
En souhaitant casser l’image d’un peintre sentimentaliste, le musée d’Orsay dédie en ce début d’année deux expositions à Auguste Renoir : l’une consacrée à sa peinture « du lien », l’autre à sa création sur papier. Son oeuvre s’y dévoile plus sensuelle que sentimentale, plus dessinée qu’on ne le croit, et toujours pudique quant à l’expression des émotions qui se devinent au fil d’un regard ou d’une discussion. Jusqu’au 19 juillet 2026, les deux parcours regroupent plusieurs centaines de peintures, dessins, aquarelles, pastels, gravures et sanguines diversifiant les recherches plastiques de l’artiste.
Peindre le lien humain
Renoir et l’amour : voici une thématique qui paraît vue et revue chez le peintre impressionniste. On lui connaît ses scènes galantes de la « vie moderne » représentant de jeunes amants flirtant dans un bal ou une guinguette. Malgré tout, une fois passés les fameux Bal du moulin de la Galette ou Le Déjeuner des Canotiers, on découvre aussi un peintre soucieux d’étudier les subtilités du lien qui se tisse entre deux êtres humains : le regard admiratif ou pudique lors d’un échange amoureux, l’enlacement tendre d’un couple de danseurs, mais aussi la douceur du geste d’une mère envers son enfant, ou les conversations enjouées entre des groupes d’amis.

Au-delà des thèmes autour du partage (repas, conversation, bal ou promenade), l’artiste explore le lien jusque dans son geste pictural. Ses toiles, en pleine période impressionniste, dévoilent une touche fluide, reliant les formes dans un mouvement d’ensemble, ou recouvrant même la scène d’une lumière irradiante. Parfois même, la figure humaine finit par se mêler à une nature tout aussi vivante à travers une palette chatoyante.
Un Renoir aussi dessinateur
Si l’amour est un thème attendu, le deuxième parcours dédié à l’oeuvre graphique de Renoir est bien plus surprenant. Et pour cause : la dernière exposition française consacrée à ses dessins remonte à l’année 1921 ! Dans l’imaginaire collectif, l’artiste est en premier lieu défini comme un coloriste, peignant directement sur le motif. Mais en rassemblant plus d’une centaine d’illustrations, gravures, pastels, sanguine ou croquis venus du monde entier, le musée d’Orsay nous présente une autre dimension de son oeuvre jouant sur les hachures noires et les reflets blancs, illustrant des textes de Zola ou de Mallarmé, caricaturant ses contemporains, ou expérimentant des paysages, des nus, des visages…

Un art de la sensualité
De ces deux expositions ressort une forte impression : l’oeuvre de Renoir, picturale ou graphique, se caractérise par une sensualité héritière du rococo. Sensualité des corps dont les rondeurs voluptueuses sont ponctuées par des touches lumineuses, douceur du pastel invitant le regard au toucher, fluidité des aquarelles laissant l’esprit divaguer… jusqu’à la contemplation de ses sanguines monumentales, de véritables « irradiations de la forme dans l’espace » (Paul Perret). Dans sa dernière salle, on y découvre notamment une chaleureuse Étude pour La Coiffure, achetée par Picasso, qui nous enveloppe avec délice dans ses teintes ocre et blanche pour un long moment.

Romane Fraysse
Renoir et l’amour / Renoir dessinateur
Musée d’Orsay
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing, 75007 Paris
Jusqu’au 19 juillet 2026
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Image à la une : Auguste Renoir (1841-1919), Femme à l’ombrelle et enfant dans un paysage ensoleillé, c. 1874-1876, Huile sur toile, 47 × 56,2 cm, Boston, Museum of Fine Arts, legs de John T. Spaulding, 48.593, Photograph © 2026 Museum of Fine Arts, Boston