
Une « seconde vie », c’est ainsi qu’Henri Matisse envisageait ses dernières années d’existence. En se concentrant sur cette période d’intense créativité comprise entre 1941 et 1954, le Grand Palais et le Centre Pompidou dévoilent 300 œuvres, dont certaines inédites. Jusqu’au 26 juillet 2026, cette sélection de peintures, dessins, livres illustrés, textiles, vitraux et gouaches découpées révèle un artiste libre, radical, toujours prêt à déplacer les frontières de son propre langage.
1941-1954 : la « seconde vie » de Matisse
Cette exposition se consacre aux dernières années de la vie et de la création d’Henri Matisse. 1941-1954 : seulement treize années durant lesquelles l’artiste, se sachant malade, radicalise ses recherches plastiques en multipliant les supports et les techniques. Si plusieurs peintures sont présentes, ses dernières séries privilégient surtout le dessin et la gouache découpée, en déclinant un même motif. Cet élan créatif, le parcours l’introduit par une première citation de l’artiste : « J’avais tellement préparé ma sortie de la vie, qu’il me semble être dans une seconde vie. »

Matisse et le dynamisme du noir
Bien sûr, lorsque l’on pense à Matisse, c’est la vivacité des couleurs qui nous vient à l’esprit. Rarement le noir sur blanc ou le blanc sur noir. Pourtant, cette exposition nous révèle toute une série d’œuvres confirmant que l’artiste plaçait le noir au même niveau que les autres teintes. Parmi elles, on découvre notamment quelques encres de natures mortes et plusieurs linogravures illustrant des textes de Ronsard ou Montherlant. On y trouve un jeu sur les contrastes, les arabesques, les réserves.

Les premières salles présentent aussi ses ensembles de dessins déclinant une même figure : le portrait de son ami Aragon, une femme sur le divan, un bouquet de fleurs. Ces séries, qui regroupent parfois une quinzaine d’œuvres, révèlent son attention portée aux variations liées au mouvement ou à l’angle de vue. À la manière d’un réalisateur devant sa caméra, Matisse étudie son modèle selon différents plans de cinéma. Si l’on a pour habitude de parler des différentes faces d’une peinture cubiste, on connaissait moins cette approche dans l’œuvre du peintre fauve.
À lire également : Le Grand Palais expose Hilma af Klint, peintre méconnue, pourtant pionnière de l’art abstrait
L’apparition des gouaches découpées
En se concentrant sur les dernières années de la vie de Matisse, l’exposition nous donne à voir la naissance de la gouache découpée. À travers un parcours très complet, on découvre un artiste libre, ayant son propre langage plastique, qu’il confronte à toutes les pratiques, à tous les supports et à tous les formats. Depuis sa série Jazz, ses vitraux, ses projets monumentaux jusqu’aux célèbres Nus bleus, Matisse explore le rythme d’une couleur qu’il découpe et dissémine dans l’espace : « Dessiner à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs. » Au fil des salles, on suit une quête de plus en plus radicale qui se révèle d’autant mieux grâce à la confrontation des dernières œuvres de Matisse à l’intensité qui en surgit.

Romane Fraysse
Matisse 1941-1954
Grand Palais
17 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris
Jusqu’au 26 juillet 2026
À lire également : Un tour des 15 expositions parisiennes à découvrir au premier semestre 2026
Image à la une : Vue de l’exposition Matisse 1941-1954, Grand Palais x Centre Pompidou. Photo © Luc Castel, 2026