
Au musée de Cluny, l’exposition Licornes ! retrace jusqu’au 12 juillet 2026 les mille vies de cet animal légendaire, de ses premières représentations connues vers 2000 avant notre ère à la sculpture rayonnante de Niki de Saint Phalle. À la fois douce et rebelle, hostile et vertueuse, la licorne semble s’être dotée de multiples visages au fil des siècles. A-t-elle vraiment existé ? Créature protectrice ou animal redoutable ? Le musée s’amuse à suivre les fictions, croyances et œuvres qui ont nourri son mystère, jusqu’à fasciner l’époque contemporaine.
Un animal pas si paisible

Si on associe aujourd’hui la licorne à un animal paisible, les textes antiques la décrivent plutôt comme un être sauvage, querelleur et solitaire, prêt à attaquer tout ce qui se trouve sur son passage. Plusieurs illustrations la montrent comme une allégorie du mal, cohabitant avec des reptiles, et se servant de sa corne comme d’une épée saillante. La licorne incarne alors davantage l’esprit rebelle et hostile, comme le dévoilent plusieurs œuvres antiques et médiévales.
Le narval, une « licorne de mer »

Plusieurs explorateurs affirmaient autrefois avoir aperçu des licornes en Inde ou en Égypte, qu’ils illustraient dans leurs récits. Certains étaient alors persuadés que cet animal sauvage et solitaire avait plusieurs formes, qu’ils décrivaient à travers des textes et des dessins. On a longtemps cru qu’il existait des licornes terrestres et des licornes de mer… L’exposition dévoile un manuscrit montrant l’aspect de cet animal aquatique, que l’on identifie aujourd’hui au narval !
Un peu de licorne pour guérir

Certains écrits médicinaux et religieux brossent un portrait élogieux de la licorne, considérée comme un animal sacré aux vertus guérisseuses. On raconte que sa corne pourrait soigner de nombreuses affections et préserver de l’empoisonnement. Il n’était d’ailleurs pas rare de trouver une dent de narval dans les églises pour soulager les malades. L’exposition dévoile même deux petits bocaux pharmaceutiques sur lesquels il est inscrit « licorne véritable » et « licorne fossile ».
Le mystère de la Dame à la licorne

Celle que l’on nomme La Dame à la licorne, chef-d’œuvre du musée de Cluny, reste une véritable énigme. Cette tapisserie monumentale, réalisée vers 1500, a en réalité pour titre Mon seul désir. Et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’existe pas qu’une seule tenture : elle est la sixième d’une série représentant les cinq sens, avec les figures de la dame blonde et de la licorne, entourées de végétations, d’animaux et d’ornements. Mais qu’évoque donc ce « seul désir », illustré comme un sixième sens ?
L’amie des Nanas

Dans les livres bibliques, la licorne est bien souvent assimilée au Christ et accompagnée de la Vierge Marie : cette iconographie de la licorne et de la vierge évoque habituellement la pureté et la chasteté recherchées par les hommes. D’ailleurs, chez les chasseurs, partir en quête de cet animal légendaire équivaut à une conquête amoureuse. Mais des artistes modernes ont décidé de renverser la tendance, en l’identifiant non plus à une femme vertueuse et promise à l’union sacrée, mais plutôt à la puissance et à la liberté féminine. C’est le cas de la Licorne rayonnante de Niki de Saint Phalle, aussi libre que déterminée.
Romane Fraysse
Licornes !
Musée de Cluny
28 rue Du Sommerard, 75005 Paris
Du 10 mars au 12 juillet 2026
Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 9h30 à 18h15
Nocturnes les 1er et 3e jeudis du mois, de 18h15 à 21h
Tarifs et billetterie sur le site du musée de Cluny
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Image à la une : La Licorne, Niki de Saint Phalle (1930-2002) 1994 Sculpture, polyesther, polyuréhane, métal, peinture, vernis Niki Charitable Art Foundation © 2026 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris