Une exposition sur les délices et les troubles du sommeil se dévoile à Paris

Federico Zandomeneghi, Jeune fille endormie dit aussi Au lit [Fanciulla dormiente (A letto)], 1878. Huile sur toile. 60 x 74 cm. Florence, Palazzo Pitti – Galleria d’Arte Moderna © Gabinetto Fotografico delle Gallerie degli Uffizi

En moyenne, nous passerions un tiers de notre vie à dormir. Entre Hypnos, Éros et Thanatos, cet état d’abandon a inspiré de nombreux récits face aux sentiments de quiétude ou d’angoisse qu’il peut susciter chez les dormeurs. Jusqu’au 1er mars 2026, le musée Marmottan Monet s’intéresse à cet « Empire du sommeil » auquel nous appartenons tous, à travers une sélection de 130 peintures, sculptures, dessins, objets et documents scientifiques explorant ses délices et ses troubles.

Un dormeur ou un mort ?

En premier lieu, bien sûr, l’image d’un dormeur questionne : cette personne s’est-elle soudainement assoupie contre un mur ou sur un matelas ? Ou bien a-t-elle rendu son dernier souffle et ne verra-t-on plus jamais ses yeux s’ouvrir ? L’exposition du musée Marmottan Monet joue de cette ambiguïté, en mêlant des visages ensommeillés à des visages de morts. C’est notamment le cas de la photographie de Victor Hugo prise par Nadar sur son lit de mort, ou de la défunte Camille peinte par Claude Monet, tandis que l’on assiste plus loin à La Résurrection de la fille de Jaïre par Gabriel von Max (passage illustrant cet extrait du Nouveau Testament : « Pourquoi ce tumulte et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte, mais elle dort. »)

Gabriel von Max, La résurrection de la fille de Jaïre, 1878. Huile sur toile. Montréal, musée des Beaux-Arts © MBAM, Denis Farley
Gabriel von Max, La résurrection de la fille de Jaïre, 1878. Huile sur toile. Montréal, musée des Beaux-Arts © MBAM, Denis Farley

Le sommeil, plaisir sensuel

Le sommeil, souvent associé à la chambre, est un espace-temps lié de près à la sensualité. Les corps assoupis, détendus, se laissent aller dans les lits parfois faits, parfois défaits. Cette douce évasion se retrouve chez le poète rêveur de John Faed, ébahi devant un paysage romantique, chez les nymphes suggestives d’Ingres, ou bien dans les corps sculptés d’Auguste Rodin, dont ceux enlacés d’Amour et Psyché.

Joaquin Sorolla y Bastida (1863-1923) Mère (Madre), Vers 1900 Huile sur toile 125 x 169 cm Madrid, Museo Sorolla © Museo Sorolla, Madrid
Joaquin Sorolla y Bastida, Mère (Madre), vers 1900. Huile sur toile 125 x 169 cm Madrid, Museo Sorolla © Museo Sorolla, Madrid

Cet état d’apaisement atteint une dimension mystique chez Odilon Redon, ou s’illustre dans la scène gracieuse d’une mère endormie aux côtés de son enfant chez Joaquín Sorolla. Dans tous les cas, nous nous sommes éloignés de Thanatos pour rejoindre la citation de Goethe inscrite dans une salle de l’exposition : « Doux sommeil, tu viens comme un bonheur pur… » (Egmont).

Rêves habités, nuits agitées

Néanmoins, lorsqu’il s’écarte de Thanatos, le sommeil n’en reste pas moins sombre. Il est même le lieu ultime des récits les plus étranges, à la manière des créatures nocturnes dessinées par Alfred Kubin, des gravures symbolistes de Jean-Jacques Grandville ou du portrait d’un noctambule peint par Edvard Munch. Malmené par les cauchemars, le dormeur voyage alors dans des mondes excentriques, angoissants, irrationnels, ou tente d’y échapper en se maintenant éveillé. Ainsi, que l’on soit un bon dormeur ou un insomniaque chronique, on se retrouve nécessairement dans cet inévitable « Empire du sommeil ».

Evelyn De Morgan, Nuit et Sommeil [Night and Sleep], 1878. Huile sur toile. 108,8 x 157,8 cm. Barnsley, De Morgan Foundation © Trustees of the De Morgan Foundation
Evelyn de Morgan, Nuit et Sommeil [Night and Sleep], 1878. Huile sur toile. 108,8 x 157,8 cm. Barnsley, De Morgan Foundation © Trustees of the De Morgan Foundation

Romane Fraysse

L’Empire du sommeil
Musée Marmottan Monet
2 rue Louis Boilly, 75016 Paris
Jusqu’au 1er mars 2026

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Image à la une : Federico Zandomeneghi, Jeune Fille endormie dit aussi Au lit [Fanciulla dormiente (A letto)], 1878. Huile sur toile. 60 x 74 cm. Florence, Palazzo Pitti – Galleria d’Arte Moderna © Gabinetto Fotografico delle Gallerie degli Uffizi

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