
Figure majeure de la photographie de mode, Irving Penn (1917-2009) a collaboré durant plus de soixante ans avec le magazine Vogue. Jusqu’au 17 janvier 2027, une exposition de la MEP retrace la carrière de l’artiste de 1947 à 2008, en commençant par ses tirages réalisés pour des maisons de haute couture, comme Dior et Balenciaga, jusqu’à ses collaborations avec Karl Lagerfeld, Issey Miyake ou Christian Lacroix. L’occasion d’entrer dans ses recherches sur « l’architecture du vêtement », tout en découvrant ses natures mortes, images surréalistes et portraits de petits métiers parisiens.
Penn, Vogue et la mode
En commençant sa carrière en 1943, Irving Penn a marqué l’histoire de la photographie de mode en collaborant durant près de soixante ans avec le magazine Vogue. Ainsi, le parcours s’ouvre sur plusieurs de ses tirages, dont la nature morte Theatre Accident, une Jean Patchett prise avec un chapeau de toréador ou encore les célèbres portraits de sa femme, Lisa Fonssagrives-Penn, portant des tenues de créateurs. Si cette dernière conçoit le mannequinat comme une « danse immobile », Penn réfléchit quant à lui « l’architecture des vêtements ».

Conçue dans le cadre du bicentenaire de la photographie, l’exposition retrace chronologiquement sa carrière de 1947 à 2008. On y découvre ses images des collections de Dior et Balenciaga réalisées dès les années 1950, puis les tenues extravagantes d’Ungaro et de Courrèges durant les années 1970, jusqu’à celles plus contemporaines d’Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld ou Issey Miyake.
La période parisienne
Au-delà de la photographie de mode, Irving Penn s’intéresse aussi à la capitale française où il emménage en 1949 et tient son studio dans la rue de Vaugirard. Ainsi, à la manière d’un Eugène Atget, il réalise une série autour des petits métiers menacés de disparaître. Au sein de son studio circulent une marchande de ballons ou un charbonnier. Ce sont ses amis Robert Doisneau et Jean Giraud qui l’aident à rencontrer ces personnes dans le quartier de Mouffetard et à les convier dans son studio.

Irving Penn s’intéresse aussi aux différents mouvements artistiques qui ont animé la ville depuis le début du siècle, comme le surréalisme qui l’inspire pour son goût de l’ironie et du macabre. Au fil du parcours, on découvre plusieurs tirages jouant sur l’absurde et l’étrange, jusqu’à ses natures mortes les plus provocantes. On peut d’ailleurs le voir tirer le portrait d’un Jean Cocteau ou collaborer avec Yves Saint Laurent pour ses créations inspirées du cubisme.
Un art de la « nature morte »
Parmi le parcours, plusieurs oeuvres de l’exposition sont des « natures mortes » d’Irving Penn, un terme pictural qui n’est pas couramment utilisé pour qualifier la photographie. Ainsi, Theatre Accident, réalisé en 1947 pour Vogue, ressemble à une intrigue : une chaussure noire, certainement prise dans une salle de théâtre, au pied de laquelle un sac renversé laisse percevoir une série d’objets étalés çà et là sur le sol.

De même, l’une des dernières salles expose une série de photographies aux couleurs vives, contrastées, avec des plans rapprochés sur plusieurs parties du corps : une abeille posée sur des lèvres, une paupière fermée recouverte d’une laque rouge, mais aussi un visage entièrement recouvert d’un masque de soin ressemblant étrangement à un masque tribal… Publiées dans les pages de Vogue, ces images aussi sublimes qu’inquiétantes illustrent aussi le talent du photographe pour tourner au dérisoire les extravagances de la mode allant jusqu’à une déformation des corps.
Penn & Fashion
Lieu : Maison européenne de la photographie (MEP), 5 rue de Fourcy, 75004 Paris
Dates : Jusqu’au 17 janvier 2027
Horaires : Mercredi et vendredi, 11h-20h ; jeudi, 11h-22h ; samedi et dimanche, 10h-20h. Fermé les lundis et mardis.
Tarifs : Plein tarif : 13 € ; tarif réduit : 8 € ; gratuit pour les moins de 12 ans.
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Image à la une : Irving Penn, Balenciaga Rose Dress, Paris, 1967, Nicola Erni Collection, Zug © Condé Nast / Irving Penn, Red-Lacquered Lid, New York, 1994, Collection MEP, Paris. Acquisition ayant bénéficié du soutien de The Irving Penn Foundation en 2020 © The Irving Penn Foundation