
Au Petit Palais, l’exposition Visages d’artistes. De Gustave Courbet à Annette Messager explore le portrait d’artiste à travers près de 100 œuvres, du XIXe siècle à aujourd’hui. Peintures, sculptures, arts graphiques, photographies et créations inédites de nos contemporains composent un parcours thématique qui met l’artiste en dialogue avec ses maîtres, ses camarades ou ses caricaturistes, tout en l’interrogeant sur la création, la relation au public et l’image de soi.
Se donner forme
L’exposition du Petit Palais s’ouvre tout naturellement sur le thème de l’autoportrait. Penser au portrait d’artiste, c’est en premier lieu penser au regard porté par le créateur sur lui-même, plongé dans une quête introspective. C’est le cas de Léon Bonnat qui esquisse les traits de son visage effaré, semblant presque se faire disparaître sous les hachures sombres du crayon graphite. C’est aussi la sculpture hyperréaliste d’Hélène Delprat, qui interroge sa présence en apparaissant plus vraie que nature dans l’espace d’exposition, tandis qu’Annette Messager remet en cause l’identité de l’artiste en multipliant sa propre signature sous différentes formes.

Olivier Persin. © Hélène Delprat, Adagp, Paris, 2026.
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Dialogues entre artistes
Si l’artiste ne peut s’empêcher de se mettre en scène, il s’intéresse aussi aux autres figures créatrices, le précédant ou l’accompagnant dans son époque. Dans un parcours aux thématiques parfois floues, le Petit Palais nous montre tantôt un buste du peintre Georges Clairin par son amante Sarah Bernhardt, une Cindy Sherman se grimant sous les traits d’une muse de Raphaël, ou encore un Pierre Bonnard méditant sous le pinceau de son ami Édouard Vuillard.

En faisant de la figure du créateur un sujet à part, l’œuvre est parfois l’occasion d’illustrer le lien solidaire qui s’établit entre les artistes, représentés par groupe dans les salons ou dans les villes, comme les emblèmes d’un mouvement esthétique, d’une période historique, ou tout simplement, d’un esprit d’entraide et d’une affiliation assumée. Parfois, l’artiste est saisi seul dans son atelier, un refuge à son image qui devient le lieu de tous les possibles. « L’atelier est l’endroit le plus fragile, et lorsqu’on y peint, c’est comme sentir le monde très fort », reconnaît Nathanaëlle Herbelin, dont un autoportrait dans l’atelier a été réalisé spécialement pour l’exposition.
Des thématiques parfois confuses
Si le sujet de cette exposition est prometteur, et le dialogue entre modernes et contemporains est bienvenu, on regrette toutefois un certain flou entre les salles thématiques. L’autoportrait, qui a un premier espace dédié, se retrouve finalement exposé dans d’autres pièces sans lien apparent. Avec un parcours parfois indéfini, l’exposition peut perdre le visiteur dans son cheminement et ne pas mettre assez en valeur la jolie sélection finement réalisée pour l’occasion.

Romane Fraysse
Visages d’artistes. De Gustave Courbet à Annette Messager
Petit Palais
Avenue Winston Churchill, 75008 Paris
Jusqu’au 19 juillet 2026
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Image à la une : Gustave Courbet, Autoportrait dit Courbet au chien noir, entre 1842 et 1844. © Paris Musées / Petit Palais