
À quelques minutes de Fontainebleau, une discrète porte blanche encadrée de deux piliers de briques rouges intrigue les passants. Située à l’entrée du couvent des Carmes d’Avon, elle serait en effet restée fermée depuis… 1944 ! Derrière cette entrée se cache en réalité le souvenir d’un épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale, et celui d’un jeune garçon qui réalisa plus tard l’un des films les plus bouleversants du cinéma français : Au revoir les enfants.
Un collège devenu refuge pendant la Seconde guerre mondiale
L’histoire touchante de cette porte commence en 1944, lorsque la guerre bouleverse la vie du Petit Collège Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus. Installé dans le couvent des Carmes d’Avon, l’établissement est dirigé à l’époque par le père Jacques de Jésus (de son vrai nom Lucien Bunel), fervent opposant aux persécutions antisémites et à la politique du régime de Vichy, qui décide de venir en aide à plusieurs personnes menacées. Il accueille notamment des jeunes cherchant à échapper au Service du travail obligatoire, et protège des Juifs persécutés.

Parmi eux figurent trois garçons : Hans-Helmut Michel, Jacques-France Halpern et Maurice Schlosser, qu’il inscrit sous de fausses identités (ils deviennent alors Jean Bonnet, Jacques Dupré et Maurice Sabatier) pour leur permettre de poursuivre leur scolarité à l’abri. Avec la complicité de membres de la municipalité d’Avon, notamment du maire Rémy Dumoncel et du secrétaire de mairie Paul Mathéry, de faux papiers leur sont également fournis. Pendant plusieurs mois, les trois enfants partagent ainsi le quotidien des autres pensionnaires, sans que la plupart de leurs camarades ne connaissent leur véritable identité…
La rafle du 15 janvier 1944
Mais le samedi 15 janvier 1944, la Gestapo fait irruption dans le Petit Collège d’Avon. À la suite d’une dénonciation, les soldats allemands viennent arrêter les trois enfants juifs, ainsi que le père Jacques. Les élèves assistent, impuissants, à l’arrestation de leurs camarades et de leur directeur qui leur adresse ces derniers mots avant de quitter l’établissement : « Au revoir les enfants ».

Les trois adolescents sont déportés à Auschwitz-Birkenau, où ils sont assassinés dès leur arrivée, le 6 février 1944. Après avoir été emprisonné à Fontainebleau puis à Compiègne, le père Jacques est envoyé dans plusieurs camps nazis, notamment à Mauthausen et Gusen, en Autriche. Malgré les conditions de détention, il continue d’apporter son aide aux autres prisonniers, particulièrement aux plus faibles. Libéré en mai 1945, il est malheureusement trop affaibli pour survivre et meurt le 2 juin 1945, à seulement 45 ans.
Une histoire qui a inspiré un célèbre film français
Parmi les élèves présents au Petit Collège d’Avon ce 15 janvier 1944 se trouvait un garçon qui allait devenir l’un des plus grands réalisateurs français : Louis Malle. Profondément marqué par l’arrestation de ses camarades et de son directeur, il attendra plus de 40 ans avant de porter cette histoire à l’écran. Sorti en 1987, son film Au revoir les enfants remportera notamment le Lion d’or à la Mostra de Venise et 7 César, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Quant au père Jacques, son courage a été reconnu en 1985 par l’institut Yad Vashem, qui lui a décerné à titre posthume le titre de Juste parmi les Nations.
Une porte fermée, mais une mémoire toujours vivante
Aujourd’hui encore, le couvent des Carmes d’Avon conserve les traces de cette histoire bouleversante. Parmi elles, cette porte blanche surmontée d’une croix, qui serait restée fermée depuis la Seconde Guerre mondiale selon les explications recueillies lors de notre visite. Et une plaque commémorative. Un détail discret, presque invisible pour qui ne connaît pas le passé des lieux, mais qui rappelle les événements tragiques survenus ici en janvier 1944.

Le père Jacques repose désormais dans le cimetière conventuel d’Avon. Un mémorial lui est également consacré au sein du Centre spirituel des Carmes, permettant de découvrir son parcours, son engagement dans la Résistance et le destin des personnes qu’il a tenté de sauver.
Un guide du patrimoine religieux du Pays de Fontainebleau
Pour partir à la découverte d’autres trésors religieux du Pays de Fontainebleau, un livret-guide de 60 pages a été réalisé par l’Office de tourisme et le château de Fontainebleau, avec le concours des élèves de l’École du Louvre et de la DRAC Île-de-France. Dans sa nouvelle édition 2026, il présente 25 édifices remarquables, des chapelles royales aux petites églises rurales, en passant par les lieux de culte qui ont inspiré les peintres. Chaque monument est accompagné d’explications historiques, de croquis et des coups de cœur des étudiants en histoire de l’art, qui attirent l’attention sur des détails architecturaux ou des œuvres parfois méconnues. Disponible en version papier au prix de 4,50 € dans les offices de tourisme de Fontainebleau (4 bis place de la République) et de Barbizon (84 bis Grande Rue), ce guide peut également être consulté gratuitement en ligne. Une manière passionnante et insolite de découvrir les environs !

Crédit photo de une : Porte du Couvent des Carmes d’Avon © AxelleC / Zigzag