait pas respecté ses engagements de relogement, n’a pas été inquiété. Désormais, le bâtiment n’existe plus, il a été totalement détruit. On y trouve une nouvelle construction aux normes ainsi qu’une crèche. Une plaque commémorative rappelle le drame et un jardin de mémoire a été érigé : le jardin James-Joyce dans le 13e arrondissement. Enfin, pour le troisième incendie, le problème du logement à Paris n’a pas pu être évité de nouveau. Il a été constaté que la ville nécessitait l’aide de plusieurs villes alentour qui n’avaient pas non plus assez de logements sociaux. Pour ce drame, l’on n’a jamais pu définir s’il s’agissait d’un court-circuit, d’un accident, ou d’un départ de feu criminel.

L’après 2005 : toutes les mesures

Paris s’est considérablement transformée après ces événements catastrophiques. L’arrêté du 24 juillet 2006 a été renforcé en 2011. Il indique l’obligation d’un registre de sécurité, l’affichage des consignes d’évacuation, des contrôles électriques plus fréquents, des vérifications annuelles du système de détection d’incendie, un éclairage de sécurité, des portes coupe-feu, l’obligation de former le personnel aux risques d’incendie deux fois par an, et des exigences accrues sur les possibilités d’évacuation. Aussi, les inspections des hôtels insalubres ont augmenté : afin que toutes les familles précaires puissent espérer bénéficier d’un logement décent. Après 2005, de nombreux hôtels jugés très dangereux ont fermé et il a été établi une liste prioritaire d’établissements à risque. Ainsi, le logement est devenu une priorité politique. Après les drames, le président Jacques Chirac a demandé un audit national sur la sécurité, et Dominique de Villepin a annoncé un plan de création de 5000 logements sociaux dans des bâtiments publics inutilisés ainsi que 5000 places d’hébergement d’urgence avant la fin de l’année 2005.

À partir de 2006, le SAMU social a créé un Pôle Hébergement Réservation Hôtelière, et en 2007, Paris met en place un système inédit : un Observatoire des hôtels pratiquant l’hébergement social. Après ces drames, l’insalubrité, la suroccupation, le manque de logements sociaux et la vulnérabilité des familles précaires ont été pensés autrement. Les incendies de 2005 ont marqué un tournant historique et politique, même si 20 ans plus tard, de nombreux débats sont toujours d’actualité.

Parterre fleuri du jardin James Joyce dans le 13e arrondissement
Parterre fleuri du jardin James Joyce dans le 13e arrondissement © Wikicommons

Photo à la une : L’incendie de l’hôtel Paris Opéra a fait 24 morts, dont 11 enfants. (©BSPP)

Rédactrice
Mes écrits révèlent mes passions, aussi brûlantes que mon imagination. Je rêve d'architecture, d'art naïf, de nature, d'histoires oubliées, de l'Île-de-France et ses secrets.