Jeune, il se définit lui-même comme « un vrai casse-cou, un touche-à-tout, mal élevé jusqu’à appeler les choses par leur nom, et les gens aussi » : retour sur l’un des photographes les plus célèbres du XIXe siècle, aujourd’hui enterré au cimetière du Père Lachaise : Félix Tournachon, dit Nadar.

Félix Tournachon devient Nadar

C’est en 1820 que Félix Tournachon nait à Paris de parents lyonnais. À la mort de son père en 1837, Félix, qui n’a que 17 ans, doit renoncer à ses études de médecine pour subvenir aux besoins de sa famille dont il a désormais la charge. C’est dans le domaine de la presse qu’il se réoriente : il rédige alors des papiers pour gagner juste ce qu’il faut.

Évoluant dans ce monde assez facilement, Félix fréquente rapidement le milieu de la jeunesse artistique et se lie d’amitié avec Baudelaire, Nerval et Banville. Ces derniers le surnomment Tournadar à cause d’une mode répandue au sein de la jeunesse des années 1840 qui consiste à ajouter, à la fin de certains mots, la terminaison « dar ». L’abréviation se transforme progressivement en pseudonyme et « Nadar » voit le jour.

Premier grand portraitiste

Dans les années 1850 Nadar se tourne peu à peu vers la photographie et publie en 1854 une série de portraits photographiques de personnalités contemporaines parmi lesquelles Michel Bakounine, Charles Baudelaire, Sarah Bernhardt, Émile Zola, Jacques Offenbach, Gérard de Nerval, ou encore Jules Verne… Au total, plus de 300 grandes figures de l’époque défilent derrière l’appareil de Nadar pour qui la carrière est lancée.

 Portrait de Charles Baudelaire par Nadar

Bien que la technique du portrait existe déjà, Nadar lui donne un souffle particulièrement novateur : exit les portraits sur commande, dénués de tout réalisme. Avec les portraits photographiques Nadar peut saisir l’individu dans sa vérité, au moment T. On lui doit également les premières photos des Catacombes, grâce au système de lumière artificielle qu’il développe.

Dans les années 1860, Nadar s’installe au 35 boulevard des Capucines comme de nombreux photographes. Il reprend un bâtiment entier pour en faire son atelier au 2e étage. La façade vitrée de l’atelier est d’ailleurs encore visible aujourd’hui, donc les contours sont rouges, sa couleur fétiche. Il fait également installer la première enseigne lumineuse de Paris, par Antoine Lumière, père des inventeurs du cinématographe !

Pionnier de la photographie aérienne

Trop souvent réduit à son rôle de photographe, il ne faut pas oublier que Nadar exerce aussi le dessin et produit de nombreuses caricatures tout au long de sa carrière. Bercé par l’écriture, il écrit également plusieurs romans, nouvelles et poèmes.

Mais l’expérimentation qui le rendra vraiment célèbre est la photographie embarquée. Finalement, il est très certainement le premier journaliste reporter d’image ! En 1863, il fait construire un immense ballon, « Le Géant », capable d’embarquer plusieurs dizaines de personnes à bord. Malheureusement, cette invention ne rencontre pas le succès escompté : le ballon perd rapidement de la hauteur et atterrit à Meaux, ville voisine de la capitale.

Malgré cette fâcheuse expérience, il capture les premières vues aériennes de Paris. Lors de la Commune en 1870, il propose de construire des ballons militaires : c’est grâce à l’un d’eux que Léon Gambetta quitte Paris pour Tours afin d’organiser la résistance.

Nadar élevant la photographie à la hauteur de l’Art.
Lithographie d’Honoré Daumier parue dans Le Boulevard le 25 mai 1863

Décédé en 1910 à Paris, après s’être exilé quelques années dans le Midi, Nadar aujourd’hui considéré comme pionnier de la photographie, à propos de laquelle il déclare que « (elle) est une découverte merveilleuse, une science qui occupe les intelligences les plus élevées, un art qui aiguise les esprits les plus sagaces – et dont l’application est à la portée du dernier des imbéciles ».

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