
Si le musée d’Orsay privilégie habituellement les grands noms de l’art moderne, sa nouvelle exposition dévoile au contraire un artiste américain méconnu en France : John Singer Sargent (1856-1925). Formé à Paris, le jeune peintre a été reconnu comme l’un des grands portraitistes de la Belle Époque, avant de partir à Londres à l’âge de 30 ans. Jusqu’au 11 janvier 2026, ce parcours s’intéresse à sa période parisienne, marquée par la théâtralité de ses portraits et l’influence impressionniste.
Lumière sur un peintre méconnu
Né en 1856 à Florence, lors d’un tour de l’Europe de sa famille venue de Philadelphie, John Singer Sargent voyage durant sa jeunesse, avant de faire escale à Paris à l’âge de 18 ans pour se former à la peinture. Intéressé dès son plus jeune âge par le dessin, il est pris sous l’aile du peintre Carolus-Duran, admiratif de son talent précoce, puis entre à l’école des Beaux-Arts, où il se fait remarquer pour ses premiers croquis. S’il s’impose rapidement parmi les portraitistes parisiens de la Belle Époque, son nom semble avoir été oublié par les Français après son départ pour Londres à l’âge de 30 ans.

Pour la première fois, le musée d’Orsay décide de consacrer une exposition à son passage dans la Ville Lumière entre 1874 et 1884. On y découvre ses premières études, ses tableaux de voyage, ses portraits d’enfants et de mondains, jusqu’à ses toiles inspirées par l’impressionnisme. Le parcours se termine sur son grand portrait de la danseuse Carmencita, acheté par l’État pour le musée du Luxembourg, une reconnaissance institutionnelle rarement réservée aux artistes américains de l’époque en France.
![John Singer Sargent (1856-1925) Portraits de M. É[douard] P[ailleron] et de Mlle [Marie-] L[ouise] P[ailleron], 1880-1881 Huile sur toile 152,4 × 175,3 cm Des Moines Art Center Permanent Collections (Iowa), achat avec le Fonds du legs Edith M. Usry, à la mémoire de ses parents M. et Mme George Franklin Usry, du Fonds Dr et Mme Peder T. Madsen, et du Fonds de dotation Anna K. Meredith Photo © Rich Sanders, Des Moines](https://www.pariszigzag.fr/wp-content/uploads/2025/09/john-singer-sargent-exposition-musee-orsay-paris-zigzag-3.jpg)
Un talent de portraitiste
Dès les premières salles, on admire la finesse et le réalisme des dessins de jeunesse de John Signer Sargent, dont certains ont été réalisés sur les bancs de l’école des Beaux-Arts de Paris. Si, par la suite, ses quelques toiles orientalistes éveillent peu de curiosité, on retrouve notre émerveillement face à certains des portraits monumentaux qui l’ont révélé. Dans l’immense toile Les Filles d’Edward Darley Boit, les quatre enfants sont saisis avec une expression juste et sincère, laissant déceler des sensibilités singulières, le tout mis en scène dans un salon bourgeois baigné de lumière.

C’est sûrement là le talent de John Signer Sargent, et de tout portraitiste qui se respecte : saisir la vie intérieure de ses sujets. On devine en chacun de ses modèles un tempérament particulier, à commencer par la fameuse Madame X qui a provoqué une véritable polémique. Représentant la mondaine Virginie Gautreau dans une attitude jugée trop hautaine et suggestive selon ses contemporains (en cause : une bretelle baissée, un maquillage exagéré et un décolleté trop plongeant), le peintre est contraint de retoucher son tableau (la bretelle est rajoutée) et de rendre son modèle anonyme. Loin de s’en désoler, Sargent considère cette silhouette provocatrice comme « la meilleure chose qu’il ait faite ».
Une touche impressionniste
Si John Signer Sargent est reconnu pour ses portraits, le parcours dévoile aussi un autre pan de son oeuvre : l’influence de la peinture impressionniste, et notamment de Claude Monet dont il fut proche. Cela s’observe dans certaines scènes extérieures à la touche légère et à la palette lumineuse, ainsi que dans des toiles plus intimistes comme Le Verre de porto, au cadrage audacieux, marqué par la prégnance du rouge. Si Sargent n’a jamais été impressionniste à proprement parler, il semble bien s’être intéressé aux intensités de la lumière dans ses compositions, et fait en cela écho à bon nombre d’artistes exposés dans les galeries du musée d’Orsay.

Romane Fraysse
John Singer Sargent. Eblouir Paris
Musée d’Orsay
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing, 75007 Paris
Jusqu’au 16 janvier 2026
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Image à la une : John Singer Sargent, Dans le jardin du Luxembourg, 1879 Huile sur toile 65,7 x 92,4 cm Collection John G. Johnson Collection, 1917, The Philadelphia Museum of Art Photo © The Philadelphia Museum of Art