Qu’est-ce que cette étonnante borne en pierre qui se trouve rue de Vaugirard ?

Rue de Vaugirard © Flickr

Non contente d’être la rue la plus longue de Paris intra-muros, la rue de Vaugirard est sans surprise un véritable livre ouvert d’Histoire, avec une origine remontant jusqu’à l’époque romaine. Un axe qui a donc assisté au premier plan au développement de Paris… et qui en a conservé d’étonnants vestiges, comme cette borne en pierre, discrète mais ô combien essentielle par le passé.

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Des détails légers mais fascinants sur l’histoire de Paris et de France

Si ce discret élément aujourd’hui noyé dans le paysage urbain de la rue Vaugirard nous intéresse autant, c’est parce qu’il s’agit de la dernière des bornes dites “milliaires”, ici à Paris. En application d’une ordonnance royale, celles-ci étaient érigées le long des routes de France toutes les mille toises (ancienne unité de mesure), ces dernières étant mesurées à partir du point considéré comme le centre de la ville de Paris, soit le centre de la façade de la cathédrale Notre-Dame. Une toise équivalant à 1,949 mètres, la borne de la rue Vaugirard se trouve à environ deux kilomètres de Notre-Dame. Puisqu’il s’agit de la première au départ de la célèbre cathédrale, qui a notamment servi d’entrepôt dans sa longue histoire, c’est pour cela que l’on peut admirer, dans sa partie supérieure, une entaille verticale représentant le chiffre 1. Sous cette entaille, les plus attentifs remarqueront une autre entaille, de forme ovale, aujourd’hui parfaitement lisse : on peut vraisemblablement imaginer que c’est ici que s’y trouvait gravée à l’origine une fleur de lys, emblème royal, qui fut effacé lors de la Révolution, en exécution des divers décrets pris fin 1792 et début 1793, relatifs à la suppression de tous les insignes de la féodalité. Un rapport de “l’inspecteur principal du nettoyment” Brunesseau, daté de la fin de 1792 et accessible aux Archives nationales, mentionne d’ailleurs la suppression des fleurs de lys sur plusieurs bornes de Paris, dont celle “à côté du n° 1508” de la rue de Vaugirard, ce qui correspond aujourd’hui à l’angle du numéro 85.

Capture d’écran de la borne milliaire située rue de Vaugirard © Google Maps
Capture d’écran de la borne milliaire située rue de Vaugirard © Google Maps

Quelques bornes milliaires se trouvent encore sur les routes de France

À de rares exceptions près, notamment dans le midi de la France, très peu subsistent sur leur lieu d’implantation originel et ont donc été déplacées, soit pour enrichir des collections en pleine “mode des antiquaires” au XIXe siècle, soit à cause de travaux. Malheureusement, de très nombreuses bornes répertoriées à cette époque ont depuis été perdues, tandis que d’autres, bien visibles et dont l’inscription est lisible, n’ont jamais été répertoriées. C’est au XVIIIe siècle que le roi Louis XV fit doter les routes royales de bornes en pierre gravées, avec pour origine le parvis de Notre-Dame. En dehors de Paris, il reste heureusement de tels ouvrages à travers la France… à condition de bien ouvrir l’œil. Entre Poitiers et Niort, on peut par exemple retrouver une borne gravée du chiffre 195 à Saint-Maixent-L’École ou, en s’éloignant un peu vers Rouillé dans la Vienne, celles gravées 184 et 187. Autre explication à la faible présence de bornes milliaires de nos jours : la réutilisation de celles-ci dans la construction d’églises (comme à Valence) ou pour la réalisation de tombeaux, bénitiers, fontaines ou monuments aux morts. Il est assez difficile de préciser le mode d’implantation des bornes milliaires lors de leur mise en service, en raison du faible nombre de bornes encore en place. On peut toutefois penser que ces bornes étaient implantées comme des bornes actuelles le long des autoroutes, à distances fixes et que de nombreuses bornes figuraient à proximité immédiate de points remarquables, tels que des carrefours, ponts et sommets.

Exemple de borne milliaire en Provence © Alamy Images
Exemple de borne milliaire en Provence © Alamy Images

Un trésor discret qui a survécu aux siècles

Si les autres bornes identifiées par Brunesseau dans différents faubourgs parisiens ont depuis disparu, victimes de l’urbanisation ou de travaux de voirie, la survie de cette borne rue de Vaugirard semble d’ailleurs s’expliquer pour deux raisons : son intégration dans le mur d’un établissement scolaire, qui n’a pas modifié son tracé, et l’intérêt patrimonial qu’elle a suscité au début du XXe siècle, notamment de la part de la Commission du Vieux Paris. Dans le procès-verbal de sa réunion du samedi 29 juin 1918, cette dernière émet “le vœu que la conservation de la borne milliaire de la rue de Vaugirard, seul vestige restant à Paris du premier mesurage des routes de France, soit pour toujours assurée, et dans ce but que son existence soit signalée au Comité des inscriptions parisiennes qui déciderait s’il n’y a pas lieu de poser à cet emplacement une plaque rappelant l’ancienne destination de ladite borne”. La plaque n’a pas été posée, mais le vœu de conserver la borne a été exaucé. S’il n’est assurément pas le vestige historique le plus spectaculaire de Paris (visuellement parlant), il n’en demeure pas moins un fascinant ouvrage, qui a fort heureusement survécu au développement de la capitale.

 

Borne milliaire n°1
Angle de la rue Vaugirard et de la rue Littré
75015 Paris

 

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Image à la une : Rue de Vaugirard © Flickr

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