À la Cinémathèque, une exposition sur les pas de géants d’Orson Welles

Orson Welles et Rita Hayworth dans La dame de Shanghai (1947) © 1948, renewed 1975 Columbia Pictures Industries, Inc. All Rights Reserved. Courtesy of Columbia Pictures

Nous devons à Orson Welles douze longs métrages achevés. Douze longs métrages dont chacun tente, par sa mise en scène, de jouer avec la frontière entre réalité et fiction, vérité et mensonge. En parfait illusionniste, le cinéaste shakespearien ne quitte jamais la dramaturgie et surprend à chaque apparition. Pour le quarantième anniversaire de sa mort, la Cinémathèque française lui consacre une exposition jusqu’au 11 janvier 2026, dévoilant plus de 400 extraits de films, photographies, dessins, documents d’archives et installations.

Un géant du cinéma

L’exposition, construite chronologiquement, s’ouvre sur une photographie représentant le petit Orson Welles, haut comme trois pommes, en compagnie de son chien César. Ensuite, tout s’enchaîne dès l’âge de 10 ans : furtivement peintre, puis comédien, homme de télévision et de radio, acteur, scénariste, réalisateur et producteur, jusqu’à ses dernières campagnes de publicité ressemblant à une véritable « Orson mania ».

Photo du tournage d ’ Othello Alexandre Trauner 1950 Collection Didier Naert © ADAGP , Paris, 2025
Photo du tournage d’Othello, Alexandre Trauner, 1950 Collection Didier Naert © ADAGP, Paris, 2025

Si on le cite souvent pour son premier film Citizen Kane, considéré comme l’un des meilleurs de l’histoire du cinéma, Orson Welles n’a en revanche terminé que douze longs métrages durant sa carrière – au même titre que Stanley Kubrick, comme le remarque le commissaire d’exposition Frédéric Bonnaud. Douze longs métrages, avec à chaque fois l’exigence de réinventer le septième art par des mises en scène audacieuses, comme l’illustre parfaitement l’un de ses films-essai F for Fake.

Une traversée bien documentée

Contrairement à la précédente exposition dédiée à Wes Anderson (sans grande découverte), cette rétrospective s’adresse tout autant à un public de non-connaisseurs qu’aux adeptes du cinéaste américain. On y fait une traversée dans ses longs métrages et dans les films qui ont marqué sa carrière (dont Le Troisième Homme), le tout rythmé par des documents d’archives, dessins et extraits audiovisuels qui complètent très bien ce parcours historique.

Photogramme du Procès 196 2 ©1963 - 1984 Cantharus Productions N.V. – All rights reserved
Photogramme du Procès 1962 – © 1963-1984 Cantharus Productions N.V. – All rights reserved

L’occasion de découvrir sa bande-annonce de Citizen Kane, véritable création cinématographique à elle seule, ses interviews, ses notes, ses lettres ou ses croquis, tout en admirant les évolutions de son physique au fil du temps. Mais comme le soulève Frédéric Bonnaud, il n’est pas question ici d’idéaliser l’homme : c’est un bel hommage qui lui est rendu, au quarantième anniversaire de sa mort, sans toutefois faire l’impasse sur des aspects moins reluisants de sa carrière – ses échecs, ses projets inachevés et ses campagnes publicitaires.

Un illusionniste hors pair

Grand admirateur de William Shakespeare, Orson Welles n’a jamais quitté la dramaturgie et s’est toujours plu à créer une ambiguïté entre réalité et fiction, vérité et mensonge. Tout jeune, il se grime en vieillard, aime faire des canulars à la radio, traverse ses films en mêlant sa vie au récit, ne cesse de fabriquer de nouveaux mirages dans ses mises en scène… Si bien que le spectateur que nous sommes finit par se laisser emporter sans plus chercher à démêler le vrai du faux, subjugué par les talents d’illusionniste du géant qui se trouve en face de lui.

Photogramme de Vérités et mensonges ( F for Fake , 1973 ) 1973 Orson Welles © Les Films de l ’ Astrophore
Photogramme de Vérités et mensonges (F for Fake, 1973), 1973 Orson Welles © Les Films de l’Astrophore

Romane Fraysse

My name is Orson Welles
Cinémathèque française
51 rue de Bercy, 75012 Paris
Jusqu’au 11 janvier 2026

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Image à la une : Orson Welles et Rita Hayworth dans La dame de Shanghai (1947) – © 1948, renewed 1975 Columbia Pictures Industries, Inc.All Rights Reserved. Courtesy of Columbia Pictures