Paris : la ville où on brûlait les chats vivants

Feu de la Saint-Jean moderne

Incroyable, terrible, mais vrai : à Paris, on brûlait les chats vivants lors de la nuit de la Saint-Jean. Aujourd’hui, cette nuit évoque plutôt des feux de joie, et l’arrivée de l’été. Mais à la Renaissance, la célébration prenait parfois tournure sinistre. Chaque année autour du 24 juin, un immense bûcher était dressé sur la place de Grève, l’actuelle place de l’Hôtel-de-Ville. On y voyait des fagots, des fleurs, des feux d’artifice, de la musique, une foule immense, et souvent, suspendus au-dessus des flammes, des chats enfermés vivants dans un sac ou un panier. Le pire, pour nous, a été d’apprendre qu’il ne s’agissait pas d’une cérémonie clandestine. Le bûcher de la Saint-Jean était organisé et financé par la municipalité, et les souverains eux-mêmes pouvaient venir y participer. Henri IV ou Louis XIII figurent parmi les rois associés à ces feux. C’étaient d’ailleurs aux rois d’embraser le bûcher ! On vous raconte le pourquoi du comment d’une des plus horribles traditions parisiennes.

Les bûchers de la Saint-Jean

Quelle est l’origine des bûchers de la Saint-Jean ? Eh bien pour comprendre cette coutume, il faut séparer deux histoires. Celle des feux de la Saint-Jean et celle qui consiste à brûler vivant des animaux. Les grands feux allumés autour du solstice d’été sont une tradition européenne très ancienne. Leur origine exacte porte encore à débat, c’est dire ! On opte souvent pour des rites païens ou celtiques sans que cette filiation puisse toujours être démontrée. Une chose est sûre : le christianisme a intégré ces feux aux célébrations de la Nativité de saint Jean-Baptiste, le 24 juin. Immédiatement, partout en Europe, le feu se voit attribué des vertus protectrices. Logique, à Paris, la célébration devient un véritable spectacle officiel.

Feu de la Saint-Jean au bord de la mer aujourd'hui
Feu de la Saint-Jean au bord de la mer aujourd’hui © Wikicommons

Sur la place de Grève, une description du dispositif de 1573 mentionne un mât d’environ 60 pieds, accompagné de 500 bourrées, 200 cotterets et dix charretées de gros bois. Des fleurs décorent l’ensemble, des pièces d’artifice sont préparées et plusieurs centaines d’hommes assurent le maintien de l’ordre.  Bref : ce n’est pas le petit feu de camp du quartier. Puis, là arrive l’horreur : des chats sont au sommet du bûcher. Sachez qu’il existe une preuve administrative glaçante de cette pratique. Dans « les comptes de Paris » figure le paiement de 100 sous parisis à Lucas Pommereux, commissaire des quais, pour avoir fourni pendant trois ans, jusqu’à la Saint-Jean 1573, les chats nécessaires au feu. Ça ne s’arrête pas là : le document précise que l’année précédente, il a fourni un renard !

Les chats sauvés par Louis XIV 

Mais pourquoi les chats étaient les principales victimes du bûcher de la Saint-Jean ? Les certitudes ne sont pas très solides. Des interprétations évoquent leur association ancienne avec la nuit, la sorcellerie et le diable. Une croyance rapportée plusieurs siècles plus tard voulait que les chats se réunissent pour un sabbat à la veille de la Saint-Jean. Donc, l’idée que les chats soient « les maîtres de l’univers » ne date pas des réseaux sociaux. En plus, Paris n’avait pas le monopole de cette cruauté, cela arrivait dans d’autres régions françaises.

Fête de la Saint-Jean à Kernavé, en Lituanie, en 2019
Fête de la Saint-Jean à Kernavé, en Lituanie, en 2019. © Wojciech Grzedzinski / LAIF-REA

Une histoire d’Internet a alors la vie dure. On raconte que le petit Louis XIV, amoureux des chats, aurait assisté au bûcher de 1648. Traumatisé par cette tradition, il l’aurait interdite, et donc, sauvé les chats parisiens ! La vérité, on est désolés de vous décevoir, c’est que cette anecdote est très difficile à affirmer. D’ailleurs, c’est curieux, mais les ouvrages historiques qui se consacrent aux fêtes parisiennes racontent un épisode similaire, mais 44 avant le petit futur Roi Soleil.

Nous sommes en 1604, le roi est Henri IV et son fils, Louis XIII, n’a que deux ans et demi. Le petit dauphin assiste aux préparatifs de la Saint-Jean. D’après les sources historiques reprises par Alfred Franklin dans son étude des usages parisiens, le jeune prince obtient la grâce des chats destinés au bûcher. On pense que l’origine de la confusion actuelle viendrait du mélange des deux histoires.

Les feux de la Saint-Jean aujourd’hui

Les feux de la Saint-Jean ont donc continué même après Louis XIV ! Même sous Louis XV. Quant aux chats, leur disparition du rituel semble s’inscrire dans une évolution progressive des pratiques, beaucoup plus difficile à dater.

Ce qu’on peut affirmer, c’est qu’une partie des croyances associées à cette nuit particulière a traversé les siècles. À Paris, après la cérémonie, certains habitants récupéraient des morceaux de bois ou des cendres du bûcher, qu’ils voyaient comme des portes bonheur. Dans des villages de France, on organise encore des feux de la Saint-Jean, mais rien avoir avec les chats qui se retrouvaient brûlés vivants dans la capitale !

Feu de la Saint-Jean, histoire de Paris
Feu de la Saint-Jean, histoire de Paris © Wikicommons

Photo à la une : Feu de la Saint-Jean moderne © Wikicommons

Rédactrice
Mes écrits révèlent mes passions, aussi brûlantes que mon imagination. Je rêve d'architecture, d'art naïf, de nature, d'histoires oubliées, de l'Île-de-France et ses secrets.