Femmes pionnières à Lyon : trois femmes qui ont changé l’Histoire

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Eugénie Niboyet porte sa voix dans la presse, Julie-Victoire Daubié franchit les portes de l’université et Philomène Magnin fait son entrée en politique. À des époques différentes, ces trois pionnières ont investi des espaces longtemps réservés aux hommes. De la presse féministe au premier baccalauréat féminin, jusqu’au conseil municipal de Lyon, leurs parcours racontent une même histoire : celle de femmes qui, à Lyon, ont ouvert la voie à celles qui leur ont succédé.

Eugénie Niboyet, faire entendre la voix des femmes

Lorsque Eugénie Niboyet s’installe à Lyon en 1833, elle fait de la presse un instrument d’émancipation. Elle lance le premier journal féministe de province : Le Conseiller des femmes, publié à Lyon à partir de novembre 1833, qui appelle notamment à la solidarité féminine, en faveur de l’éducation et de l’instruction des femmes et entend leur donner une place active dans les débats intellectuels et sociaux de son époque. Elle œuvre aussi sur le terrain, en ouvrant en 1835 deux cours gratuits d’orthographe destinés à la classe ouvrière et aux femmes.

Portrait Eugénie Niboyet
© Eugénie Niboyet photographiée par Nadar

L’année suivante, elle participe à la fondation de la Gazette des Femmes et, en 1848, elle crée et dirige La Voix des femmes, premier quotidien français féministe. Le journal est ainsi sous-titré « Journal socialiste et politique, organe d’intérêts pour toutes les femmes », et donc entièrement consacré à la question des femmes et de leurs droits, une première, et plus que d’utilité publique à cette époque ! Autour de ce journal va s’organiser un club politique, qui réunira de nombreuses féministes, et aussi des hommes (tels que Jean Macé) s’alliant pour le combat de l’égalité. Eugénie Niboyet se battra toute sa vie pour la cause des femmes, la fin de l’esclavage, la paix, l’éducation des aveugles ou encore la République.

Julie-Victoire Daubié, première femme à obtenir le baccalauréat en France

Née dans les Vosges en 1824, Julie-Victoire Daubié débute ses prouesses en 1859, en remportant le premier prix du concours de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon avec son étude La Femme pauvre au XIXe siècle, ce qui contribue à lui ouvrir les portes de la Faculté des lettres de Lyon. Après 10 ans supposés passés à demander l’examen du baccalauréat, et 10 ans de refus sous prétexte que les femmes n’en avaient pas l’utilité, elle réussit enfin à s’inscrire à la Faculté.

Portrait Julie-Victoire Daubié
© Pierre Petit — Bibliothèque Marguerite Durand, Paris

Alors âgée de 37 ans, le 17 août 1861, Julie-Victoire Daubié est la première femme en France à obtenir son baccalauréat. Mais Daubié ne s’arrêtera pas à cette première victoire : elle obtient une licence ès lettres en 1871 et poursuit son engagement pour l’éducation et les droits des femmes. Elle installera un bureau d’entrepreneur de broderie blanche, donnera des conférences, sera journaliste économique et créera en 1871 l’Association pour le suffrage des femmes. Sa mort laissera sa thèse de doctorat sur La condition de la femme dans la société romaine inachevée, mais son parcours reste dans les mémoires.

Philomène Magnin, première femme au conseil municipal de Lyon et fondatrice du modèle des EHPAD

Née en 1905 à Caluire, Philomène Magnin adhère dès l’âge de 14 ans à la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) du Rhône. Formée « sur le tas », elle deviendra une syndicaliste avertie et défendra pendant des années les ouvrières à domicile. Dans l’entre-deux-guerres, elle milite pour le droit de vote des femmes et le syndicalisme féminin. Et roulement de tambours… À la Libération, elle devient la première femme élue au conseil municipal de Lyon (il était temps) !

Portrait Philomène Magnin
©Bibliothèque municipale de Lyon

C’est dans la continuité de ce même engagement et dans son rôle d’Adjointe aux Affaires sociales qu’elle crée Ma Demeure, une maison pour accueillir les personnes âgées. Un établissement qui servira de modèle à ce qui deviendra, des décennies plus tard, les EHPAD actuels.

Ces trois femmes ont, chacune à leur manière, fait reculer une frontière que rien ne justifiait. Aujourd’hui encore, seuls 4,9 % des rues et squares lyonnais portent un nom de femme, la preuve qu’il reste du chemin à parcourir pour que leur mémoire et leurs combats occupent, dans l’espace public, la place qu’elles ont conquise dans l’Histoire !