Cet immeuble parisien, paré de céramiques, ouvrait la voie à l’architecture moderne

Immeuble Deneux © Drouot Immobilier

Bordant l’ancien chemin de fer de la Petite Ceinture dans le 18e, un immeuble au 185 rue Belliard attire immanquablement l’œil du passant. Revêtu de céramiques aux motifs géométriques et colorés, il ne ressemble à aucun autre. On le connaît sous le nom d’immeuble Deneux : on vous en dit plus. 


Une façade unique

 

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Ce qui intrigue d’abord, c’est cette façade aux tons ocre, blanc, bleu et brun, presque hypnotisante de loin. Des carreaux de céramique émaillée tout droit venus des prestigieux ateliers Gentil et Bourdet -notamment connus pour avoir décoré le cinéma Louxor en 1921-alternent des motifs géométriques. Pastilles, carrés, triangles… le tout prend l’aspect de fleurs stylisées, qui se répètent sur les quatres étages de l’édifice. Construit entre 1910 et 1913 sous la direction d’Henri Deneux, l’immeuble abritait à l’origine le propre logement de l’architecte sur les deux derniers étages, les autres étant loués (c’était un immeuble de rapport). En observant de plus près, un détail intrigue : au-dessus de la porte d’entrée, une mosaïque, qui rappelle les vitraux ou les enluminures médiévales, représente l’architecte lui-même, penché sur son établi, équerre et compas en main. Deneux s’y représente, reprenant volontairement l’iconographie médiévale…Pourtant, malgré cette référence au passé, le bâtiment est un manifeste de modernité à lui tout seul. 

Un modèle d’architecture moderne

 

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Détail qui a toute son importance : la céramique ne recouvre pas toute façade, certaines parties laissent le béton armé apparent. Et c’est bien là l’une des clés du projet : dans les années 1910, ce matériau est encore révolutionnaire et Deneux le met en avant comme porteur d’une esthétique novatrice, signe d’un modernisme assumé. Dès lors, l’immeuble Deneux apparaît comme un précurseur du modernisme : une autre de ses innovations est la terrasse, entièrement plate et pouvant accueillir des plantations. Le béton armé, promis à un grand avenir dans les constructions de l’entre-deux-guerre, participe aussi à la volonté d’appliquer les principes hygiénistes alors en vogue. Il séduit pour son aspect clair et “propre”, perçu comme le matériau d’une ville plus saine, presque capable d’amélioration sociale. Sanitaires à chaque étage, larges bow-windows laissant circuler l’air et la lumière naturelle, et organisation très rationnelle des espaces témoignent eux aussi de cette préoccupation : quand Deneux construit l’immeuble, on est en pleine urbanisation des nouveaux quartiers populaires. L’immeuble rue Belliard s’affirme à la fois comme la rencontre de l’esthétique et du rationnel, et comme un modèle d’architecture moderniste. 

 

Henri Deneux, l’architecte derrière la façade

 

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Originaire de la Marne, Henri Deneux a un palmarès assez prestigieux qu’il convient de préciser : après avoir remporté un concours, il devient architecte des Monuments historiques en 1905. Il restera lié à sa région natale, participant notamment à la restauration des monuments endommagés lors de la Première Guerre mondiale à Reims. Alors, derrière le bel immeuble Deneux, il y a aussi le sauveur de la cathédrale de Reims, nommé en 1915 architecte en chef de sa restauration. L’immeuble du 185 rue Belliard, construit sur une parcelle de 80 m² acquise en 1910, reste l’un des rares édifices parisiens signés de son nom. Après s’être attelé corps et âmes à sa mission de restauration, Deneux retrouve son appartement du 18e et y vit pendant 30 ans, pratiquement dans la solitude et dans un quasi-dénuement. 

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Immeuble Deneux © Drouot Immobilier

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