
Considéré par Picasso comme le « père » de tous les artistes modernes, Paul Cezanne a basculé dans le XXe siècle en quête d’une abstraction qui annonce les révolutions esthétiques à venir. Jusqu’au 17 janvier 2027, le Grand Palais s’intéresse précisément à cette filiation entre le peintre et ses héritiers en tous genres. Au fil d’un long parcours, l’exposition dévoile ainsi près de 180 œuvres de sa main et de celles de 78 autres artistes, dont Henri Matisse, Alberto Giacometti, Piet Mondrian ou Joan Mitchell.
« La peinture pour elle-même »
Le Grand Palais a déjà consacré plusieurs rétrospectives à Paul Cezanne dans son histoire, en particulier celle du Salon d’Automne de 1907, au lendemain de sa mort. Toutefois, si les parcours ont souvent évoqué ses influences, sa recherche plastique et ses thèmes de prédilection, aucune exposition n’avait encore montré la fascination que son oeuvre a suscitée chez les artistes qui lui ont succédé. Émile Bernard, l’un de ses contemporains et premiers défenseurs, annonce le séisme : « Il ouvre à l’art cette surprenante porte : la peinture pour elle-même ».

Et ce délaissement progressif de la figure vers l’abstraction s’observe parmi les 69 toiles de Cezanne présentées au fil des salles : plusieurs de ses fameuses séries sur La Montagne Sainte-Victoire, Les Baigneuses ou les natures mortes, mais aussi une étonnante Pastorale jouant sur la distorsion des corps, ou encore le portrait L’Avocat de sa première période dite « couillarde » peint par épaisseurs avec le couteau. Nombre d’expérimentations qui nous mènent finalement à l’une de ses dernières oeuvres, Le Jardin des Lauves, décomposée par traces colorées.
Un dialogue avec 78 artistes
L’exposition du Grand Palais semble ne jamais finir tant l’influence de Paul Cezanne a été immense chez les artistes des XXe et XXIe siècles. Malgré quelques longueurs, ce parcours thématique parvient parfaitement à mettre en lumière cette fascination grâce à un dialogue astucieux entre ses oeuvres et celles de 78 autres créateurs, accompagnées pour certaines de citations mentionnant son rôle déterminant.

Ainsi, on le retrouve dans les baigneuses d’Émile Bernard, un monument d’Aristide Maillol, un autoportrait copié par Alberto Giacometti, ou une nature morte de Georges Braque répondant sagement à l’appel du maître : « Traitez la nature par le cylindre, la sphère et le cône ». Une invitation qui ouvre la peinture au cubisme ou à l’abstraction des pommiers en fleurs de Piet Mondrian jusqu’à la perte radicale du sujet pour laisser libre cours à la matière avec Peinture de Joan Mitchell. Le peintre américain reconnaît lui aussi son admiration : « On ne peut pas entrer dans un Cezanne parce qu’il repousse. L’œil est repoussé à la surface immédiatement. Voilà pourquoi je l’aime. »
La reconnaissance tardive
Bien que l’exposition soit construite selon des thématiques, celle-ci révèle la manière dont l’oeuvre de Cezanne a provoqué un véritable séisme dans l’art du XXe siècle… après une reconnaissance tardive. En effet, si l’isolement du peintre d’Aix-en-Provence a souvent été exagéré, il n’a cependant pas connu de franc succès durant plusieurs décennies, étant boudé dans les Salons et ignoré du grand public.

Ce sont des collectionneurs comme Paul Gauguin, Émile Bernard ou Julien Tanguy qui l’ont introduit dans les cercles artistiques parisiens, avant le succès de sa première exposition organisée par le galeriste Ambroise Vollard, en 1895. Ainsi, le parcours retrace bien l’ascension progressive du « père de l’art moderne », célébré dans les journaux, catalogues et expositions du monde entier dès le tournant du XXe siècle. C’est en premier lieu la sélection d’oeuvres, très diversifiée, qui permet d’illustrer avec justesse la filiation qui s’est créée entre des artistes en quête de la vérité la plus pure.
Exposition « Cezanne et nous »
Lieu : Grand Palais (Galeries 3 et 4) 17 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris
Dates : Jusqu’au 17 janvier 2027
Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 19h30. Nocturne le vendredi jusqu’à 22h. Fermé le lundi.
Tarifs : 19 euros ; 16 euros en tarif réduit. Gratuit pour les moins de 18 ans
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Image à la une : Paul Cezanne, La Montagne Sainte-Victoire au grand pin, vers 1887, huile sur toile, 66.8 x 92.3 cm – © The Courtauld Institute of Art, Londres / Courtauld