
À deux pas de Saint-Germain-des-Prés, la Librairie des Femmes ne cherche pas à attirer l’œil. Sa devanture est discrète, presque à rebours du quartier. Et pourtant, derrière la vitrine du 35 rue Jacob, se joue depuis plus de cinquante ans une histoire essentielle du paysage culturel parisien…
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Un lieu unique
La première librairie voit le jour en 1974, portée par Antoinette Fouque dans le sillage du Mouvement de libération des femmes. À l’époque, l’idée est simple et radicale : créer un lieu où les livres écrits par des femmes, sur les femmes, cesseraient d’être relégués à la marge. Pas un rayon spécialisé, mais une librairie entière pensée comme un espace de pensée et de transmission.
Depuis, si la boutique a été déplacée, l’identité reste la même.
Une sélection pointue
Aujourd’hui encore, le lieu conserve cette clarté de ligne. Ici, pas de têtes de gondole opportunistes ni de best-sellers imposés. La sélection est dense, exigeante, souvent engagée, toujours cohérente. Essais féministes, philosophie, sciences humaines, romans, poésie, livres jeunesse : chaque ouvrage semble avoir trouvé sa place pour une raison précise. On sent le travail de fond, le temps long, l’attention portée aux textes.
Ce qui frappe aussi, c’est l’atmosphère. La Librairie des Femmes n’est ni solennelle ni intimidante. Les échanges sont directs, les conseils précis, sans posture. On parle de livres comme on parlerait d’idées autour d’une table : avec conviction, parfois avec désaccord, mais toujours avec curiosité.
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Le lieu vit aussi au rythme des rencontres et discussions. Autrices, intellectuelles, éditrices y passent régulièrement pour présenter leur travail, débattre, lire, échanger. Ces moments donnent à la librairie une dimension collective : elle devient alors un point de ralliement, un espace où la parole circule librement.
Dans un Paris où beaucoup de librairies indépendantes peinent à survivre, la Librairie des Femmes continue d’exister sans se diluer. Elle ne cherche ni à séduire ni à convaincre à tout prix. Elle tient sa ligne, fidèle à ce qu’elle est depuis 1974 : un lieu où les textes comptent, où les voix féminines occupent l’espace, et où la lecture reste un acte vivant, profondément ancré dans le réel.
Librairie des femmes, 35 rue Jacob, 75006 Paris