Lyon et Saint-Étienne : l’histoire d’une rivalité née bien avant le football

Compteur match OL ASSE

Avant d’être une histoire de foot, la rivalité entre Lyon et Saint-Étienne est une histoire de département. En 1793, la Révolution scinde le département de Rhône-et-Loire qui unissait les deux villes, posant les bases d’une rivalité industrielle puis sportive.

1793, l’origine politique d’une séparation

À la Révolution, le département de Rhône-et-Loire voit le jour et unit Lyon et Saint-Étienne au sein d’une vaste entité administrative, avec Lyon comme préfecture. L’idée est alors de « balancer l’influence » de Lyon, jugée trop dominante face au Forez et au Beaujolais.

Siège de Lyon 1793
© Wikipédia

En 1793, la cohabitation tourne au vinaigre : Lyon se soulève contre la Convention et tente d’entraîner Saint-Étienne dans la révolte, sans succès. L’insurrection est écrasée et la ville de Lyon rebaptisée « Ville-Affranchie » en guise de punition. Le département éclate à son tour quelques mois plus tard : le Rhône d’un côté, la Loire de l’autre. La rupture est actée…

Au XIXe siècle, deux mondes ouvriers qui s’opposent

La relation querelleuse  d’« amour-haine », s’installe ensuite sur le terrain économique. Au XIXe siècle, les deux villes développent chacune une activité textile : Lyon s’affirme dans la soierie, tandis que Saint-Étienne se spécialise dans le ruban. Lyon, alors ville marchande et financière, affirme progressivement une identité bourgeoise autour de la soie.

Le second crassier vers 1950
© Coll. AVSEt, Couriot Musée de la Mine

Saint-Étienne, elle, bâtit sa réputation sur le ruban, mais surtout sur le charbon et l’acier, et devient une cité ouvrière et populaire. Si les deux villes collaborent pour développer leurs activités respectives, à l’instar des rapprochements entre les passementiers et les canuts, se forgent au fil du temps, deux identités distinctes qui s’invitent durablement dans les imaginaires collectifs.

Le football, nouveau théâtre d’un vieil antagonisme

C’est finalement le ballon rond qui dessine à cette rivalité son visage le plus contemporain. Le derby entre l’Olympique lyonnais et l’AS Saint-Étienne oppose les deux clubs depuis le 28 octobre 1951. Pendant longtemps, le rapport de force penche du côté stéphanois : l’ASSE remporte dix titres de champion de France entre 1957 et 1981.

OL vs. ASSE
© Ouest France

La tendance s’inverse ensuite : l’Olympique lyonnais décroche sept titres consécutifs entre 2002 et 2008. Depuis la relégation des Verts en Ligue 2 à l’issue de la saison 2024-2025, les deux clubs ne se croisent plus en championnat. Mais la fierté et la ferveur des supporters lyonnais et stéphanois autour du ballon rond résonnent encore, non plus dans les stades, mais dans les cœurs.

De la scission révolutionnaire à la rivalité des tribunes, Lyon et Saint-Étienne, séparées d’environ 60 kilomètres, cultivent deux identités qui se sont construites l’une contre l’autre, et finalement l’une avec l’autre. Mais il faut éviter de le dire trop fort…

Photo en Une : © So Foot