Une exposition fait revivre les dernières années de la prison Saint-Lazare

Vous ne le savez peut-être pas, mais à la place de la paisible médiathèque Françoise Sagan dans le 10ème arrondissement, se dressait autrefois l’un des lieux les plus redoutés du nord de Paris. De 1919 à 1932, plus d’un millier de femmes sont enfermées derrière les murs de la prison Saint-Lazare. Du 17 septembre au 13 décembre 2026, une exposition gratuite revient sur les dernières années de cette prison mythique, et sur les femmes qui y furent enfermées.

Saint-Lazare, une prison de femmes en plein cœur de Paris

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les Parisiens connaissent bien cette silhouette imposante du faubourg Saint-Denis. Derrière ses murs, l’ancienne maison religieuse devenue prison abrite alors un monde à part. Saint-Lazare est la seule prison pour femmes de Paris. On y retrouve des prévenues en attente de jugement, des condamnées à de courtes peines, mais aussi des femmes arrêtées pour infraction à la réglementation sur la prostitution. Certaines y sont également enfermées parce qu’elles sont atteintes de syphilis. Car Saint-Lazare n’est pas seulement une prison. Une partie de l’établissement fonctionne comme un hôpital-prison, avec une infirmerie spéciale destinée notamment aux prostituées atteintes de maladies vénériennes. À son apogée, l’établissement peut accueillir plus de mille détenues.

Médiathèque Françoise Sagan ancienne prisonDans les années 1920, les femmes au cœur de toutes les inquiétudes

Les dernières années de Saint-Lazare se déroulent dans une France marquée par les bouleversements de la guerre. La société française s’inquiète du déclin démographique et développe une politique nataliste de plus en plus répressive. Dans le même temps, la peur des maladies vénériennes nourrit une surveillance accrue de la prostitution et de la sexualité féminine. À Saint-Lazare, ces préoccupations se traduisent concrètement par l’enfermement, le contrôle médical et la répression. L’exposition gratuite « Prisonnières » présentée du 17 septembre au 13 décembre 2026 ne se contente pas de raconter l’histoire de la prison. Elle montre comment, derrière les barreaux, se dessine une certaine vision de la femme au début du XXᵉ siècle : une femme à surveiller, à corriger, à soigner ou à rééduquer.

©Henri Manuel, Dortoir de l’infirmerie avec détenues cousant, prison Saint-Lazare, 1929-1931, Musée Carnavalet

L’exposition s’intéresse aussi aux traces laissées par les prisonnières elles-mêmes : écrits, graffitis, empreintes… autant de fragments qui permettent de faire entendre, malgré le temps, la voix de celles qui ont vécu derrière ces murs.

Des photos rares

Pour faire revivre cet univers disparu, l’exposition rassemble une importante collection de photographies prises durant les dernières années de l’établissement. Certaines ont été réalisées par Charles Lansiaux et Édouard Desprez, qui photographient le bâtiment pour la Commission du Vieux Paris alors que celui-ci est promis à disparaître. D’autres sont signées Henri Manuel. Vers 1930, le célèbre studio réalise, à la demande du ministère de la Justice, un reportage photographique sur la prison. Ces clichés offrent un rare aperçu de l’intérieur de Saint-Lazare : dortoirs, couloirs, ateliers, espaces médicaux… et surtout les femmes qui y sont enfermées.

©Henri Manuel, Vestiaire avec chapeaux et chaussures, Prison Saint-Lazare, 1929-1931, Musée Carnavalet

Parmi les images les plus saisissantes, celle d’un dortoir de l’infirmerie où des détenues cousent, photographiées entre 1929 et 1931. Alignées dans une pièce austère, elles apparaissent à la fois comme des prisonnières anonymes et comme les témoins silencieux d’une histoire dont il reste aujourd’hui très peu de traces. Mais l’une des particularités de cette exposition réside ailleurs : les photographies sont présentées dans les lieux mêmes où certaines d’entre elles ont été prises. Le visiteur découvre ainsi l’histoire de Saint-Lazare tout en déambulant dans ce qu’il reste de l’ancien établissement. Il est notamment invité à pénétrer dans l’ancienne infirmerie, aujourd’hui intégrée à la médiathèque. Une véritable immersion, où les murs eux-mêmes deviennent les témoins de cette histoire oubliée.

©Charles Lansiaux / DHAAP – Ville de Paris

De la prison à la médiathèque Françoise Sagan

En 1932, la prison Saint-Lazare ferme définitivement ses portes. Une partie du complexe est ensuite démolie. L’ancienne infirmerie connaît, elle, une nouvelle vie : elle est transformée en maison de santé pour prostituées avant de devenir, bien plus tard, la médiathèque Françoise Sagan. Aujourd’hui, les rayonnages de livres et les espaces lumineux de la médiathèque rendent presque impossible d’imaginer les dortoirs, les cellules et les salles de soins qui occupaient autrefois ces lieux. Et c’est précisément cette mémoire effacée que l’exposition cherche à faire ressurgir.

Exposition « Prisonnières – les dernières années de la prison Saint-Lazare (1919-1932)
Médiathèque Françoise Sagan
, 8 rue Léon Schwartzenberg 75010 Paris
Du 17 septembre au 13 décembre 2026
Entrée libre, du mardi au dimanche, sauf les 1er et 11 novembre 2026.

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Photo de couverture : Saint-lazare, dortoir des prostituées ©Picasa

Rédacteur
Touche-à-tout passionné, on peut aussi bien le croiser dans la fosse d’un concert qu’au détour d’une exposition ou au balcon d’un théâtre.