Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789

Depuis que les Parisiens ont pris d’assaut ses geôles le 14 juillet 1789, la prison de la Bastille est irrévocablement liée à l’Histoire de France et de Paris. Mais pourquoi cette prison a-t-elle été prise pour cible par les révolutionnaires ? Quelle est son histoire ?  On revient pour vous sur les grands faits qui ont eu lieu au sein de cette ancienne prison parisienne.

La longue naissance d’une prison d’État 

C’est sous le règne de Charles V, entre 1370 et 1383, que le prévôt de Paris Hugues Aubriot décide de faire construire la Bastille Saint-Antoine. Si l’on pense aujourd’hui à l’édifice en tant que prison, cette bastide érigée comme porte de l’enceinte de Charles V n’a pas toujours eu ce rôle :  elle a été tour à tour forteresse, arsenal, prison sous Louis XI, entrepôt d’armes et lieu de réception sous François 1er. C’est le cardinal de Richelieu qui, sous le règne de Louis XIII, transforme définitivement la Bastille en prison d’État.

Une prison pour personnalités de marque…

Loin d’être une prison ordinaire, la Bastille accueille principalement des « hôtes » de marque, répartis dans 42 cellules. Dans cet ancien château, on dispose, moyennant finance, d’un confort peu habituel pour une prison : bois de chauffage, repas similaire à celui du gérant de la prison, droit à recevoir des visites et des lettres. Certains prisonniers peuvent même se déplacer librement au sein de la prison. Montaigne, le Masque de Fer, Voltaire, Beaumarchais et le marquis de Sade font partie des grandes personnalités enfermées dans cette prison royale.

Homme au Masque de Fer
“L’homme au masque de fer”. Estampe. Paris, musée Carnavalet.

… Et prisonniers communs

À côté de ces prisonniers de haut rang, la prison de la Bastille accueille, dès la fin du XVIIe siècle, des prisonniers communs. Vraiment moins bien lotis, ils sont surnommés les “pailleux” parce qu’ils dorment sur une paillasse changée une fois par mois. Ces prisonniers issus du peuple n’ont pas d’argent et vivent de la charité et du “pain du roi”.

Une haine grandissante pour cette prison symbolique

Pour bien comprendre ce que la Bastille représente pour les Parisiens à l’été 1789, il faut se mettre à leur place. Imaginez-vous une forteresse de 66 mètres de long, 34 mètres de large et 24 mètres de hauteur, entourée d’une immense douve de 25 mètres de large dominant tout le quartier par son aspect imposant et lugubre.

Prison de la Bastille

Imaginez que cet édifice, surplombant l’un des quartiers les plus pauvres de la capitale, incarne plus qu’aucun autre le caractère arbitraire du pouvoir royal : c’est notamment ici que sont envoyés les prisonniers arrêtés par lettres de cachet, ces lettres signées du Roi qui permettent d’emprisonner quelqu’un sans procès. Et puis les cachots, la torture, le traitement infligé aux prisonniers les plus pauvres… Tout cela hante les esprits.

Lentement, mais sûrement, la Bastille devient le symbole de cette monarchie absolue qui a échoué à réformer la justice et la fiscalité du royaume. La haine du peuple à son égard grandit d’année en année pour atteindre son point d’orgue aux prémices de la Révolution française.

1789, la révolution est en marche

De mai à début juillet 1789, la Révolution commence sous un aspect politique et juridique : les députés du Tiers État s’opposent au roi. Le 17 juin, les députés des états généraux se proclament Assemblée nationale constituante.

Ouverture des Etats Généraux
Ouverture des États généraux à Versailles, 5 mai 1789, Auguste Couder, 1839, musée de l’Histoire de France (Versailles).

Mais c’est le 12 juillet, quand Paris apprend que le contrôleur général des finances Necker a été renvoyé par le roi, que tout s’accélère : les échauffourées commencent… Dans l’après-midi, le journaliste Camille Desmoulins exhorte les Parisiens à préparer leur défense. Il faut s’armer, direction les Invalides. Les jours suivants, les émeutiers s’emparent de plusieurs canons et de 35 000 fusils entreposés aux Invalides. Ils ne leur manquent plus que la poudre et les balles. Une rumeur enfle alors… il y en aurait à la Bastille !

Le 14 juillet 1789, la prison de la Bastille tombe

Au matin du 14 juillet, une délégation de l’Assemblée des électeurs de Paris se rend alors à la prison pour demander le retrait des canons placés sur les tours et la distribution de la poudre et des balles. La délégation est cordialement reçue par le gouverneur de la prison, le marquis de Launay, qui leur promet de ne pas tirer le premier et les invite même à déjeuner. Seul problème, le gouverneur n’accède pas à leur requête.

Prise de la Bastille
© La Prise de la Bastille, par Jean-Pierre Houël (1789)

Au cours de la journée, plusieurs assauts seront donnés des deux côtés et quatre délégations seront invitées à discuter avec le gouverneur avant que les négociations ne soient définitivement rompues. La véritable attaque de la Bastille commence à 15h30. Ayant obtenu la promesse qu’aucune exécution n’aurait lieu en cas de reddition, la garnison de défense de l’édifice rend les armes à 17 heures. Les émeutiers investissent la forteresse, prennent les balles et la poudre et libèrent les sept prisonniers présents.

Prise de la Bastille
© La Prise de la Bastille, H. Jannin, musée de la Révolution française.

La garnison est arrêtée et emmenée à l’Hôtel de Ville pour être jugée. Arrivé en place de Grève, le gouverneur de Launay est lynché, poignardé à coup de baïonnette et décapité par un jeune garçon boucher. Sa tête sera aussitôt fichée sur une pique et promenée dans les rues de la capitale. Dès le lendemain, la Bastille est démolie. L’ironie de l’histoire veut que ce soit Louis XVI qui supprima la torture en 1780 et 1788, ainsi que les lettres de cachet le 26 juin… 1789.

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