Au Palais Galliera, le styliste Rick Owens nous fait entrer dans son temple de l’étrangeté

Essayages pour la collection hommes Babel PE19, Palais Bourbon, Paris, 19 juin 2018 - © Owenscorp

Silhouettes dominantes, vêtements minimalistes, parfum d’ambre et airs d’opéra… l’espace du Palais Galliera semble soudainement prendre une dimension sacrée. L’exposition dédiée à Rick Owens, lui-même scénographe, est d’ailleurs qualifiée de « temple de l’amour » par le styliste. Jusqu’au 4 janvier 2026, ce parcours synesthésique présente pour la première fois plusieurs dizaines de ses créations mêlées à des références culturelles, jouant avec la transgression et célébrant les marges.

L’énigme d’un temple

La scénographie de cette exposition a été pensée par Rick Owens lui-même, ce qui ne nous étonne qu’à moitié. Dans ce temple énigmatique, le styliste met en scène des défilés de mannequins exposés sur des piédestaux, sortes de divinités à l’apparence humaine vêtues de ses créations, dont la position surplombante les rend quelque peu intimidantes.

Exposition "Rick Owens. Temple of Love" au Palais Galliera - © Romane Fraysse
Exposition « Rick Owens. Temple of Love » au Palais Galliera – © Romane Fraysse

Entre palais décoré et chambre noire, chaque salle présente aussi les nombreuses influences du créateur : on y découvre des carnets de notes, des livres de jeunesse, des vinyles de David Bowie ou Iggy Pop, mais aussi des extraits de films muets (à l’instar du Cléopâtre de Cecil B. DeMille), des tableaux symbolistes de Gustave Moreau, des évocations du décadent Joris-Karl Huysmans, une bibliothèque de livres d’art comptant Robert Mapplethorpe, le tout sous les airs de Wagner et les effluves d’un parfum spécialement conçu par Barnabé Fillion.

D’une élégance brute

Ses créations sobres jouent avec les matières et leurs reliefs, usant de cuir et de fourrure, de motifs et de drapés, de traînes et de modelés sculpturaux : « J’imagine que je fais partie de ceux qui peuvent visualiser les volumes 3D à plat dans leur tête », souligne-t-il dans un cartel. Le créateur se nourrit de ses contradictions pour composer chaque silhouette : il mêle les formes élégantes et barbares, crée une frontière ambiguë entre les sexes, s’inspire de l’esthétique underground et de l’iconographie biblique.

Exposition "Rick Owens. Temple of Love" au Palais Galliera - © Romane Fraysse
Exposition « Rick Owens. Temple of Love » au Palais Galliera – © Romane Fraysse

Jouer avec la transgression

Une salle « déconseillée aux mineurs » reste isolée du parcours, mais ne passe pas pour autant inaperçue. Cet espace secret, interdit aux photographies, présente une série d’oeuvres subversives et des films de ses « créatures joyeusement dépravées » jouant avec toutes sortes de tabous sociaux. On y retrouve notamment des images de Goddness Bunny, artiste transgenre souffrant de polio, qu’il prend pour modèle de sa première collection afin de remettre en cause les normes de beauté. Cherchant à dénoncer l’hypocrisie et la violence de notre société morale, il transgresse l’image des corps et fait de l’affirmation de la marge une célébration de l’amour.

Essayages pour la collection hommes Babel PE19, Palais Bourbon, Paris, 19 juin 2018 - © Owenscorp
Rick Owens lors d’essayages pour la collection hommes Babel PE19, Palais Bourbon, Paris, 19 juin 2018 – © Owenscorp

Romane Fraysse

Rick Owens. Temple of Love
Palais Galliera
10 avenue Pierre 1er de Serbie, 75116 Paris
Jusqu’au 4 janvier 2026

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Image à la une : Rizzoli, Couverture du catalogue « Rick Owens, Temple of Love » – © Owenscorp

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