Croire et Guérir : l’exposition qui réunit amulettes, pots d’apothicaires ou pilules magiques dans un ancien couvent


Situé dans un ancien carmel, le musée d’Art et d’Histoire Paul-Éluard de Saint-Denis présente jusqu’au 15 novembre 2026 une exposition dédiée à nos nombreuses croyances autour de la guérison. En évitant l’écueil d’une célébration de la rationalité scientifique contre un occultisme obscur, ce parcours démontre subtilement notre impossibilité à se défaire de fantasmes et de pensée magique lorsqu’il s’agit de santé. À travers un ensemble 285 objets, manuscrits, amulettes, reliquaires ou planches anatomiques, le visiteur traverse les époques et les cultures jusqu’à notre société addicte aux médicaments.

Du naturel au chimique

L’exposition s’ouvre sur l’une des premières formes de la médecine : ce que l’on nomme désormais la phytothérapie. En France, si le savoir des plantes médicinales était autrefois détenu par les moines, il se répand dans les bibliothèques des hôtels-Dieu et des apothicaires avec l’invention de l’imprimerie, comme le montrent les dictionnaires médico-pharmaceutiques anciens exposés dans la première salle. Différentes racines, plantes et fleurs connues pour leurs vertus guérissantes sont présentées : ainsi, on apprend que le cacao était autrefois conseillé pour lutter contre les douleurs d’estomac.

Droguier Menier. Bocal de momie d’Égypte, vers 1840, verre soufflé, liège et métal. Fonds de dotation pour la gestion et la valorisation du patrimoine pharmaceutique, Paris, photo Gérard Lorenzi

Par ailleurs, le parcours évoque plusieurs théories des fluides, entre la médecine chinoise préconisant l’acupuncture pour faire circuler le qi (souffle vital), ou encore l’ancienne théorie des humeurs héritée de l’Antiquité, qui procédait par saignées selon la coloration des urines et l’alignement des astres. Néanmoins, avec l’arrivée de la biomédecine, ce rapport au flux et au végétal va être discrédité au profit d’une rationalité scientifique. Ainsi le Codex de 1803 est présenté comme une pharmacopée nationale avec une liste de médicaments officiels choisis par l’Académie royale de médecine, puis par l’État. Des campagnes de prévention commencent alors à se développer pour mettre en garde contre les « faux guérisseurs », à la manière, précise le cartel, des anciennes injonctions bibliques contre les faux prophètes.

La science et ses fantasmes

L’intérêt de cette exposition réside sûrement dans le fait d’éviter un écueil : celui de défendre la rationalité de notre époque comme une vérité absolue. Au contraire, le parcours montre de quelle manière la science moderne est elle-même entourée de fantasmes. Emblématiques de sa vision dualiste séparant l’âme et la matière, plusieurs dessins anatomiques dévoilent une mise en scène du corps entre érotisme et macabre, réduit au mécanisme de ses organes. Toutefois, une section évoque la découverte de l’infiniment petit et du microbe, mettant fin aux psychoses entourant la théorie des miasmes.

Mannequin Tsoë-bosi, XVIIIe siècle, carton bouilli, Musée de l’histoire de la médecine-DGDBM-Université Paris Cité, Paris

Les objets miraculeux

À l’étage, le parcours continue avec une suite de salles présentant la pluralité des objets magiques provenant de différentes cultures. L’occasion de croiser les bidons d’eau bénite, les ex-voto, les reliquaires, les amulettes, les perles, l’écriture sacrée, les masques ou les sculptures de rituels. Cet ensemble de petites créations inventives permet de découvrir les symboles, les allégories et les coutumes qui varient d’un pays à un autre, d’une époque à une autre… jusqu’à notre société obsédée par les médicaments.

Ex-voto (Italie, Campanie, Naples), argent © MNHN / photo Mucem – Anne Maigret

L’exposition se termine d’ailleurs sur l’installation La maison malade, de l’artiste contemporaine Jeanne Susplugas, présentant une pyramide de boîtes d’emballage pharmaceutique s’étalant sur le sol, comme pour illustrer les débordements causés par nos addictions. La Canadienne Dana Wyse met quant à elle en scène notre croyance démesurée en la pilule, en présentant de petits sachets promettant l’impossible : une pilule pour rencontrer l’amour, retrouver la mémoire ou être simultanément à deux endroits. Une belle manière de conclure sur notre manque réel de lucidité et sur les limites de notre raison.

Croire et Guérir
Musée d’Art et d’Histoire Paul-Éluard de Saint-Denis
22 bis rue Gabriel Péri, 93200 Saint-Denis

Jusqu’au 15 novembre 2026

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Images à la une : À gauche : Pots d’apothicairerie de l’hôtel-Dieu de Saint-Denis, manufacture de Rouen, XVIIIe siècle, céramique, Musée d’art et d’histoire Paul Eluard, Saint-Denis, photo Ville de Saint-Denis / Aiman Saad Ellaoui. À droite : Mannequin Tsoë-bosi, XVIIIe siècle, carton bouilli, Musée de l’histoire de la médecine-DGDBM-Université Paris Cité, Paris

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