
À l’occasion de la Coupe du monde de football 2026, difficile de ne pas regarder du côté de Bondy, cette ville de Seine-Saint-Denis devenue un symbole du football français à travers la trajectoire de Kylian Mbappé, et -spoiler alert- ce n’est pas le seul Bleu à y être né. Mais derrière cette histoire sportive, Bondy est aussi une commune façonnée par les canaux, les rails et les grandes mutations urbaines qui ont progressivement dessiné son visage.
Les multiples héritages de Bondy
« Ramenez la coupe à la maison, allez les Bleus, allez les bleus allez… » Et si cette « maison » se trouvait à seulement 15 kilomètres à l’est de Paris ? Bien avant d’être associée aux exploits d’un champion du monde, Bondy était déjà une ville en mouvement, un territoire de passages et de métamorphoses. Son nom serait d’origine gallo-romaine et viendrait de Bonitius, principal propriétaire des terres dans la partie déboisée de la plaine. La plus ancienne mention connue de la ville apparaît d’ailleurs dans le « testament d’Hermentrude », un document datant du VIIème siècle.
À cette époque, Bondy est entourée par une vaste forêt qui fera longtemps sa réputation. Si la célèbre forêt de Bondy, autrefois réputée pour abriter brigands et voyageurs de passage, a aujourd’hui disparu du territoire communal en raison de sa forte réduction au fil des siècles, elle n’a pas totalement disparu pour autant. Ce qu’il en reste subsiste désormais sur les communes voisines de Montfermeil, Clichy-sous-Bois et Coubron.

À Bondy, la forêt survit désormais à travers les armoiries de la ville et sa devise, « Heureux sous son ombre », qui rappellent l’attachement de la commune à ce massif forestier. Longtemps façonnée par l’agriculture, Bondy bascule ensuite, comme beaucoup d’autres communes de la banlieue parisienne, dans l’ère industrielle. Mais c’est surtout au XIXème siècle que la ville change. Les chantiers qui accompagnent la modernisation de Paris viennent redessiner son territoire. D’abord le canal de l’Ourcq, voulu par Napoléon 1er pour alimenter la capitale en eau, qui traverse la ville et la scinde en deux, bouleversant l’équilibre de ses terres agricoles. Puis, quelques décennies plus tard, la ligne de chemin de fer Paris–Meaux, mise en service en 1849, qui impose une nouvelle dynamique urbaine. D’abord perçue comme une intrusion, cette voie ferrée finit pourtant par s’imposer dans le quotidien des habitants au point qu’une gare sera construite sous leur pression.

Sur les traces de Malraux
Mais avant l’éclosion de Kylian Mbappé, un autre nom marque déjà l’histoire locale : André Malraux, futur écrivain et ministre, qui passe une partie de son enfance au-dessus de l’épicerie familiale. Il y découvre la lecture, la bibliothèque et les premières formes de curiosité intellectuelle avant de rejoindre Paris. Une plaque, aujourd’hui encore, en garde la mémoire (et le cinéma de la ville porte son nom). Mais Bondy n’a pas seulement vu grandir des personnalités marquantes.
La commune s’est également retrouvée au cœur de l’histoire européenne. En 1814, alors que l’Empire napoléonien vacille, la forêt de Bondy devient le théâtre d’affrontements entre les troupes françaises et les armées coalisées qui marchent sur Paris. Après la victoire des forces prussiennes, la ville est temporairement occupée et accueille même le quartier général du tsar de Russie et du roi de Prusse. Quelques jours plus tard, la défaite française lors de la Bataille de Paris conduit à la première abdication de Napoléon et au retour des Bourbons sur le trône. Plus loin, la ville laisse apparaître d’autres témoins de son histoire : le centre Allende, qui abrita l’hôtel de ville en même temps que l’école communale, les anciens bains-douches de 1924 aux accents Art déco, ou encore les vestiges de son passé industriel et ferroviaire.

Le Bondy de Mbappé aujourd’hui
Et puis il y a le Bondy d’aujourd’hui. Une ville façonnée par les grandes mutations urbaines de l’après-guerre. Si les premiers HLM apparaissent dès les années 1925-1930, c’est surtout dans les années 1950 et 1960 que le nord de la commune se transforme. Les dernières terres encore disponibles sont progressivement remplacées par de vastes ensembles immobiliers destinés à répondre à une forte croissance démographique.
De 22 411 habitants en 1954, Bondy passe à plus de 51 000 habitants en 1968, accueillant chaque année des milliers de nouveaux arrivants. Ces nouveaux quartiers voient s’installer des populations venues d’horizons divers, des pieds-noirs rapatriés d’Algérie aux familles originaires d’Afrique du Nord, du Portugal ou encore d’Afrique subsaharienne. Terre d’accueil depuis plusieurs générations, Bondy s’est construite à travers cette diversité humaine qui fait aujourd’hui encore son identité. C’est dans cette ville dense, populaire et vivante que Kylian Mbappé (désormais meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France grâce à son doublé face au Sénégal) a fait ses premières courses balle au pied, sur les terrains de quartier et au sein des clubs amateurs qui rythment la vie locale.
Mais la commune n’a pas vu éclore qu’une seule star des Bleus : le défenseur William Saliba, lui aussi international français, est né à Bondy. Avant de devenir deux figures du football mondial, les deux joueurs ont grandi dans cet environnement façonné par la diversité et les trajectoires multiples. Une fresque dédiée à Kylian Mbappé, près du Pont de Bondy, vient d’ailleurs rappeler ce parcours hors norme.

Bientôt sur la ligne 15 du Grand Paris Express
Aujourd’hui, Bondy continue de se raconter autrement, notamment grâce à l’application Histoire(s) en poche, qui permet de plonger dans le passé de la ville à travers des immersions sonores, des textes, des vidéos et des archives photographiques. Une manière de redécouvrir autrement des lieux emblématiques comme l’hôtel de ville tout de béton vêtu, les mosaïques du square du 8 mai 1945, ou encore le Pont de Bondy et le canal de l’Ourcq, qui traverse la commune d’est en ouest. Plus loin, l’école Pasteur, où Kylian Mbappé a été scolarisé, rappelle elle aussi ce patrimoine du quotidien, avec son architecture en brique rouge typique des anciennes écoles communales.
La ville vit aussi au rythme de ses marchés hebdomadaires, répartis sur plusieurs points de la commune, ainsi que de ses temps forts culturels et populaires : la fête du développement durable en juin, les animations estivales de Bondy Plage, ou encore le festival BD-Moto organisé en octobre. Enfin, Est Ensemble en Seine-Saint-Denis vient d’ouvrir en début d’année, une pépithèque, un équipement qui associe dans un même lieu, une bibliothèque et une pépinière d’entreprises. Bondy poursuit également sa transformation, portée par l’arrivée prochaine de la ligne 15 du Grand Paris Express prévue à l’horizon 2030.

À l’heure où la Coupe du Monde attire les regards du monde entier, Bondy rappelle que les grandes légendes du football naissent souvent bien loin des stades internationaux, dans les terrains de quartier et les villes de banlieue.
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