Pourquoi les Bretons ont-ils leur propre drapeau, le Gwenn ha Du?

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le Gwenn ha Du n’a rien d’un vieux totem médiéval. Il a été imaginé dans les années 1920, entre 1923 et 1925, par Morvan Marchal, un architecte et militant régionaliste breton. Il souhaitait rompre avec l’ancienne bannière d’hermines utilisée depuis le Moyen Âge, jugée trop proche visuellement du drapeau monarchiste français, dont les fleurs de lys se confondaient facilement avec les hermines sur fond blanc. Pour dessiner son nouveau symbole, Marchal a pioché son inspiration du côté des drapeaux américain et grec, tout en reprenant les bandes alternées noires et blanches ainsi que l’hermine du blason de la ville de Rennes. Un choix qui, à l’époque, ne fait pas franchement l’unanimité.

Un symbole né dans la polémique

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Et pour cause : le nouveau drapeau essuie plusieurs critiques dès sa création. On lui reproche de transposer les armoiries de Rennes au détriment de celles de la Bretagne dans son ensemble, d’être une création de Rennais plutôt que de Bretons de Basse-Bretagne (Finistère, Côtes-d’Armor, Morbihan), et même d’être un simple plagiat du drapeau américain. Une origine bretonne plus consensuelle aurait d’ailleurs été mise en avant a posteriori, précisément pour faire oublier cette ressemblance embarrassante avec la bannière étoilée.

Que représentent les bandes et les hermines ?

Le drapeau se compose de neuf bandes horizontales, alternativement noires et blanches, qui symbolisent les neuf pays ou anciens diocèses historiques de la Bretagne. Les bandes blanches renvoient aux territoires bretonnants de Basse-Bretagne (Léon, Trégor, Cornouaille, Vannetais), tandis que les bandes noires représentent les pays gallos de Haute-Bretagne (Rennais, Nantais, Dolois, Malouin, Penthièvre). En haut à gauche, les mouchetures d’hermine rappellent les anciennes armoiries du duché de Bretagne, et symbolisent traditionnellement la pureté et l’indépendance. Quant à son nom, Gwenn ha Du, il signifie tout simplement « blanc et noir » en breton.

De Rennes à Pékin, en passant par New York

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Malgré ses débuts contestés, le Gwenn ha Du s’est imposé au fil des décennies comme LE symbole de l’identité bretonne, visible dans absolument tous les rassemblements populaires, sportifs ou festifs de la région. Il a même connu quelques moments de gloire médiatique bien au-delà des frontières bretonnes : le chanteur américain Ben Harper s’en drape sur scène aux Vieilles Charrues en 2005, on l’aperçoit porté par un coureur au départ du marathon de New York en 2006, et la championne olympique Laëtitia Le Corguillé l’affiche fièrement à Pékin en 2008 avec sa médaille, alors même que les autorités chinoises avaient interdit tout drapeau autre que ceux des nations participantes.

Et un emoji, pour quand ?

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Depuis 2018, plusieurs associations militent pour l’obtention d’un emoji dédié au drapeau breton, au même titre que d’autres drapeaux régionaux déjà disponibles. Le débat a été relancé récemment par DJ SNake, preuve que le Gwenn ha Du n’a pas fini de faire parler de lui, sur les réseaux sociaux comme dans la vraie vie.