Le musée Gustave Moreau, une maison-atelier parisienne aux 25 000 œuvres

Musée Gustave Moreau

Dans le 9e arrondissement, le musée Gustave Moreau se découvre comme une maison-atelier unique, pensée par l’artiste lui-même pour préserver son œuvre. Escalier en spirale, ateliers sous verrière, panneaux pivotants et milliers de dessins cachés : le lieu compte parmi les musées les plus singuliers de Paris.

Une maison-atelier pensée comme un musée

À première vue, l’adresse pourrait presque passer inaperçue. Pourtant, derrière cette façade du 9e arrondissement se cache un lieu conçu dans les moindres détails par Gustave Moreau pour transmettre son univers. Le peintre a légué à l’État sa maison, ses ateliers, ainsi que des milliers de peintures, aquarelles et dessins, donnant naissance à un musée profondément personnel.

Tout commence au 14, rue de La Rochefoucauld, dans le quartier de la Nouvelle Athènes. La maison est acquise en 1852 et la famille Moreau s’y installe l’année suivante. Très vite, le lieu est adapté pour permettre au peintre de travailler : un atelier est aménagé au troisième étage, accessible par un escalier particulier. Très inspiré par la peinture romantique, c’est dans le symbolisme qu’il trouve finalement sa voie. Son envie est de renouveler la peinture d’histoire.

Panneaux pivotants de tableaux devant un mur de toiles au musée Gustave Moreau.
Panneaux mobiles et accrochage dense dans les ateliers du musée Gustave Moreau © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

Après la mort de ses proches, Gustave Moreau se retrouve seul et décide de transformer sa maison en musée afin de léguer son œuvre à la postérité. En 1895, il confie le chantier à l’architecte Albert Lafon : la maison est alors surélevée de deux étages, dotée d’une façade en brique et pierre sur structure métallique, et surtout prolongée par deux grands ateliers vitrés au nord, conçus pour offrir le plus d’espace possible aux œuvres. Un majestueux escalier métallique en spirale relie ces deux niveaux : l’un des éléments les plus marquants de la visite.

Pièce aux murs bleus avec cadres dorés, miroir et mobilier au musée Gustave Moreau.
« Musée sentimental” dans les appartements du musée Gustave Moreau © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

En 1897, Gustave Moreau formule d’ailleurs un vœu très précis dans son testament : laisser sa maison et ses œuvres à l’État, à condition que l’ensemble soit conservé comme un tout, fidèle à l’esprit et au travail d’une vie, et que le musée reste secret jusqu’à sa mort ! Pas moins de 5 000 peintures et 4 500 dessins sont ainsi conservés dans ce lieu qu’il a entièrement pensé pour les jeunes artistes, ignorant qu’un jour les musées seraient visités par un public bien plus large !

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Placards secrets et « musée sentimental »

L’un des charmes du musée Gustave Moreau tient à ses contrastes. Au premier étage, des pièces de l’appartement familial on été conservées en l’état et transformées en « musée sentimental » : souvenirs, objets, traces de la vie avec ses parents, et même un boudoir dédié à celle qu’il appelait « sa chère et tendre amie », Alexandrine Dureux, disparue en 1890. Le couloir, lui, se parcourt comme une galerie intime, ornée de photographies, de gravures, de dessins et d’aquarelles liés à des artistes admirés ou proches.

Décor intimiste des appartements du musée Gustave Moreau, entre souvenirs et accrochage foisonnant.
Boudoir intimiste dédié à Alexandrine Dureux dans le « musée sentimental » de Gustave Moreau © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

Puis viennent les trouvailles qui rendent le lieu un peu plus unique encore : Gustave Moreau a pensé l’espace pour pouvoir exposer un maximum d’œuvres. Ainsi, certaines pièces cachent des placards aménagés dans l’épaisseur des murs : par un système ingénieux de châssis pivotants et de panneaux, les œuvres et dessins cachés se dévoilent alors à la manière d’un éventail. Du génie ! C’est aussi ce qui rend la visite si passionnante, même si l’on n’est pas amateur de musée : au-delà de la beauté des tableaux, cette maison-atelier propose une expérience assez unique et suscite l’émerveillement. Nous avons eu un véritable coup de cœur pour ce lieu singulier, sa beauté, sa richesse, son âme.

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Des ateliers spectaculaires sous verrière

Aux deuxième et troisième étages du musée Gustave Moreau, l’atmosphère change et éblouit un peu plus le visiteur : place aux grands ateliers vitrés avec leur architecture industrielle de type Eiffel, et à l’accrochage dense, dit « à touche-touche », resté inchangé depuis l’ouverture du musée. Ici, les œuvres ne sont pas ordonnées selon un récit chronologique strict : l’objectif est de donner à voir une œuvre comme un ensemble foisonnant, un laboratoire d’images, de thèmes et de recherches.

Œuvres exposées et rangées dans un meuble à volets, dans les grands ateliers du musée Gustave Moreau
Œuvres exposées et rangées dans un meuble à volets, dans les grands ateliers du musée Gustave Moreau. © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

Dans ces salles, plusieurs tableaux comptent parmi les incontournables : Jupiter et Sémélé, L’Enlèvement d’Europe, Prométhée, les célèbres Licornes, ou encore les deux compositions autour de Salomé, dont L’Apparition, qui a connu un important succès dès la fin du XIXe siècle. Le musée permet aussi de comprendre le rôle du dessin chez Moreau : sous les verrières, les œuvres d’art graphique se consultent dans des présentoirs à volets pivotants, offrant un accès permanent à des milliers de dessins préparatoires.

Le lieu raconte enfin un destin singulier : admiré, discuté, inclassable, et sans aucun doute précurseur, Moreau marque son époque, tout en influençant la suivante. Professeur à l’École des Beaux-Arts, il compte parmi ses élèves des figures majeures, dont Henri Matisse, et il est souvent présenté comme un trait d’union entre plusieurs générations artistiques. C’est d’ailleurs ici que Salvador Dali, qui venait tous les vendredis, a annoncé la création de son propre musée. À l’occasion du bicentenaire de la naissance du peintre, une exposition temporaire est programmée au printemps et permettra notamment d’admirer sa dernière et imposante tapisserie. Une raison de plus de (re)découvrir le musée Gustave Moreau, cette maison-atelier parisienne unique et intime.

FAQ du musée Gustave Moreau

Quels sont les horaires du musée Gustave Moreau ?

Le musée Gustave Moreau est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h (dernière entrée à 17h30).

Combien coûte l’entrée au musée Gustave Moreau ?

L’entrée coûte 8 € en plein tarif et 6 € en tarif réduit. Le premier dimanche du mois, l’accès aux collections permanentes est gratuit.

Le musée Gustave Moreau est-il accessible aux personnes en fauteuil roulant ?

Non. Le musée comporte plusieurs escaliers et ne dispose pas d’ascenseur.

Musée Gustave Moreau
14 rue Catherine de la Rochefoucauld, 75 009 Paris.

Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h.
Le billet donne accès, dans les 3 mois, au musée Jean-Jacques Henner (17e arr.)

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Image en Une : Façade du musée Gustave Moreau et escalier en spirale dans les grands ateliers © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

Mélina Hoffmann

Rédactrice et vidéaste
Curieuse, passionnée et enthousiaste, je promène ma joie de vivre pour rencontrer, découvrir, ressentir et partager. La vie : intensément sinon rien !