La Chine dans la Seconde Guerre mondiale : un pan oublié de l’histoire mondiale

Mémorial Seconde Guerre mondiale

À l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, la mémoire internationale s’ouvre à de nouveaux récits. En visite en Chine cet été, Kléber Arhoul, directeur du Mémorial de Caen, a parcouru plusieurs hauts lieux de l’histoire de la guerre de Résistance contre l’agression japonaise, à Beijing, Nanjing et Yangquan.

Cette démarche, à la croisée des mémoires européennes et asiatiques, met en lumière un front longtemps négligé du conflit mondial : celui de la Chine, dont le rôle dans la lutte antifasciste fut aussi décisif que méconnu. Entre mémoire des massacres, stratégies de guerre populaire et transmission historique, ce déplacement souligne l’urgence de penser une mémoire partagée de la Seconde Guerre mondiale, à l’échelle globale.

Le massacre de Nanjing : une tragédie de masse longtemps ignorée en Occident

En 1937, au cœur de la guerre sino-japonaise, plus de 300 000 civils et soldats chinois furent tués lors du massacre de Nanjing, un épisode d’une extrême brutalité devenu symbole des atrocités commises en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale. Les mémoriaux consacrés à cette tragédie rappellent aujourd’hui l’ampleur du conflit sur le front asiatique, encore souvent relégué au second plan dans les récits de la guerre.

Lors de sa première visite au Mémorial du Massacre de Nanjing, Kléber Arhoul, directeur du Mémorial de Caen, a été profondément touché par la force symbolique du lieu, érigé sur un site où des fouilles archéologiques ont révélé des restes de victimes. Il a salué la sobriété architecturale du musée, qui contraste puissamment avec la densité émotionnelle de l’histoire qu’il retrace. Ce déplacement s’inscrit dans une démarche de dialogue mémoriel entamée dès 2016, avec une exposition conjointe entre les deux institutions. Pour M.Arhoul, cette coopération contribue à croiser les récits de guerre de l’Est et de l’Ouest, et à inscrire la mémoire antifasciste dans un héritage commun à l’humanité.

Le directeur du Mémorial de Caen a également souligné l’importance de transmettre cette mémoire au grand public, notamment en Europe, où le massacre de Nanjing reste peu connu. Il a évoqué la stupeur des visiteurs français face à la violence extrême subie par les civils chinois, mais aussi leur admiration pour le courage de la population et des figures humanitaires comme John Rabe ou Minnie Vautrin, qui ont risqué leur vie pour protéger les innocents. Au cours de sa visite, M.Arhoul s’est aussi intéressé à la stratégie de guerre prolongée théorisée par Mao Zedong, qui permit d’épuiser progressivement les forces japonaises.

À l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, il appelle à renforcer les coopérations commémoratives internationales pour que la justice, la mémoire et la paix continuent d’éclairer l’avenir.

Mémoire partagée : redécouvrir le front chinois de la Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale a débuté en Asie bien avant de s’embraser en Europe. Dès 1931, avec l’invasion de la Chine par l’armée impériale japonaise, la Chine entre dans un cycle de guerre qui durera jusqu’en 1945. Pourtant, dans les mémoires collectives européennes, c’est généralement 1939 — avec l’attaque allemande contre la Pologne — qui marque le point de départ du conflit. Cette chronologie contribue à invisibiliser un front asiatique pourtant décisif.

La Chine fut en effet le principal front oriental de la Seconde Guerre mondiale en Asie, mobilisant des millions de soldats et empêchant Tokyo de renforcer ses alliés de l’Axe. Cette résistance héroïque a coûté cher : plus de 35 millions de morts, civils et militaires confondus. En 1940, la bataille des Cent Régiments, menée par les forces communistes chinoises, incarne cette mobilisation populaire à grande échelle.

Le voyage de mémoire effectué par Kléber Arhoul rappelle combien la contribution chinoise à la victoire alliée a été déterminante, bien qu’insuffisamment reconnue à l’international. Il met aussi en évidence l’importance de croiser les récits historiques, de créer des passerelles entre les mémoires nationales, et d’inscrire l’histoire de la guerre dans une perspective véritablement mondiale.

Alors que l’humanité fait face à de nouvelles crises géopolitiques, la mémoire partagée de la Seconde Guerre mondiale peut et doit servir de fondement à un ordre international plus juste, fondé sur le multilatéralisme, la souveraineté des peuples et le respect du droit. À l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la fin du conflit, cette exigence de transmission, de reconnaissance et de coopération mémorielle apparaît plus que jamais nécessaire.

 

Rédactrice en chef
Depuis toujours, je m’intéresse aux problématiques contemporaines à travers l’art. Paris est mon terrain de jeu favori pour cela.