
Non content d’avoir été le théâtre d’événements célèbres ou le site d’accueil de monuments mondialement célèbre, Paris peut également se vanter d’être le berceau de nombreux mots et expressions solidement ancrés dans la culture populaire. “Attendre 107 ans”, “tenir le haut du pavé” ou encore “aller au diable Vauvert”… toutes ces expressions sont nées d’une histoire en lien avec la capitale. Tout comme une autre expression encore très utilisée aujourd’hui, bien utile pour se donner rendez-vous…
Quand la technologie supplante le soleil
Du XVIe au XVIIIe siècle, les cadrans solaires et les méridiennes restent des repères essentiels pour connaître l’heure solaire. Les montres et les horloges mécaniques doivent donc être régulièrement remises à l’heure à partir de ces indications. Jusqu’à la moitié du XVIIIᵉ siècle, les horloges publiques ne sont pas nombreuses à Paris. Les habitants qui souhaitent remettre leurs montres et horloges mécaniques « à la bonne heure » peuvent notamment se reporter au cadran solaire le plus proche.
Dans le quartier du Palais-Royal, celui situé près de l’entrée sud attire de nombreux curieux. Un attroupement qui ne manque pas d’attirer l’attention de M. Rousseau, un horloger installé dans les galeries du Palais-Royal. L’ingénieux artisan imagine alors un système permettant de signaler midi par une détonation. En 1786, il installe dans le jardin du Palais-Royal un petit canon chargé de poudre noire et surmonté d’une loupe, le tout posé sur un socle de pierre.

Un canon qui n’a pas complètement fini de faire du bruit
Le procédé est on ne peut plus ingénieux : à midi solaire, lorsque le Soleil passe au méridien de Paris, la loupe concentre ses rayons et provoque la mise à feu de la charge, ce qui déclenche un coup de canon. Et boum : il est « midi pétante » ! Du moins lorsque la météo le permet… car lorsque le soleil parisien se fait désirer, le canon peut aussi être déclenché manuellement. Le dispositif devient rapidement un repère bien pratique pour les Parisiens qui viennent y régler leur montre.
Le petit canon du Palais Royal attire alors un public de plus en plus nombreux, qui vient évidemment y régler sa montre. L’invention de Rousseau inspire également quelques bons mots, comme ceux de l’abbé Delille, qui reconnaît que « dans ce jardin, si l’on y dérègle ses mœurs, au moins on y règle sa montre ». Une référence qui cesse toutefois d’être au début du XIXe siècle, lorsque l’on adopte le temps solaire moyen de Paris, à savoir l’heure des horloges, en remplacement du temps solaire vrai.
En 1891, l’heure moyenne de Paris devient l’heure légale pour toute la France. Mais vingt ans plus tard, nouveau changement : en 1911, le pays adopte l’heure de Greenwich, avec laquelle Paris présente un décalage d’un peu plus de neuf minutes. Le petit canon perd alors son rôle quotidien. Il ne tonne plus que ponctuellement, notamment lors de certaines grandes occasions comme la fête nationale, l’anniversaire de la Libération de Paris ou les Journées européennes du patrimoine.

Un canon qui fait désormais partie intégrante du jardin parisien
Devenu dès lors un objet plus décoratif que d’intérêt public, le petit canon du Palais-Royal traverse sans encombre le XXe siècle, s’intégrant à merveille aux côtés des statues et arbres qui peuplent le jardin. Si ce n’est en 1998… lorsque l’objet est volé ! Une réplique a depuis retrouvé sa place.
Aujourd’hui, le mécanisme solaire n’est plus utilisé : lorsqu’il retentit, le petit canon est déclenché manuellement à l’occasion de certains événements ou rendez-vous particuliers. De quoi prolonger l’envie de rester un peu plus dans cet authentique havre de paix au sein de la capitale qu’est le jardin du Palais-Royal. Aménagé une première fois du temps du cardinal de Richelieu, le jardin connaît plusieurs transformations, comme des plantations redessinées par le jardinier André Le Nôtre à la demande du roi Louis XIV.
Embellit au XVIIIe siècle par le duc d’Orléans et doté de ses dimensions définitives (226 mètres de long sur près de 92 mètres de large), le jardin devient un lieu de rendez-vous fréquenté par les intellectuels, les politiques et les écrivains, comme Denis Diderot. De quoi contraster avec un passé plus « scandaleux »… Aujourd’hui, on y vient toujours pour converser, se promener, déguster un repas entre deux sessions de travail ou simplement se prélasser à l’ombre des tilleuls et marronniers… sans avoir peur qu’un coup de canon nous fasse sursauter !
Jardin du Palais Royal
2 Place Colette
75001 Paris
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Image à la une : Jardin du Palais Royal © Adobe Stock