Cette exposition gratuite à Paris montre les traces que la guerre laisse derrière elle

Et si, au-delà des images de bombardements et des lignes de front, on s’intéressait à ce que la guerre laisse derrière elle ? Depuis le 8 octobre, l’Académie des beaux-arts accueille l’exposition : « Ukraine, le mal qui reste », consacrée au travail du photographe Guillaume Herbaut. Une expo photo très forte qui révèle les traces visibles et invisibles de la guerre sur les populations mais aussi les paysages marqués par les combats.

Des images pour raconter une guerre qui ne s’arrête pas aux combats

Lauréat en 2024 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts, le photographe Guillaume Herbaut documente depuis le début de l’invasion russe les bouleversements qui traversent le pays. Il sillonne différents territoires ukrainiens pour photographier celles et ceux qui vivent la guerre au quotidien. Soldats engagés sur le front, combattants blessés, familles contraintes à l’exil ou encore civils vivant sous la menace permanente des drones : ses images racontent une réalité qui dépasse largement les champs de bataille. On ne vous le cache pas : cette exposition est difficile. Mais elle est aussi nécessaire, tant il est facile, depuis notre confort de privilégiés, d’oublier qu’une guerre fait toujours rage à seulement trois heures de Paris. Ces images nous ramènent brutalement à cette réalité, que la distance géographique ne devrait jamais nous faire perdre de vue.

©Guillaume Herbaut / Agence VU /Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts 
Une enfant à la piscine durant la colonie de vacances thérapeutique pour enfants ukrainiens traumatisés par la guerre Gen.camp.

À travers son objectif, le photographe s’intéresse autant aux êtres humains qu’aux paysages transformés par les combats. Les destructions sont là, bien sûr, mais elles ne constituent qu’une partie de son travail. Derrière les bâtiments endommagés et les territoires meurtris apparaissent aussi des visages, des silences et des histoires de vies profondément bouleversées. Comme celle de ce couple marié à l’automne 2021, dont le quotidien a basculé lorsque le mari, sergent dans l’armée ukrainienne, a été grièvement blessé au combat. Il a perdu ses deux jambes et a été gravement défiguré. Ou encore celle de cette jeune Ukrainienne de 18 ans, passionnée de danse, qui confie que la guerre a brisé ses rêves. Aujourd’hui, elle espère que le travail entrepris avec son psychiatre l’aidera à se reconstruire et qu’elle pourra, un jour, danser à nouveau. Autant de trajectoires intimes qui donnent un visage aux conséquences de la guerre, bien au-delà des destructions matérielles.

Les blessures invisibles laissées par la guerre

Et c’est peut-être là que réside toute la force de cette exposition : montrer ce que l’on ne voit pas toujours. Une guerre ne disparaît pas lorsque les combats s’éloignent. Elle continue de vivre dans les souvenirs, les corps et les esprits de celles et ceux qui l’ont traversée.

©Guillaume Herbaut / Agence VU /Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts

Le deuil, la perte, l’exil, l’arrachement et les traumatismes psychologiques occupent ainsi une place centrale dans le travail de Guillaume Herbaut. Mais au cœur de l’horreur, ses photographies révèlent aussi des gestes d’humanité et de solidarité. Sur la ligne de front, des soldats ukrainiens recueillent des corbeaux blessés et les confient au centre de sauvegarde Free Wings. Ailleurs, des peluches déposées sur une aire de jeux rendent hommage aux neuf enfants tués lors d’une frappe de missile balistique russe. Des scènes poignantes, où la compassion côtoie l’indicible, et qui racontent une société confrontée à une épreuve dont les conséquences pourraient se faire sentir pendant des années.

Quand les paysages deviennent les témoins de la guerre

Les traces laissées par les combats s’inscrivent dans les paysages et racontent, à leur manière, ce qui s’est passé. Dans « Ukraine, le mal qui reste », Guillaume Herbaut montre comment la guerre transforme durablement un pays, jusque dans ses lieux les plus familiers.

©Guillaume Herbaut / Agence VU /Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts

L’exposition propose ainsi un regard à la fois documentaire et profondément humain sur le conflit. Plutôt que de s’arrêter à l’instant de la destruction, elle s’intéresse à ce qui demeure après : les souvenirs, les absences, les traumatismes et toutes ces cicatrices, parfois invisibles, qui continuent de marquer les corps, les esprits et les territoires. Gratuite et à découvrir absolument jusqu’au 29 novembre 2026 au Pavillon Comtesse de Caen, cette exposition bouleverse et remet les pendules à l’heure. Face à ces vies fracassées et à cette guerre qui se déroule à quelques heures de chez nous, difficile de ne pas mesurer la chance que nous avons de vivre à l’abri. On en ressort avec une foudroyante envie de vivre, et de ne plus considérer cette chance comme acquise.

Infos pratiques : 

Exposition « Ukraine, le mal qui reste » – Guillaume Herbaut
Adresse :
Académie des beaux-arts, Pavillon Comtesse de Caen, 27 quai de Conti, 75006 Paris
Dates : du 8 octobre au 29 novembre 2026
Exposition Libre et Gratuite

Photo de couverture : ©Guillaume Herbaut / Agence VU /Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts

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Rédacteur
Touche-à-tout passionné, on peut aussi bien le croiser dans la fosse d’un concert qu’au détour d’une exposition ou au balcon d’un théâtre.