
Il est l’un des plus grands groupes de librairie français. L’historique Gibert, qui possède 16 magasins dans une dizaine de villes de l’hexagone, souhaite être placé en redressement judiciaire et privilégier la vente de livres d’occasion, jugée plus rentable. Une annonce surprenante, qui illustre une fois encore la fragilité du monde du livre.
Une demande face au déclin du marché du livre
Le lancement de la nouvelle librairie parisienne Gibert Romance en fin d’année 2025 laissait présager que le groupe était sur une bonne voie. Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous avons appris que l’historique enseigne a récemment demandé son placement en redressement judiciaire auprès du Tribunal des activités économiques de Paris. Fondé en 1886, Gibert exploite désormais 16 librairies dans 12 villes françaises. Jusqu’ici, ses rayons généralistes mêlaient alors ses stocks de livres neufs à quelques livres d’occasion.

Dans un contexte sous tension, le monde du livre est notamment mis à mal par la concurrence de la vente en ligne, la concentration éditoriale et la surproduction d’ouvrages malgré une lecture en baisse. Le groupe Gibert annonce ainsi solliciter la protection du tribunal et revoir son activité en accélérant son virage vers le livre d’occasion, jugé plus rentable. La demande sera étudiée ce mardi 28 avril 2026.
Un modèle économique trop fragile
Si l’annonce peut surprendre en premier lieu, elle est rapidement justifiée par la crise que nous traversons à bien des égards. Dans un communiqué, le groupe Gibert affirme que son modèle économique est fragilisé par « l’explosion des coûts fixes » (que sont les loyers et l’énergie consommée) et « le déclin du marché des livres neufs ». Avec des sites de vente comme Amazon, sortes de librairies sans libraire, les livres peuvent être commandés à domicile et livrés le jour même. Une concurrence qui fragilise considérablement le secteur.

Privilégier le livre d’occasion
Si le secteur va mal, Gibert assure que la vente de livres d’occasion est prometteuse, puisque le marché connaît chaque année une réelle croissance. Le groupe espère ainsi doubler ses ventes de livres d’occasion d’ici 2029, pour passer de 30 à 60 millions d’euros sur ce segment.

La procédure de redressement judiciaire devrait ainsi lui permettre de mener à bien ce « virage stratégique » en protégeant son activité et celle de ses salariés. Un bouleversement qui dit beaucoup des tensions actuelles du marché du livre, entre recul du neuf, hausse des coûts fixes et montée en puissance de la seconde main.
À lire également : L’histoire des librairies Gibert, emblèmes du Quartier latin depuis 1886