
À l’angle du boulevard Haussmann et de la rue Tronchet, une façade surprend dans le paysage haussmannien. On y aperçoit tortues et éléphants en bronze, ainsi qu’une inscription intrigante : « Aux Tortues ». Une animalerie ? L’hypothèse est vite écartée puisque derrière cette façade boisée s’installe aujourd’hui la célèbre chaîne de boulangerie Paul. Retour sur l’histoire de ce lieu qui conserve la mémoire d’un autre temps et dont la décoration rappelle la destination première.
Façade du luxe exotique de la Belle Époque

C’est derrière cette façade, encadrée de deux imposantes têtes d’éléphants, de tortues, de guirlandes en bronze, que l’élite parisienne de la Belle Époque venait se procurer des objets raffinés issus du commerce colonial. Depuis la rue, les animaux sculptés annonçaient déjà ce qu’on l’on pouvait trouver à l’intérieur : fondée par Léonidas Garland en 1864, le magasin « Aux tortues » se spécialisait dans la vente d’objets en ivoire, en écailles de tortues et en bois rares. Cadeaux raffinés, nécessaires de voyage, peignes, … autant de produits qui étaient en vogue sous le Second Empire, faits en matériaux issus des colonies. La façade en elle-même témoigne aujourd’hui encore de ce temps révolu, à l’époque où le quartier -entièrement réaménagé par le baron Haussmann- voyait surgir les grands magasins et nouveaux commerces prestigieux.
Une façade classée, entre bois, marbre et bronze
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En 1910, la devanture de la « Maison aux Écailles » ou « Maison aux Tortues » se refait une beauté et adopte son apparence actuelle. Plus discrète qu’auparavant, elle conserve son bestiaire exotique : deux têtes d’éléphants trônent de chaque côté de l’entrée, surmontées de tortues semblant grimper l’édifice, le tout réalisé en bronze. Plus haut, sur les vitres de l’étage, des tortues peintes avec raffinement ajoutent au charme du lieu. Entre bois et marbre, le bâtiment au style Louis XVI attire encore le regard, et la façade a d’ailleurs été inscrite aux Monuments historiques le 6 août 1975, puis classée le 23 mai 1984.
Des écailles aux pâtisseries
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Aujourd’hui, les pâtisseries et viennoiseries ont remplacé les bibelots derrière les jolies vitrines de la maison « Aux tortues ». Heureusement, les habitudes de consommation ont évolué : à partir de 1960, l’ivoire et les écailles de tortue sont progressivement interdits à la vente, pour protéger ces espèces en voie de disparition à cause des dérives du commerce colonial. Finalement, le commerce de Léonidas Garland ferme dans les années 1990, laissant la place à la célèbre chaîne Paul. Pas de retour à zéro, ni de nouvelle façade ultra minimaliste : à la place, l’enseigne a choisi de conserver et même de rénover ce décor du XXe siècle, pour le plus grand plaisir des passants !
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« Aux Tortues » Façade , © @lesfacadesdeparis sur Instagram
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