
Au cœur de la Creuse, dans une nature préservée où la pierre côtoie étangs, forêts et collines, il existe un petit hameau qui apparaît comme un havre de paix débordant de charme et de magie. Car derrière ses maisons granitiques simples et robustes se cache un trésor artistique né comme une lettre d’amour… d’un habitant envers sa commune.
L’étonnant testament d’un habitant à sa commune
Ce modeste hameau cache pourtant une bien curieuse et intéressante particularité. C’est ici que François Michaud, paysan-tailleur de pierres du XIXe siècle, a exercé sa passion, au cœur de son hameau, et l’a orné de sculptures uniques et insolites. Doux rêveur de son époque, François Michaud naît en 1810 sur la commune de Fransèches. De sa vie, on ne connaît pas grand chose, si ce n’est que ce fils de maçon se maria et devint père de 4 enfants. Au début du XIXe siècle, la région connaît une période difficile et, devant des famines chroniques, de nombreux Creusois s’exilent comme maçon dans les grandes villes comme Paris, Lyon ou Bordeaux pour subvenir aux besoins de leur famille. Sauf François Michaud, qui refuse de quitter ses terres et sa famille et préfère continuer à cultiver la terre de ses ancêtres, mais aussi mettre à profit ses talents de tailleur de pierres. Ce qui commence comme une envie de décorer sa maison va très vite se prolonger jusqu’aux abords de celle-ci, puis au gré des rues de Masgot. En peu de temps, le hameau devient un véritable musée à ciel ouvert. Il faut dire que, dans une région où le granit est omniprésent, l’artiste ne manque pas de matière première de qualité à disposition. Ainsi, le Creusois constitue une véritable collection, composée de trois thématiques claires : le bestiaire rural, inspiré de son environnement, des allégories républicaines et des personnages historiques comme Napoléon ou Jules Grévy) et d’énigmatiques rébus et inscriptions gravés à divers endroits. Un fascinant mélange qui n’en finit d’étonner et de susciter la curiosité encore aujourd’hui, lorsque l’on se balade dans les ruelles de Masgot.
Un patrimoine sauvé de l’oubli et de l’abandon
Le succès est tel que, aujourd’hui, Masgot attire plus de 30 000 visiteurs à l’année, ce qui en fait le premier site touristique gratuit visité dans la Creuse. Une histoire qui ferait sans doute plaisir à François Michaud, lui qui ne connaîtra jamais la gloire de son vivant. Ce dernier décède en 1890 dans la solitude, laissant son art à la postérité. Assez secret et réservé, il réalisa son œuvre pour lui, pour le plaisir de vivre dans un univers qui lui était propre et au sein duquel il se sentait bien. L’autre trace immanquable de cet artiste local se trouve en mairie de Fransèches : une Marianne réalisée et offerte par ses soins. Depuis, l’exode rural et l’abandon du hameau auraient pu avoir raison des sculptures et de l’étonnante histoire de cet artiste, mais à l’image d’un château ou d’une abbaye, le salut de Masgot est venu c’est d’une association née en 1986 : “Les Amis de la Pierre de Masgot”. Cachées sous la végétation et souvent abîmées, les étonnantes sculptures de François Michaud sont progressivement revenues à la vie. À tel point qu’un véritable parcours s’est mis en place au fil des années : on découvre par exemple l’entrée d’un potager sous l’œil vigilant d’un aigle, d’un chien-loup-renard ou encore d’une sirène, tandis que, plus loin, Napoléon précède une femme nue, possiblement une Marianne, qui fait face à un animal assis. Une formidable fresque à ciel ouvert née de l’imaginaire d’un passionné, qui n’est pas sans rappeler l’étonnant Palais Idéal du Facteur Cheval.
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Un petit village qui ne manque pas (de lieux) d’intérêt
Afin de parfaire et de comprendre les motivations de François Michaud, la visite du village peut être accompagnée d’un audio-guide. L’une des étapes essentielles de la visite est bien entendu la maison de l’artiste. Nommée “La Longère”, cette ferme traditionnelle Creusoise abrite un petit musée de traditions populaires qui met en scène la vie d’antan, plus précisément au XIXe siècle. L’occasion d’y observer une cheminée sculptée, du mobilier, des objets du quotidien, un four ou encore deux chaises sculptées arborant les inscriptions “Asseyez vous” et “Auprès de moi”. Plus loin, la seconde maison de François Michaud ne se visite pas et s’admire donc de l’extérieur, mais ne manque pas d’éléments et décorations propres au tailleur de pierre. D’ailleurs, pour ceux qui souhaitent percer à jour les secrets de cette technique, des stages d’initiation et de perfectionnement sont organisés à Masgot, comme une manière de perpétuer l’art de la sculpture au sein du village. C’est ici que les curieux pourront apprendre à manier le ciseau et le marteau afin de graver dans la pierre leurs propres dessins. Et contre un éventuel manque d’inspiration, pas de soucis : les environs de Masgot sont l’occasion d’admirer, là encore, quelques merveilles comme la nature environnante et foisonnante de granit ou la surprenante église de Sous-Parsat. Classique au premier abord, cette église est un véritable spectacle une fois à l’intérieur. Entièrement restauré par Gabriel Chabrat, un artiste local qui a travaillé de 1986 à 1994 à la réalisation de fresques colorées, celui-ci regorge de scènes religieuses représentées (Genèse, naissance de Jésus, apocalypse…) dans un festival de couleurs vives et de formes tourmentées. Preuve que Masgot et ses environs entretiennent un lien particulier avec l’art.
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Image à la une : Masgot © Alamy Images
